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Santé Jeunes
France : Homophobes, les livres à l’école ?
Adolescents homosexuels : un livre pour mieux comprendre
par  la rédaction, le mardi 15 septembre 2009, vu 102 fois

Enseignante suisse dans un collège en histoire et géographie, Elisabeth Thorens-Gaud a été confrontée à une situation à laquelle elle n’était pas préparée : une de ses élèves lui a confié que son père l’avait mise à la rue parce qu’elle était lesbienne, ayant même envisagé le suicide.

Elle a alors décidé de partir à la rencontre de jeunes, de parents et d’enseignants dans différents pays, pour mieux comprendre l’homosexualité et les conséquences parfois dramatiques liées à l’entourage familial et social des adolescents.

Elisabeth Thorens-Gaud a rassemblé tous ces témoignages dans un livre qui vient de paraître "Adolescents homosexuels - Des préjugés à l’acceptation" (Editions Favre), avec comme sous-titre "Aide aux parents, conseils aux enseignants, soutien aux jeunes". Nous vous invitons à découvrir son livre grâce à l’interview qu’elle nous a accordée.

Dans la première partie de votre livre, vous évoquez l’orientation sexuelle à l’adolescence et l’homophobie dans le cadre scolaire. Quelles sont les "meilleures pratiques" pour lutter contre cette homophobie que vous avez pu observer ?

En premier lieu, les enseignants ont le devoir de lutter contre les insultes et comportements homophobes, au même titre qu’ils le feraient à l’égard des propos racistes. Personnellement, j’adopte la politique du "zéro tolérance" pour ce genre de remarques. Si un élève utilise le mot "pédé" ou "gouine" dans un de mes cours, je le reprends. Et surtout je lui explique pourquoi son comportement est inacceptable, ce que la personne qui essuie cette insulte peut ressentir. Cette technique d’effet miroir est assez efficace et, en général, les élèves cessent assez rapidement d’employer ces mots blessants.

Ensuite, je suis convaincue que nous pouvons parler de l’homosexualité naturellement pendant nos cours, car elle fait partie de la réalité de la vie. N’oublions pas qu’en principe, dans chaque classe, il existe un garçon gay ou fille lesbienne qui n’attend que quelques signes pour se sentir reconnu et développer une bonne estime de soi. Nous pouvons exploiter les perches que les élèves nous tendent, ou les matières des programmes pour aborder ce thème en toute décontraction. Quand on pense au nombre d’artistes, d’écrivains, de peintres, d’acteurs, de chanteurs, d’athlètes qui sont homosexuels, pourquoi ne pas en parler ouvertement ? Là, les enseignants ont un grand rôle à jouer.

Nous pouvons aider ces élèves en les informant sur les ressources à disposition sur le sujet au sein de l’école et sur internet. Nous pouvons afficher les dépliants contenant les adresses de lieux d’aide sur le panneau d’affichage de la classe. Personnellement, je tâche d’inclure les informations sur l’homosexualité dans celles plus générales sur la promotion de la santé. Les élèves se sentent moins "visés" personnellement, et je fais de brefs rappels plusieurs fois dans l’année.

Enfin, il est essentiel de s’assurer de la collaboration des bibliothécaires scolaires, des responsables santé afin qu’ils puissent fournir de la documentation adaptée aux élèves qui en auraient besoin. J’ai constaté qu’il règne encore beaucoup d’ignorance dans ces milieux. Alors il peut être extrêmement utile de consacrer une heure ou deux à expliquer à ces personnes de quoi il retourne. Une fois informées et convaincues de l’utilité de leur rôle, elles se révéleront être de précieuses alliées. J’en ai fait l’expérience dans mon établissement scolaire.

Vous évoquez la réticence d’enseignant-e-s à réagir en cas d’insultes ou comportements humiliants liés à l’orientation. Le temps nécessaire pour expliquer est souvent opposé aux programmes scolaires à respecter. Comment peut-on lever cet obstacle ?

L’heure qu’on gaspillerait éventuellement à discuter des comportements inappropriés ne sera jamais perdue puisqu’elle permettra de gagner du temps et de l’énergie par la suite. Une fois les élèves sensibilisés à ces questions, il suffira alors de faire de brefs rappels lorsqu’une situation délicate se présentera à nouveau.

Le thème de la discrimination basée sur l’orientation sexuelle peut être facilement intégré dans les programmes de citoyenneté, voire d’histoire. C’est le rôle de l’école d’ouvrir les futurs citoyens au respect de la dignité de la personne.

"Une acceptation par la famille et une acceptation par le milieu scolaire constituent des facteurs de protection essentiels".

Le coming out est très largement abordé au travers des nombreux témoignages de jeunes filles et garçons dans votre livre. La lettre de Robin à sa famille est particulièrement forte à ce titre. Pouvez-vous nous décrire les principales étapes, pour les parents, vers l’acceptation de l’orientation de leur enfant (autre qu’hétéro !) ?

Fréquemment, les parents sont bouleversés quand ils apprennent l’homosexualité de leur enfant, car rien ne les a préparés à cet événement. Quel parent imagine-t-il, lorsqu’il tient son nourrisson dans les bras, que celui-ci pourrait plus tard être homosexuel ? Rares sont ceux qui sont capables d’envisager un tel scénario.

