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Santé Jeunes
PREOS 2011 - Prévenir l’Exclusion basée sur l’Orientation Sexuelle (...) Jeunes homos : tout n’est pas si rose.
Ado Homo :
Comment en parler en famille
par  la rédaction, le vendredi 18 décembre 2009, vu 1545 fois

Idées noires, isolement, peur du rejet : à l’adolescence, les homosexuels se retrouvent trop souvent seuls face à leurs questions. Comment les aider au mieux sachant qu’un tiers des suicides de jeunes sont liés à ces doutes. Retour sur l’importance de la relation aux parents, au moment de vérité.

Un tiers des suicides de jeunes en Suisse sont liés à leurs questionnements sur leur orientation sexuelle. Un constat alarmant, qui met en lumière le manque de soutien offert aux jeunes homosexuels et l’absence de sensibilisation à cette thématique du corps enseignant. « Un jour, une élève m’a dit que son père l’avait jetée dehors parce qu’elle était lesbienne », explique Elisabeth Thorens-Gaud, enseignante dans le canton de Vaud. « Je ne savais pas comment réagir. Lorsque nous décelons un cas de maltraitance, d’abus sexuel ou de troubles alimentaires, nous avons un protocole précis à suivre. Mais face à l’homosexualité, nous sommes dépourvus. »

Pour combler cette lacune, Elisabeth Thorens-Gaud publie ces jours Adolescents homosexuels - Des préjugés à l’acceptation, un ouvrage qui fait la part belle aux témoignages de jeunes et de leurs parents. « Nous vivons dans une société hétérosexiste. Tout ce que nous présentons aux enfants en classe s’appuie sur l’idée que l’hétérosexualité est la norme. C’est très dur de se faire une place quand on se sent différent. On estime qu’il y a entre 5% et 10% d’homosexuels dans la société. Sur une école de 500 personnes, ce n’est pas négligeable. »

Des groupes de discussions pour jeunes LGBT (Lesbienne, gay, bisexuels et transgenres) comme Totem à Genève ou Vogay à Lausanne permettent de répondre à leurs questions. Mais il n’est pas toujours aisé de franchir le pas seul. « Nous avons encore de la peine à accéder à ces jeunes, regrette Isabelle Rossier de Totem. Donner des informations à travers l’école reste délicat. Nous comptons donc sur le bouche à oreille et Internet. Lors des réunions, ces ados nous racontent comment ils sont discriminés par leurs camarades sans toujours être défendus par les profs. Et beaucoup d’entre eux ne peuvent pas se confier à la maison, car leurs familles ne sont pas au courant. »

  • Personne à qui parler

Jusqu’à ses 20 ans, Eduardo* n’a pas osé parler à sa famille, à l’exception de sa sœur cadette, sa première confidente. C’est dans le sport qu’il a trouvé son exutoire à l’adolescence : « J’en faisais vingt heures par semaine. Ça m’a peut-être empêché d’avoir des idées noires. Mais j’aurais aimé avoir quelqu’un pour m’informer. Ne serait ce qu’en cours d’éducation sexuelle. A l’école, je faisais semblant de m’intéresser aux filles. » Jusqu’au jour où son père lui tend une perche : « Mes parents se doutaient que j’étais homo. Un jour, j’étais très triste. Mon père m’a demandé pourquoi. Je lui ai dit que je venais de me faire plaquer. Alors mon père m’a dit : « Je sais qu’il s’agit d’un homme. Mais tu ne vas pas en mourir. Un de perdu, dix de retrouvés ! » Il n’a jamais eu de problème avec mon homosexualité. Il était très ouvert d’esprit. Avec ma mère, ça a été plus dur. Elle n’a jamais prononcé le mot homosexuel. A la place, elle dit : « Toi tu es comme ça » ou « les gens comme toi. » Mon grand frère, lui, l’a très mal pris et a voulu m’emmener voir des prostituées pour me soigner ! »

