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La sexualité est un droit comme un autre Sophie : "Juridiquement, je ne suis qu’une étrangère pour mon propre (...)
"Avec nos enfants, on forme une famille"
par  la rédaction, le dimanche 22 janvier 2012, vu 244 fois

Yann vit en couple avec Clément. Ensemble, ils ont adopté deux garçons très mignons, qui grandissent au sein d’un foyer plein d’amour et d’attention. Yann nous raconte leur parcours.

Ça fait 21 ans qu’on vit ensemble Après un vie de couple pendant 10 ans, mon ami a manifesté le premier un désir d’enfant. Puis j’en ai eu envie aussi mais évidemment, nous ne pouvions procréer. Un jour, on a rencontré un couple de femmes qui venait d’adopter. Il nous a soudain semblé que le projet devenait plus concrétisable.

On a donc fait une demande d’agrément auprès de la Ddass. Pas conjointement, c’est mon ami qui l’a faite. Surtout à l’époque, l’agrément ne pouvait être donné qu’à un couple marié ou une personne seule. Son âge et la stabilité de son job augmentaient nos chances de l’obtenir.

Et nous avons caché mon existence, car même si de plus en plus de demandeurs dévoilaient leur situation, nous voulions mettre toutes les chances de notre côté. De toute façon, déjà, un homme célibataire a plus de difficultés d’adopter qu’une femme célibataire ou un couple.

  • 4 ans de procédure

L’attente pour l’agrément a duré 9 mois... de stress ! Il faut se montrer solide, car on vous décourage pour vous défier : "Vous n’y arriverez pas", "Vous savez que c’est impossible", "Comment vous allez vous en sortir tout seul ?", "Vous aurez peut-être un enfant handicapé", etc. Une étape que vivent aussi les couples hétéro : on « maltraite » psychologiquement les candidats à l’adoption pour être sûr que ceux qui résistent sont capables d’aller au bout.

On a eu l’agrément. Sur le site du gouvernement, sont répertoriés les pays ouverts à l’adoption internationale. On a choisi l’Ukraine, car sur 20 pays répertoriés, seuls 2 l’étaient à l’adoption par des hommes célibataires ! Des amies avaient déjà été en Ukraine, et nous avons donc été mis en relation avec un avocat là-bas.

Mais la législation locale bougeait tout le temps, et notre démarche était malmenée. Finalement, entre la demande d’agrément et l’arrivée de notre enfant, ça a duré 3 ans ? C’est court, mais... trop long quand on le vit ! Et pour obtenir l’adoption plénière, il faut encore ajouter un an avant que l’enfant ne soit 100% reconnu comme votre enfant.

  • Pourquoi avoir choisi l’adoption ?

A l’époque, on avait déjà des amis qui parlaient d’insémination, d’adoption avec une tierce personne... Mais on voulait que notre histoire soit une histoire de couple, bâtir une famille sans mettre tout de suite notre enfant dans la confusion.

On voulait que ce soit un parcours au même titre qu’un couple qui peut en avoir, ou qui ne peut pas et décide d’adopter. Bref une envie de construire une famille, sans interférence. L’adoption c’est ce qui nous paraissait le plus en adéquation avec cet esprit-là.

Et donc, au bout de 2 ans que notre premier fils était là, on a relancé une démarche d’agrément pour un 2e enfant. C’était un peu plus simple, car on a fonctionné avec la même assistante sociale. On a eu un 2e petit garçon. C’était un hasard. Nous, on avait fixé des critères assez larges pour être sûrs d’aboutir. Il avait 18 mois quand il est arrivé.

  • Devenir un parent reconnu

Puis, dans le souci de protéger nos enfants, nous avons fait une demande auprès d’un juge pour obtenir le partage de l’autorité parentale.

Il fallait rassembler des témoignages : nounou, crèche, amis, famille... Nous avons constitué un dossier, et une avocate a mis en avant les éléments législatifs qui pouvaient favoriser l’avenir des enfants.

Nous avons fait l’objet d’une enquête de mœurs par la police : on a dû raconter notre vie à un commissaire, pour savoir si on était des gens qui se comportaient bien. La juge nous a ensuite convoqués, et questionnés. Nous avons raconté quelques anecdotes pour illustrer notre vœu et ce, dans l’intérêt de l’enfant, au quotidien. Comme cette fois où notre fils aîné avait dû aller à l’hôpital ; le père légal étant en déplacement, j’ai éprouvé de grandes difficultés avec les papiers pour le faire opérer !

On est tombés sur une juge formidable [Yann est très ému], elle a tout de suite statué. Recevant notre demande immédiatement. Elle a rendu un jugement qui me considérait comme second parent.

  • En l’absence de loi

Aujourd’hui, il n’y a pas de loi pour des couples comme nous. Pareil pour une veuve qui se remarie par exemple, le conjoint ne devient pas automatiquement le père et doit passer aussi par une panoplie de démarches pour se voir reconnaître une responsabilité pour s’occuper de l’enfant. De même, si le mariage pour les couples homosexuels devait être reconnu, cela n’impliquerait pas automatiquement que le conjoint ait une autorité parentale de facto. Comme quelqu’un qui se remarie.

