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Pink Cross - L’association des gays de Suisse a 10 ans Pink Cross : A quoi ça sert tout ça ?
10 ans de Pink Cross :
Pourquoi mon frère jumeau hétéro serait traité différemment que moi ?
par  Frédéric Gloor, le mercredi 30 avril 2003, vu 276 fois
Tags : - Pink Cross - Législation - Discrimination

Pink Cross, association des gais de Suisse a dix ans cette année. Active politiquement au niveau fédéral, elle défend les intérêts des homos en pousse le parlement à modifier les lois en vue d’obtenir une égalité de traitement entre homos et hétéros.

Entretien avec François Baur, président depuis quatre ans.

> En 1993 naissait Pink Cross. Pourquoi faire ?

Pink Cross. n’était pas la première Organisation faîtière sur échelle nationale, mais la première à établir des structures professionnelles avec un secrétariat permanent à Berne lui permettant d’influencer de manière active la politique au palais fédéral. A part la constatation, que seul une professionnalisation pouvait mener à un succès politique, les fondateurs voulaient fonder une association acceptée par tous les champs politiques. La HACH, les groupes de travail homosexuels suisses qui existaient auparavant étaient perçus comme groupe militant de gauche. Avec la pétition pour les mêmes droits pour couples de même sexe, il était clair qu’on n’arrivait pas à mobiliser toute la communauté, si on continuait de célébrer des différences internes. Pink Cross. s’est donc déclaré politiquement neutre défendant les intérêts de tous les homosexuels au delà de toutes idéologies politiques.

> Quel est le bilan des 10 premières années ?

Les premières dix ans de Pink Cross. sont une histoire de succès. Les intérêts des personnes homosexuelles sont pris au sérieux au palais fédéral. La nouvelle constitution garantit la non discrimination de toutes formes de vie ce qui vise essentiellement à protéger l’orientation sexuelle de toute discrimination. Deux cantons ont adopté des lois réglant la vie commune de couples de même sexe et les chambres fédérales vont prochainement discuter la proposition de loi du Conseil Fédéral pour un partenariat enregistré. D’autre part, il n’y a toujours pas une loi contre la discrimination de personnes homosexuelles, la loi contre le racisme excluant expressément les actes discriminatoires commis sur fonds de l’orientation sexuelle. Et le degré d’organisation dans la communauté est, à mon avis, toujours assez faible : Pink Cross. est aujourd’hui, avec 2’200 membres individuels et environs 50 associations membres, l’organisation la plus grande en Suisse. En regardant le nombre d’hommes gais en Suisse, Pink Cross. devrait cependant compter au moins 10’000 à 15’000 membres. Ses cotisations nous manquent pour un travail plus professionnel et efficace.

> Peut-on imaginer qu’une fois le partenariat accepté en Suisse il y ait une dissolution de Pink Cross. ?

Une loi fédérale sur le partenariat enregistré ne va pas résoudre tous nos problèmes et mener automatiquement à l’acceptation de l’homosexualité dans notre société. Il faudra veiller à ce que la loi soit appliquée de manière propre. Il faudra renforcer les efforts de prévention de l’homophobie p.ex. avec une intégration du sujet de l’homosexualité comme forme de vie acceptable dans les écoles, mais aussi par la proposition d’une loi anti discriminatoire qui protège les minorités sociales de manière plus globale que le fait actuellement la loi contre le racisme. Finalement, nous devons renforcer nos activités sur échelle internationale, p.ex. au sein de la Commission pour les Droits de l’Homme de l’ONU à Genève. Je suis de l’avis qu’au long terme nous ne pouvons que préserver nos droits acquis en Suisse, si dans d’autres pays aussi, il y ait un changement d’attitude envers l’homosexualité. Si une majorité des pays à l’ONU continue de poursuivre une politique homophobe, cela peut avoir une influence néfaste sur l’attitude des autorités suisses et la société en général. Rien n’est assuré en ce moment. Il est p.ex. possible que sous la direction du gouvernement conservateur actuel, les Etats Unis fassent marche arrière et favorisent les tendances homophobes dans leur pays et ailleurs. Il reste donc encore beaucoup à faire et je crains qu’une dissolution de Pink Cross. est loin d’être envisageable.

> Les lesbiennes sont représentées par LOS, les parents et amis par FELS, et les gays par Pink Cross. . Existe-t-il une coordination entre ces mondes ?

Absolument. Les organisations faîtières travaillent ensemble de manière très étroite. Toutes les organisations nationales sont représentées à la commission politique qui coordonne les activités politiques sur échelle nationale. Elle propose p.ex. un sujet de l’année (en 2003 c’est la situation des personnes homosexuelles à la campagne) ou organise la campagne nationale lors d’un référendum contre le partenariat. Aujourd’hui, aucune action politique ne se fait sans le savoir et si possible la collaboration de tous les organisations nationales. A part la commission politique, plusieurs autres commissions sont mandatés en commun par Pink Cross. et LOS avec la participation de FELS ou/et de NETWORK, p.ex la commission monde du travail, qui lutte pour les droits des homosexuels à la place de travail, ou encore la commission jeunesse et école.

> Qui est François Baur dans la vie de tous les jours ?

Je le trouve toujours difficile de parler de moi-même. Il n’y a pas grand chose à dire. Juriste de profession, je travaille comme chef suppléant du service juridique à l’Office Fédéral de la Culture à Berne. J’ai cependant gardé mon domicile à Zurich ou se concentrent mes amis et mon entourage familial. Tapette modèle, donc vaniteux, je suis contraint à faire du sport afin de pouvoir montrer mon thorax en carène au club Aera à Zurich ou à l’occasion d’une Jungle au MAD. Comme j’ai passé mes années déterminantes depuis la naissance jusqu’à quatre ans à Genève et que j’y suis revenu pour mes études, j’ai toujours gardé une passion pour cette ville au bord de la Suisse et pour ses habitants...

> Pour quelles raisons t’es-tu engagé auprès de Pink Cross. ?

La raison est simple : A une réunion de NETWORK, j’ai dragué un mec, qui m’a dit qu’il avait promis de participer à un dîner pour fonder la commission politique. Je l’ai naturellement suivi avec le résultat qu’à la fin de cette soirée, le mec n’était plus là et moi, on m’avait nommé président de cette commission politique de NETWORK. Dans cette fonction j’ai noué des contacts avec Pink Cross. et LOS pour mieux coordonner nos actions. Au début, les organisations faîtières n’étaient pas trop chaudes de travailler avec cette bande d’hommes dit de cadres. Mais à la longue, cette collaboration s’est avérée très fructueuse pour la communauté gai et j’ai été appelé à joindre le comité de Pink Cross. . Je préside le comité maintenant dans la quatrième année. La motivation de mon engagement pour les droits des gais et lesbiennes est aussi simple. Bien que je n’ai jamais subi des actes de discrimination directes, je n’ai jamais pu comprendre pourquoi mon frère jumeau hétéro serait traité par l’état de manière différente par rapport à moi, qui, par chance, aime les hommes. Ma famille m’a toujours supporté dans mes activités et m’a donné la force de m’exposer au grand public en tant que président de Pink Cross. .