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Politique
Le Conseil d’Etat vaudois agace les homosexuels Homo-parentalité : Quelles incompatibilités ?
Bernhard Pulver « Pas besoin d’avoir des enfants pour les comprendre »
par  la rédaction, le samedi 20 mars 2010, vu 404 fois

Libéral de cœur, Vert depuis la fondation du parti en 1983, Bernhard Pulver pourrait être le mieux élu au Conseil d’Etat bernois dans une semaine. Mais les Verts libéraux risquent de mettre son parti en difficulté au Parlement. Interview

Bernhard Pulver, dans une semaine, les Verts libéraux devraient faire une forte percée lors des élections cantonales bernoises. En tant que conseiller d’Etat Vert, qu’en pensez-vous ? Evidemment qu’ils vont faire une forte percée puisqu’ils partent de zéro. Pour l’instant, les Verts libéraux ne sont pas représentés au Grand Conseil. Et il est effectivement très probable qu’ils y fassent leur entrée dimanche prochain.

La question est de savoir s’ils feront près de 10% des voix comme à Zurich... Je ne le pense pas, parce qu’ici, dans le canton de Berne, les Verts sont plus libéraux qu’ailleurs.

  • Justement, dans leur slogan, des Verts suisses, se disent « écologiques, sociaux et solidaires ». Le vôtre, c’est « écologique, social et libéral ». Pourquoi cette différence alors que vous êtes du même parti ?

Aucune de ces trois dimensions ne doit être privilégiée au détriment des autres. Et aucune ne doit être oubliée ; pas même la libérale. Une société durable est à la fois écologique et sociale, mais elle veille aussi à la bonne santé de l’économie. Les entreprises ne sont pas dangereuses a priori et il est dans leur nature de chercher à faire du profit. Le mot « libéral » peut également s’entendre du point de vue sociétal.

  • C’est-à-dire ?

Pour moi, les libertés individuelles et la diversité doivent être protégées face à la régulation étatique et à l’harmonisation. Je ne dis pas qu’il faut limiter toute intervention de l’Etat, mais juste qu’il faut veiller à conserver les équilibres. Sur ce point, les Verts suisses font un peu mieux que le PS.

  • A vous entendre, on dirait que vous êtes un Vert libéral de souche...

Lors de la fondation du parti des Verts en 1983, nous défendions déjà l’équilibre entre ces trois pôles. Depuis une dizaine d’années, la direction nationale des Verts l’a un peu oublié, ce qui a favorisé l’émergence des Verts libéraux. Je regrette cette division. Car le potentiel électoral de cette exigence libérale est très grand. Ensemble, les Verts doivent dépasser les 15 ou 20%.

  • Est-ce un appel à la réconciliation ?

Oui. Mais je dois quand même dire que les Verts libéraux ont beaucoup contribué à la querelle actuelle et qu’ils devraient trouver davantage de cohérence politique. Il faut avoir le courage de dire où l’on se trouve. Pour moi, les Verts sont clairement avec le centre-gauche. Cela n’exclut toutefois pas des alliances au cas par cas avec la droite, par exemple en ce qui concerne une politique des finances prudente.

  • Vous êtes docteur en droit, quadrilingue, conseiller d’Etat à Berne, et en plus centriste. Tout ce qu’il faut pour devenir le premier conseiller fédéral Vert...

Si vous le dites...

  • Vous y pensez en vous rasant le matin ?

Clairement non. Pas en me rasant le matin. Mon travail en tant que directeur de l’Instruction publique me satisfait pleinement. Mais je sais que cette question se posera probablement un jour et que je devrai y répondre. Cela ne sera pas sans conséquence sur ma vie personnelle et privée.

  • Comment cela ?

Déjà en ce qui concerne la charge de travail quotidienne.

Et votre vie privée ? Vous n’avez jamais caché que vous viviez avec un autre homme.

J’ai toujours été très clair sur ce point et cela ne m’a jamais posé de problème. Peut-être que cela aurait été moins simple si j’avais été dans un parti de droite.

  • Comprenez-vous qu’en Suisse romande, les politiciens homosexuels sont rares à le dire ?

