Accueil du site > Infos > Suisse > Société > Azaléa donne la parole à la différence
Société
Delémont : La prochaine Pride prend vie Pink Cross : A quoi ça sert tout ça ?
Azaléa donne la parole à la différence
par  Frédéric Gloor, le mercredi 7 mai 2003, vu 206 fois
Tags : - Discrimination

Azaléa est une jeune femme de 35 ans, mère divorcée de trois enfants entre 11 et 5 ans. Une importante dépression l’a poussé à faire le point sur elle-même en même temps qu’elle doive abandonner son métier d’institutrice. Ce recentrage personnel l’a amené sur le terrain des droits de l’homme, sujet qu’elle affectionne depuis toute petite. Azaléa fait partie des gens qui pensent que la société est un monde en marche à laquelle il faut prendre part activement. Depuis quelques semaines, elle anime le site Internet Ananas Show, plateforme de rencontre de toutes les différences.

Entretien :

Qui est Azaléa ?

J’ai 35 ans, je suis divorcée et j’ai trois petits garçons : Nicolas 11ans et demi, Gabriel 7 ans et Youri 5 ans. J’étais instit. mais de gros problèmes de santé m’ont contrainte à arrêter. Ma dépression m’a poussée à faire le point sur moi-même et j’ai décidé de me consacrer à ce qui me tient le plus à coeur depuis toute petite : Les droits de l’homme.

Ananas Show est un nouveau né sur Internet, qu’est-ce qu’il contient ?

Le but d’Ananas est de créer une plate-forme où se rencontreraient toutes les différences. Beaucoup d’organisations et de sites s’axent sur un sujet spécialisé, ce qui est d’ailleurs nécessaire. Le mien propose à tous de se rencontrer au même endroit, de découvrir d’autres types de problèmes et de lutter ensemble contre la discrimination. J’ai d’ailleurs énormément de chance car je suis soutenue dans ma tâche par des organisations et des personnes qui ont découvert mon site et qui n’hésitent pas à m’envoyer des infos. Quant à son contenu, je le veux aussi coloré que ne l’est la vie : des infos chaque semaine, des billets d’humeur, des textes et poésie d’amis visiteurs du site, des portraits de personnes, de l’art, de la musique...Je suis peut-être un peu ambitieuse mais j’ai envie qu’il soit à l’image de mon idéal. Maintenant, il est tout jeune !

Comment t’es venu l’idée et la motivation de créer et d’animer un tel site ?

En fait, comme je te l’ai dit précédemment, j’ai décidé de me consacrer à la valeur humaniste au sens large (je suis d’ailleurs membres d’Amnesty International Belgique). J’ai le projet dans quelques mois de créer une asbl (association sans but lucratif) dans le même esprit. En attendant de concrétiser tout cela dans la vie réelle, je me suis lancée dans le html, moi qui n’y connaissais rien. Quel formidable moyen de communication ! Mon horizon s’est élargie...Je rencontre des amis en France, en Belgique, en Suisse et au Canada...Nous confrontons nos points de vue, nos vécus, nous nous rendons compte que nous vivons le même combat !

C’est donc ta contribution à notre société que tu apportes au travers d’Ananas Show ?

J’ai toujours pensé que le meilleur moyen de vaincre l’intolérance (ou l’indifférence) passe par la communication, par l’éducation. Beaucoup de gens sont racistes ou homophobes par ignorance. Je m’informe énormément. Je lis la presse sur le net, les statistiques, des sites persos touchant à mon sujet, je prends des contacts et je discute avec des personnes très chouettes via mail ou le forum du LGBTH. Je pense que je pourrais t’écrire un roman sur cela tellement je me sens transportée par cette expérience. Je vais donc m’arrêter là ;)

Quel a été le parcours de ton esprit ? A-t-il toujours été aussi ouvert ? Qu’as-tu vécu pour prendre les positions que tu prends en ce moment ? (p.ex. en faveur de l’adoption d’enfants par des couples de même sexe)

