Accueil du site > Infos > International > Au pays des kiwis Les îles du (...)
International
San Francisco parade Malaisie et Singapour
Au pays des kiwis
Les îles du Pacifique
par  Frédéric Gloor, le lundi 5 juillet 2004, vu 1290 fois
Tags : - Océanie - Législation

Deux touristes gay se promènent dans la petite ville néo-zélandaise de New Playmont. Un homme les accoste discrètement : « Ne vous tenez pas la main dans la rue, ça ne se fait pas ici, vous allez avoir des problèmes ».

Nouvelle-Zélande

Le gouvernement de Madame le premier ministre Helen Clark s’illustre par une politique progressiste : il a voté le Civil Union Bill, qui offre un statut légal à une relation homo ou hétéro. Cette loi cherche à combattre les discriminations envers les couples non mariés (gays inclus). La mise en application devait avoir lieu en mai 2004, mais elle a été suspendue et la loi renvoyée à un prochain débat au Parlement. Étonnamment, les médias ne s’attardent que peu sur le sujet, préférant celui qui propose d’abaisser la majorité sexuelle de 16 à 12 ans, plus intéressant à leurs yeux. Pendant ce temps, les couples gay sont présentés naturellement dans de bénins articles ou s’introduisent dans les shows de TV-réalité, normalement réservés aux couples hétéros : il est à parier que le sujet ne sera pas débattu, mais finira par s’imposer dans la réalité. Comme partout, il faudra encore du temps pour que les couples gay se soient plus inquiétés dans les rues de New Playmont et d’ailleurs et puissent se balader aussi naturellement que Miss & Mister Kiwi.

Les petites villes de Nouvelle-Zélande ressemblent à l’image que je me fais du far west : une rue principale avec des maisons à un étage et des enseignes en bois peint. En dehors de cette rue, il n’est pas inhabituel de se retrouver nez-à-museau avec un troupeau de mouton. En dehors d’Auckland et de Wellington, il n’existe pas vie gay ouverte. On trouve dans la première (capitale économique) quelques bars, une discothèque, des saunas et des sex-shops. La seconde (capitale administrative) offre une atmosphère un peu plus intime : son unique bar gay anime un vaste local où les clients gravitent entre le bar, les sofas ou la table de billard. En fin de semaine, le bar se mue en une discothèque.

Le mois de juin marquant le début de l’hiver, il n’est pas question de Pride à Auckland ou Wellington. Toutefois, depuis plusieurs années, un festival du film gay et lesbien se tient dans les deux villes. Pour l’édition 2004, on peut regretter une absence de thème central reliant la trentaine de films au programme. À Auckland, un cinéma alternatif ainsi que deux salles du plus grand multiplexe sont mis à contribution. Le succès est tel que la majorité des séances ont affiché complet (sold out) et ceux qui ont voulu acheter leur billet le jour même ont dû se consoler en allant voir Le Jour d’après (The day after tomorrow), qui venait de sortir...

Les îles Fidji

La Constitution de la république des Fidji déclare qu’aucune discrimination ne peut se fonder sur l’orientation sexuelle. La loi ne tolère toutefois pas les actes homosexuels.

Adoptée en 1997, la nouvelle Constitution de la République protège les groupes ethniques des îles des Fidji, jusqu’alors discriminés et réserve une place pour chacun d’entre eux au gouvernement.

Mahendra Chaudry est devenu premier ministre des Fidji en mai 1999 après la victoire de son parti aux élections. Il a été le premier indo-fidjien (une importante minorité) à accéder au pouvoir. Dans son programme figure la légalisation de l’homosexualité, afin que la législation ne viole pas la Constitution. Il tombe avec son gouvernement une année plus tard, en mai 2000, à la suite de deux coups d’État successifs. La Constitution de 1997 est révoquée. Les rebelles revendiquent le pouvoir pour les indigènes de pure souche exclusivement.

En mars 2001, les rebelles indigènes doivent quitter le pouvoir. La Constitution de 1997 est rétablie. En 2002, la nouvelle Family Law Bill est présentée aux députés. Une nouvelle fois, le débat tourne autour de la légalisation de l’homosexualité et de l’introduction du mariage gay. Hélas, la polémique est devenue publique et le débat déborde en de terrifiantes hostilités contre les homosexuels : John Scott, président d’une association gay nationale, et son partenaire sont sauvagement assassinés en juillet 2002.

Fidji est déchirée entre une volonté politique progressiste faisant preuve d’esprit d’ouverture, visant à ce que tous les citoyens puissent vivre harmonieusement ensemble, et un nationalisme rétrograde latent dans une société faisant preuve de passivité à l’égard des nouvelles idées, mais qui peut s’avérer ultra violente, telle un lion qui sommeille, ouvre un œil si on se tient près de lui et attaque si on le dérange un peu trop.