  • Un processus de deuil

L’importance du soutien familial se ressent surtout au moment du coming out, où l’adolescent exposé supportera difficilement un rejet. « C’est à ce moment-là que le risque de suicide est le plus élevé », prévient Elisabeth Thorens-Gaud. Or c’est souvent à cet instant que la réaction des parents peut être maladroite. « Apprendre que son enfant est homosexuel, s’apparente à un processus de deuil. Les parents doivent accepter que leur enfant ne soit pas un prolongement de leur conception de l’amour et de la sexualité. »

Passé le choc, vient le temps des interrogations : certains cherchent un bouc émissaire, une cause. D’autres parents se sentent coupables ou en colère. Dans les pires cas, pour occulter le problème, ils en viennent à rejeter l’enfant. « Le risque de sombrer dans l’alcool ou la drogue augmente en cas de rejet », explique Barbara Lanthemann, présidente d’Alpagai en Valais. « On se réfugie dans ce qui facilite la vie. On pense au suicide. Les comportements sexuels à risques sont aussi un moyen de se faire du mal. On joue à la roulette russe car on se sent coupable. »

Autre cap à franchir pour les parents : la confrontation au regard des autres. « Et votre fils, il a une copine ? » Les questions anodines des amis les forceront parfois à faire leur propre coming out. « Non, il a un copain ! ». Les plus ouverts s’engagent même auprès d’associations pour lutter contre l’homophobie, un mal dont ils n’avaient souvent pas conscience avant de voir leur enfant en souffrir.

  • L’homosexualité à l’école

Elisabeth Thorens-Gaud a contacté les autorités scolaires des cantons de Genève et de Vaud afin de mettre au point un protocole pour répondre aux attentes des jeunes homosexuels. « Il faudrait faire connaître les activités des associations gay et lesbienne auprès des jeunes. Certains craignent le prosélytisme. Mais on ne devient pas homo parce qu’on a assisté à une conférence sur l’homophobie ! L’homosexualité n’est pas un choix », souligne l’enseignante.

Et son combat pour que la diversité sexuelle soit abordée dans les écoles semble sur la bonne voie : le directeur de l’école Moser a décidé d’offrir son livre à ses enseignants pour Noël. Quant à l’EPFL, suite à une initiative du professeur Didier Trono, doyen des Sciences de la vie, elle organisera une journée d’information en février. « Il faut que les écoles abordent l’homophobie avec le même sérieux que le racisme. En éduquant les gens, on peut espérer qu’un jour, un adolescent puisse faire son coming out à l’école sans être la risée de ses camarades », insiste Barbara Lanthemann. « Le coming out est nécessaire. On est enfin qui l’on est. C’est là que la vie devient intéressante. »

  • L’exil forcé

Lorsqu’il y a rejet de la famille, l’homosexuel se tournera vers la famille d’élection. « Cette famille, celle des réseaux d’amis, sera désormais beaucoup plus importante pour eux », souligne Marina Castaneda, auteur de Comprendre l’homosexualité, citée par Elisabeth Thorens-Gaud. « Il est frappant d’observer le nombre d’homosexuels aujourd’hui adultes qui se sont peu à peu éloignés de leur famille d’origine à cause du manque d’acceptation envers eux. » C’est le cas de Marc* qui a préféré s’épanouir à l’étranger : « Je ne pouvais pas vivre ma vie, j’avais toujours peur de croiser un proche. Pourtant ils doivent se douter que je suis homosexuel. Quand je leur rends visite, j’ai l’impression qu’ils ne s’intéressent pas à ma vie. Sinon comment auraient-ils pu ne rien remarquer ? Et moi, j’ai tellement de choses que j’aimerais partager avec eux. Mais je n’ose toujours pas. »

Un rejet aux conséquences dramatiques sur l’enfant qui atteint parfois des sommets tragiques, comme dans le cas de ce jeune Lausannois d’origine algérienne, kidnappé et renvoyé en Algérie par ses parents à 17 ans, « pour le guérir de son homosexualité », selon lui. « Mon père a menacé de me tuer si je ne changeais pas ». Des parents qui nient en bloc et dont le procès s’est tenu cette semaine à Lausanne (voir cet article).

* Prénom d’emprunt

Source : Trinidad Barleycorn pour Fémina