C’est à chacun de décider ce qu’il dit ou non. Mais je regrette ce particularisme romand. Il y a et il y aura toujours des jeunes homosexuels. Des études ont prouvé que le taux de suicides chez eux est plus élevé. Ils ont besoin de voir qu’on peut vivre de façon épanouie, même avec cette différence. Les personnalités, que ce soient des chanteurs ou des politiciens, peuvent être des modèles pour les y aider.

  • Lors de la campagne HarmoS, l’harmonisation scolaire sur laquelle Berne a voté il y a six mois, on vous a reproché de ne pas avoir d’enfant. Et donc de ne pas savoir de quoi vous parlez...

Je ne me souviens pas qu’on me l’ait dit.

  • Ça a été fait lors d’un débat.

Si c’est le cas, cela n’a jamais été médiatisé comme à Fribourg et je ne l’ai même pas relevé. C’est un reproche ridicule. Car si on pousse le raisonnement, il faudrait que tous les chefs de l’Instruction publique aient un diplôme pédagogique, que tous les chefs du Département des constructions soient architectes et que les ministres des Finances soient banquiers. Heureusement, notre système politique ne l’exige pas.

  • Pourquoi ?

Nous, politiciens, sommes entourés de gens extrêmement compétents mais nous devons avoir cette hauteur de vue, pour dépasser le simple cadre technique. Quand je suis en séance, j’entends souvent parler de « management de qualité », de « benchmarking », de « processus d’évaluation », etc. Parfois, je dois me battre pour que le mot « enfant » soit présent dans les textes que mon département écrit. Car au final, il s’agit de leur éducation. Il n’est pas nécessaire d’avoir des enfants pour s’intéresser à ce dont ils ont besoin.

  • En revanche, les Bernois sont d’avis qu’il faut être francophone pour comprendre les gens du Jura bernois. En ce sens qu’ils leur garantissent un siège au gouvernement.

Ce que j’aime le plus en Suisse, c’est son plurilinguisme. Et Berne, avec ses deux langues, est un modèle. C’est certes plus compliqué, il faut traduire les choses en français pour 5% de la population, mais c’est un gain qualitatif. Cette richesse mérite un effort. Aujourd’hui, des entreprises françaises viennent s’installer dans notre canton en raison du bilinguisme. Elles se disent qu’ainsi, elles ont déjà un pied dans le marché alémanique.

  • Faut-il accorder davantage d’autonomie au Jura bernois ? L’indépendance ?

Je serais triste si le Jura bernois n’appartenait plus à notre canton. Mais c’est aux Jurassiens bernois d’en décider. Je suis en revanche favorable à encore davantage d’autonomie. Dans le domaine de la formation et de la culture, elle est déjà très grande.

  • A la fondation des Verts, la décentralisation était déjà un idéal.

Tout à fait. Je suis pour des solutions différenciées, contre l’homogénéisation excessive. Je suis par exemple contre une maturité unique en Suisse, comme le demandent certains socialistes. Ce serait homogène ; mais est-on certain que ce serait meilleur ?

  • Depuis janvier, vous présidez aussi la Conférence des universités suisses. Êtes-vous donc contre davantage de centralisation ?

Il faut à la fois une certaine concurrence, et à la fois que les universités s’entendent sur leurs domaines de recherche. Il est par exemple stupide d’avoir des objets de recherche très peu courus dans deux universités distantes de 40 ou 50 kilomètres.

  • Les universités doivent-elles aussi faire comme l’EPFL, qui a trouvé des sponsors pour son nouveau bâtiment phare ?

Je n’ai rien contre le sponsoring. A l’uni de Berne, une chaire de climatologie sera bientôt créée, grâce aux fonds d’un sponsor privé.

  • Lequel ?

La Mobilière Assurances, qui pense que c’est un domaine qui la concerne.

  • Et les bâtiments ?

Celui de l’EPFL s’appelle le Rolex Learning Center...Là, je pense qu’il faut être prudent. A Berne, la patinoire où joue le SC Bern s’appelle par exemple PostFinance Arena. Cette commercialisation de l’espace public peut créer un sentiment de perte d’identité, et finalement, au bout du compte, pousser certains électeurs à voter UDC.

Source : Le Matin