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Bertrand Delanoë poignardé
le lundi 7 octobre 2002, vu 278 fois
Tags : - France - Agression

Bertrand Delanoë, maire de Paris ouvertement homosexuel, a été poignardé dans la nuit de samedi à dimanche à l’Hôtel de Ville.

La mairie de Paris avait ouvert ses salons au public, dans le cadre de l’opération Nuit Blanche (grand succès, par ailleurs). Lucide jusqu’à son entrée au bloc opératoire, le maire de Paris a exprimé son désir que l’opération Nuit Blanche se poursuive. L’agresseur de M. Delanoë, Azedine Berkane, qui a été maîtrisé immédiatement, a expliqué qu’il n’aimait ni les hommes politiques, ni les homosexuels. M. Berkane, 39 ans, décrit par ses voisins comme "très renfermé", a une formation d’informaticien et vit avec ses parents à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Il devrait être déféré ce soir devant la justice.

L’état de santé de Bertrand Delanoë n’inspire pas d’inquiétude. "Une surveillance en unité de réanimation chirurgicale sera nécessaire pendant au moins 48 heures et une hospitalisation prolongée d’au moins huit jours est à prévoir", a indiqué l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, où Bertrand Delanoë a été opéré durant plus de trois heures. Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, a indiqué ce matin que Bertrand Delanoë avait "passé une bonne nuit" et que "les médecins étaient très rassurants".

Les réactions ont été nombreuses, tant dans la classe politique (droite et gauche) que de la part des associations. Les messages de soutien affluent, dont celui de Klaus Wowereit, le maire de Berlin, lui aussi ouvertement gay. L’interassociative lesbienne, gaie, bi et trans (Inter-LGBT) a exprimé "sa consternation". Le collectif, qui "manifeste sa solidarité et sa sympathie à l’égard du maire de Paris, et lui souhaite un prompt rétablissement, (…) refuse toute exploitation politicienne de cet événement qui viserait à alimenter le délire sécuritaire ambiant, et invite au contraire les politiques et l’ensemble de la société à réfléchir sur la signification qu’il peut avoir. (…) L’Inter-LGBT tient à rappeler la faiblesse du dispositif de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie, et la transphobie en France. L’impunité des propos homophobes, qui ne sont pas condamnables contrairement aux propos racistes, s’ajoute en effet à l’inconscience de certains médias qui contribuent à banaliser l’homophobie. (…) L’entretien de ce climat d’homophobie, assumée ou dissimulée, délibérée ou irresponsable, peut encourager de tels forcenés à en venir à des actes aussi extrêmes que la tentative d’assassinat du maire de Paris, ou bien le meurtre, passé quasi inaperçu, d’un homosexuel à Reims le 15 septembre dernier" (lire Quotidien du 20 septembre). Pour Homosexualités Et Socialisme (HES), "cet acte homophobe contredit une évolution positive des mentalités que les mesures, telles le PaCS, adoptées sous la précédente mandature avaient suscitée : on y voit directement les conséquences néfastes d’une homophobie toujours persistante dans certains médias et même dans certains milieux politiques. Il est plus temps que jamais de mettre en œuvre les outils de la lutte contre l’homophobie !". Sos Homophobie saisit l’occasion pour rappeler que "dans une interview que le Président Chirac avait accordée au magazine Têtu (numéro 66 - avril 2002), ce dernier alors en campagne électorale s’était prononcé en faveur d’"une condamnation de l’homophobie". Répondant ensuite à notre enquête préélectorale, le candidat de l’UMP avait estimé que l’on pouvait "envisager d’inscrire dans la loi ( …) de manière explicite" le fait que les tribunaux puissent "condamner les discriminations fondées sur l’homophobie". Nous invitons donc le gouvernement à inscrire d’urgence un projet de loi de pénalisation de l’incitation à la haine homophobe à l’ordre du jour de la prochaine session parlementaire. Plus que jamais nous restons mobilisés et vigilants face aux agressions dont les homosexuel(le)s sont trop souvent victimes."

Judith Silberfeld, Le Quotidien de Têtu