D’abord, j’ai été élevée dans un milieu de tolérance et de respect. Le dialogue était primordial avec ma mère et nous combattions sans cesse nos propres préjugés. Nous essayions de dégager ce qu’il y avait de plus juste, indépendamment de toute considération d’ordre moral de type judéo-chrétien. Juste le respect des autres, donc de leurs différences. Ensuite, ma vie n’a pas été simple…Victime de la pédophilie et bien plus tard d’un mari violent, mon éducation m’a été d’un grand secours pour analyser les choses sans haine, en gardant toujours l’humanisme comme fil conducteur. Ma mère raconte souvent que je me suis toujours battue pour la vie, depuis que je suis gamine. A l’école, j’organisais déjà des collectes pour l’Amoko Cadix ou les petits déshérités. Aujourd’hui, après une longue dépression, je me suis reconstruite peu à peu autour de valeurs que j’estimais fondamentales, en laissant de côté l’accessoire. Je rêve d’un monde où mes fils pourront se permettre d’être eux-mêmes sans préjugés et dans une totale égalité de droit. Je pense qu’il n’y a pas de recette au bonheur et, puisque tu parles de l’adoption, je pense que rien ne prouve que des enfants seraient moins heureux dans des familles homoparentales et c’est un non-sens de prétendre qu’on pense au bien-être des enfants en empêchant les homos d’adopter alors que tant de gosses croupissent dans des orphelinats. Ma philosophie de vie est également que tout est dans tout…Que le néant n’existe pas et que nous sommes tous tributaires des actions des autres, que nous en subirons les retombées d’une façon ou d’une autre. Donc, ce qui touche les autres me touche moi. Cela va même plus loin parfois…Cela me fait vraiment souffrir. J’ai mal dans mon « humanitude ». Je pense aussi que le combat contre le racisme, contre l’homophobie ou l’intolérance est le combat de tous, parce que je prône la solidarité, et c’est dans cet esprit que j’élève mes enfants.

Le monde dans lequel on vit a été totalement bouleversé par les attentats du 11 septembre. Penses-tu que ce XXIe siècle dans lequel nous venons d’entrer va voir une régression des droits humains et un retour aux « valeurs d’autrefois » ?

Non, je n’y crois pas. Je suis peut-être idéaliste mais des catastrophes, il y en a eu de tous temps et ça n’a pas empêché l’humanité d’avancer. Les droits de l’homme sont plus qu’à l’ordre de jour dans beaucoup de parties du monde. On s’en soucie enfin…Et même si les progrès sont lents…Ils existent et c’est ce qui compte. Je condamne tout acte terroriste parce que je respecte bien trop la vie et les droits humains, mais je pense que lorsqu’on attise la haine, on doit s’attendre à des réactions violentes. Les prises de pouvoir d’Etats sur d’autres conduisent à des actes de folie…Je pense qu’il faut privilégier le dialogue avant toute chose…Les menaces, les tours de force, les bras de fer ne riment à rien…Ce sont pour moi des armes de primates (excusez-moi du terme)…Aucun peuple ne doit être asservi, de même que chaque être humain a droit au respect et à la justice, quelle que soit sa race, son sexe, son orientation sexuelle, sa religion, ses choix philosophiques, son apparence physique et le contenu de son porte-monnaie.

Tu dis d’Ananas Show qu’il s’agit d’une plateforme où toutes les différences se rencontrent. Mais à ne présenter que des bons sentiments, n’as-tu pas peur de ne pas être crédible ? Car en définitif, les néo-nazis sont une minorités constituante de notre société qui s’affiche aussi par des différences fondamentales. N’ont-ils pas eux aussi droit à la parole ?

Je ne présente pas que de bons sentiments…Loin de là…Mes articles dénoncent justement des entorses au droit, des menaces telles celle de l’opus dei… Je ne traite pas non plus des opinions ou des philosophies parce que, dans nos pays, les courants sont respectés et ont droit à la parole, à condition qu’ils respectent la démocratie. Je n’ai jamais cru à la démocratie « jusqu’au bout »…A partir du moment où des idéologies deviennent une menace pour la liberté et les droits de l’homme, elles doivent être combattues. Ce serait un non-sens de dénoncer les discriminations subies par certaines personnes et de donner la parole à celles qui, justement, sont responsables de cet état de fait. Toute médaille a son revers : le fascisme, l’intégrisme sont la gangrène de notre société…C’est justement parce que des idées rétrogrades ou élitistes sont véhiculées et portent leur fruit dans l’inconscient collectif que les choses ne bougent pas plus vite. Lorsque tu es homo, trans, malvoyant, petite personne, arabe ou noir, etc., tu n’as pas fait de choix : tu es. Et c’est justement sur le simple fait d’ « être » qu’on te prive de droits fondamentaux, que tu n’es pas logé à la même enseigne que les autres. Et ça, ce n’est pas tolérable dans des états qui se prétendent défenseurs des droits humains !