Ainsi, lorsqu’ils apprennent la nouvelle, les parents se posent une multitude de questions : "Qu’avons-nous fait de faux ? Notre enfant vivra-t-il heureux ? Faut-il le dire à notre entourage ? Comment ?" La plupart pensent qu’ils n’auront jamais de petits enfants et ce constat les attriste. Mais aujourd’hui, les familles homoparentales sont de plus en plus nombreuses, même si en France et en Suisse, la loi n’autorise pas les couples de même sexe à adopter des enfants et complique les choses.

Avant d’accepter pleinement leur enfant tel qu’il est, presque tous les parents passent par un cheminement marqué par différentes étapes qui s’apparentent à celles qu’on retrouve lorsqu’on traverse un deuil, ou qu’on doit faire face à toute autre forme de perte affective. Ils doivent faire le deuil de leurs projections parentales, de la vie qu’ils avaient fantasmée pour leur enfant. Déni, colère, marchandage magique ("Je pourrais peut-être faire quelque chose pour l’éviter"), culpabilité, dépression, telles sont les réactions récurrentes dans ce processus de deuil des projections parentales. Heureusement, beaucoup de parents, après quelques semaines ou mois, finissent par accepter leur enfant tel qu’il est en continuant à l’aimer inconditionnellement. Mais certains mettent des années avant de parvenir à ce stade, ce qui affaiblit forcément les liens avec leur fille ou leur fils.

D’autres pères et mères, sous le couvert d’une pseudo acceptation, pratiquent une forme "subtile de rejet". Ils auront entendu leur enfant, mais se comporteront comme si ce dernier était asexué, en feignant d’ignorer sa vie affective, en refusant d’inviter le partenaire de leur fille ou de leur fils à la maison, aux fêtes de famille, etc... Je suis effarée de constater, par les témoignages que j’ai reçus suite à la parution de mon livre, combien ces situations sont fréquentes. Il est important que les parents acceptent leur enfant, car sans cela, leur fille ou leur fils ne pourra jamais se sentir pleinement épanoui.

Le nombre de suicides et de tentatives est nettement supérieur chez les jeunes LGBT, c’est ce qui a notamment motivé l’écriture de votre livre. Est-ce à dire que découvrir son homosexualité ou bisexualité à l’adolescence condamne forcément à penser au suicide à un moment donné ?

Ce n’est pas l’homosexualité qui est un problème, mais c’est le regard des autres sur celle-ci qui en est un. Comme il règne encore beaucoup d’ignorance et de préjugés sur l’homosexualité et la bisexualité, les adolescents qui se questionnent sur leur orientation sexuelle se sentent souvent anormaux, coupables et isolés, car ils ne peuvent s’identifier à personne. Il ne faut pas oublier que le modèle hétérosexiste prédomine dans la société. On se conduit en permanence comme si le schéma fille-garçon était le seul qui soit valable. De plus, il n’est pas rare que ces adolescents soient exclus par leurs pairs. C’est l’isolement qui provoque des dépressions, qui les expose au risque de tentatives de suicide, voire de suicide.

Mais il faut tout de même relever que la majorité des jeunes qui se questionnent sur leur orientation sexuelle ne commettent pas de tentatives de suicide. Les études le démontrent, quand ils sont soutenus par leurs familles et acceptés à l’école, les deux milieux dans lesquels ils passent le plus clair de leur temps, ces jeunes finissent par développer une bonne estime d’eux-mêmes. Ce qui revient à conclure qu’une acceptation par la famille et une acceptation par le milieu scolaire constituent des facteurs de protection essentiels.

Enfin, quels sont pour vous les principaux préjugés, les plus tenaces, qui font toujours barrage à une meilleure acceptation de l’homosexualité ?

On associe encore beaucoup l’homosexualité à la sexualité alors qu’il n’en n’est rien pour l’hétérosexualité. Les hétérosexuels ont tendance à faire de l’homosexualité une affaire de lit et non de cœur. C’est pour cette raison que sur le site internet de notre association Mosaic-info, nous avons écrit : "Être hétéro, c’est aimer un garçon ou une fille, être homo c’est pareil."

Je trouve qu’il serait plus adéquat d’employer le terme "homosentimentalité".

Un autre préjugé tenace consiste à croire que l’homosexualité est un choix. Or il n’en est rien. Les personnes homosexuelles n’ont pas choisi leur orientation sexuelle, en revanche elles choisissent ou non de s’assumer comme telles.

Les gens croient aussi à tort que les gays sont efféminés et qu’ils pratiquent tous la sodomie (alors que les couples hétérosexuels le font aussi), que les lesbiennes sont masculines et ressemblent à des camionneuses et que les personnes bisexuelles ont des partenaires multiples. En réalité, il n’y a pas de caractéristiques physiques, psychologiques, comportementales ou vestimentaires qui permettent aisément de distinguer les personnes homosexuelles des personnes hétérosexuelles.

Un autre de ces clichés tend à affirmer que les couples homosexuels sont moins stables. En réalité, ils durent aussi longtemps ou aussi peu longtemps que les relations entre hommes et femmes.

Mais heureusement, l’image de l’homosexualité tend peu à peu à changer, grâce notamment à la représentation que les médias, le cinéma, le marketing en font, et surtout grâce aux progrès réalisés dans la reconnaissance des droits des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et transsexuelles. Aujourd’hui, du moins dans quelques pays occidentaux, l’homosexualité peut légitimement être associée au bonheur.

Propos recueillis par David Malgrain pour Demactive.fr