Stop Suicide
Suicide : Rapport du Conseil fédéral Face au suicide des jeunes, deux anciennes Présidentes de (...)
Au plan fédéral, le suicide des jeunes reste lettre morte
le samedi 15 mars 2008, vu 168 fois
Tags : - Législation - Suicide

On apprenait dans la Neue Zürcher Zeitung du 24 février 2008 que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) organise des auditions et consultations préliminaires en vue de la rédaction d’une nouvelle loi fédérale sur la prévention et la promotion de la santé.

Selon ses déclarations publiques en vue de la préparation de cette nouvelle loi, l’OFSP refuse d’intégrer la prévention du suicide, prétextant maintenant que le suicide ne serait qu’une conséquence de la dépression. Pour l’ OFSP , le suicide n’est pas une maladie, donc la Confédération n’a pas de compétences en la matière.

Si per se, tel est vrai, car le suicide n’est pas qu’un problème médical, il n’en est pas moins vrai que les causes de suicides peuvent être dues à une maladie mentale.

La prévention et le dépistage de la dépression, notamment par la mise en œuvre d’Alliances cantonales ou régionales contre la dépression comme à Genève, sont à ce titre des moyens de réduction du suicide. Ils ne suffisent toutefois pas, tant il est vrai que le suicide d’un jeune n’est pas uniquement ni toujours le résultat funeste d’une maladie mentale.

En Suisse, avec les accidents de la route, le suicide est la première cause de mortalité des jeunes de 15 à 24 ans ; il s’agit donc d’un problème majeur de santé publique qui ne peut plus être ignoré. Ne pas se voiler la face signifie d’abord accepter que pour prévenir le suicide, il faut parler du suicide, de manière explicite. Or, limiter le suicide des jeunes à la question de la dépression est réducteur. À travers ses engagements internationaux, la Suisse s’est engagée à tout faire pour garantir à chaque citoyenne et citoyen la possibilité d’atteindre une aussi bonne santé physique et mentale que possible, en particulier dans le cas des personnes mineures. Or, le suicide des jeunes est un problème majeur de santé mentale en Suisse. Une coalition d’organisations non gouvernementales a déposé un rapport au Conseil des droits humains de l’Organisation des Nations Unies (ONU), en vue de l’Examen périodique universel des violations des droits humains en Suisse. Cette Coalition a retenu la question du suicide des jeunes, dénonçant l’inaction de l’État fédéral. Ceci ne veut pas dire que la Confédération doit prendre la place des cantons. Bien au contraire, son rôle est d’encourager l’ensemble des cantons à agir, de définir des stratégies de prévention applicables et de soutenir les activités régionales, notamment en permettant une coordination de celles-ci et en accroissant la disponibilité et la diffusion des informations sur le suicide.

Cet examen périodique de la situation des droits humains permet de montrer l’utilité des instruments internationaux. En l’occurrence, la Suisse est interpellée, car elle hésite à agir dans un domaine dans lequel d’autres pays ont une large avance. La Finlande, par exemple, a connu une diminution drastique du nombre de suicides suite à la mise sur pied de programmes de prévention. Ceci pour dire que l’on peut diminuer le nombre de suicides, encore faut-il admettre leur existence, reconnaître la nécessité d’un réseau et agir pour intégrer la prévention du suicide dans les politiques de promotion de la santé. La Suisse bénéficie déjà d’une qualité de soins importante, d’un vaste réseau, mais manque d’une coordination, d’informations et de prévention spécifiques. La Confédération pourrait agir. Pour qu’elle le fasse, pourtant, il faut visiblement lui rappeler ses obligations internationales.

Par Philipp DE ANGELIS, membre du Comité de Stop Suicide, paru dans la Tribune de Genève, 15 mars 2008