Il faut que l’enfant déjà n’ai plus deux référent au départ pour que le nouvel adulte qui demande l’autorité parentale puisse aboutir. C’est très compliqué.

Donc même si le mariage homosexuel devient possible demain, le couple qui fait une demande d’adoption à l’international n’aura aucune chance d’aboutir en tant que couple, vu qu’aucun pays étranger ouvert à l’adoption aujourd’hui ne l’accepte. Et adopter en France, c’est quasi impossible. De toute façon, on donnera toujours la priorité aux hétérosexuels.

D’où l’engouement pour des solutions tierces comme l’insémination, le recours aux mères porteuses...

  • Comment l’expliquer à nos enfants ?

Nous avons toujours raconté à nos enfants leur histoire en toute transparence, et ils ont accès à leur dossier, au nom de leur mère biologique. On leur explique d’où ils viennent, pourquoi on a choisi leur pays d’origine. Qu’on est un couple, qu’il y a aussi des couples d’hommes ou des couples de femmes, même si ce n’est pas le plus grand nombre.

Mon ami dit en rigolant à nos fils que parmi tous les poissons, il y en a des volants, et bien que les poissons volants ne constituent pas la majorité, ce sont quand même des poissons ! Donc, pareil parmi les couples homosexuels, certains ont des enfants.

Et voilà, c’est leur schéma, leur histoire. Ils savent qu’ils ne sont pas nés de notre sang, qu’ils ont une mère biologique, et qu’ils sont élevés par leurs pères.

Parfois à l’école, d’autres enfants leur opposent que c’est pas possible, que ça n’existe pas, alors ils expliquent, leurs camarades viennent à la maison, et constatent que oui, il n’y a pas de maman à la maison, mais un deuxième papa. Il est arrivé que je parle avec d’autres enfants, voire d’autres parents.

  • Au quotidien avec nos enfants

Ils m’appellent par un surnom et appellent mon compagnon "papa". Au début, on a consulté une pédopsy pour savoir si on ne faisait pas de « bêtises d’éducation ». Elle a fait dessiner notre aîné, qui a esquissé un petit bonhomme et deux grands bonshommes d’une couleur, il les a entourés, et à côté, il a dessiné d’une autre couleur une autre grande personne. Probablement sa mère. Il avait donc tout compris de la construction de notre foyer.

L’important pour nous était que nos enfants aient deux référents et qu’ils puissent les distinguer. Aujourd’hui, pour faciliter les choses, il faudrait, quand une démarche a été faite conjointement (adoption, insémination...), et qu’il n’y a pas d’autre référent pour l’enfant, il faudrait que ce soit automatique qu’on reconnaisse le couple de co-parents comme responsables des enfants. On pourrait déposer un papier auprès des services sociaux, ou en mairie, demandant la responsabilité conjointe pour les enfants avec l’accorde de la personne responsable de l’enfant. Plutôt que de passer par des démarches administratives aussi complexes et fastidieuses.

Idem pour une famille recomposée autour d’un enfant qui n’a plus qu’un référent. Personne ne vole l’autorité de quelqu’un dans ces cas-là, on le fait pour l’intérêt de l’enfant avant tout, pour faciliter les choses.

  • Y a-t-il un schéma idéal ?

Je reste persuadé que l’adoption est le meilleur moyen, le plus évident, pour justifier auprès de son enfant l’envie de famille. Les couples homosexuels qui s’entrecroisent pour voir aboutir leur projet vont vers des schémas difficiles pour la construction de l’enfant. L’adoption pour moi correspond davantage à une histoire de couple.

Et les principes selon lesquels il faut un père + une mère pour élever un enfant, ça ne tient pas debout. De tous temps, les enfants ont été élevés par leur grand-mère, leurs oncle et tante, des sœurs par exemple, quand les mères mouraient en couches, ou que les pères mouraient à la guerre. Ou ecore dans des milieux bourgeois, des enfants élevés par un tuteur, une bonne, une nany !

  • La stigmatisation des homos

Et je voudrais ajouter que de toute façon, je n’aime pas le mot « homosexuel », car dans homosexuel, il y a sexe. Cela renvoie le couple à la sexualité, et qu’on précise ça dans le cadre du destin d’un enfant, ça heurte. D’ailleurs, certaines personnes associent homosexuel à pédophile, imaginez un peu ! Comme un fait-exprès, une manière détournée de dire « c’est dangereux » !

Notre intimité ne doit pas interférer dans le cadre de notre famille. Il faut essayer de faire changer les mots quand ils sont très lourds de sens. Ma sexualité ne regarde personne.

Je me considère en couple. Et je parle de coparentalité. Pour des parents hétéro, on ne parle pas « d’un couple composé d’un homme et d’une femme qui élève des enfants », on ne fait pas écho à leur vie intime, alors pourquoi dire un « couple homosexuel qui élève des enfants » ?

Quand je me promène dans la rue avec mes enfants, personne ne sait que je suis homosexuel. C’est pas écrit : « Voyez, ce papa qui a l’air gentil avec ses enfants, vit avec un garçon et est aussi bien qu’un autre ! ». Ce qui fait peur aux gens, c’est ce qu’ils ne connaissent pas... Le meilleur moyen de sortir de ces peurs, c’est de faire connaître les choses, d’en parler.

Source : Au Féminin