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Prévention
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« C’est la prévention qu’il faut mettre sous traitement »
par  la rédaction, le mercredi 17 novembre 2010, vu 71 fois

Pour Vincent Bourseul, psychologue et psychanalyste à Paris, « la vie psychique » des HSH – hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes – « n’est pas véritablement prise en compte » par les acteurs de la lutte contre le sida. Et de pointer l’ « immense responsabilité » de ces derniers, alors que l’épidémie fait toujours des ravages.

Les acteurs de la lutte contre le sida sont-ils devenus complètement fous, ou bien ont-ils atteint le point final de la dépression qui les frappe depuis 1995 ? Depuis la « fameuse campagne de Aides » sur la Réduction des risques de 2002 qui a fait couler tellement d’encre, la prévention s’est enfoncée davantage dans ses difficultés, encore insurmontables. Et cela continue aujourd’hui.

Il faut bien reconnaître que l’épidémie de sida et autres IST est une catastrophe pour les HSH (appellation de santé publique désignant les « hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes »). Les témoignages récents qui circulent à l’envi sur internet le confirment. Quelqu’un confie ici ses prises de risques et explique que ce n’est pas par manque d’information mais pour garantir sa jouissance qu’il n’utilise pas toujours de préservatifs, un autre assimile « l’objectif capote maximum » à l’abstinence pour prouver que c’est par conséquent inaccessible. Ces paroles n’auraient rien d’embarrassant, et à la limite n’intéresseraient personne si elles n’étaient pas tenues par un acteur de prévention ou un responsable d’association (lire par exemple Les gays ne veulent plus être prisonniers du préservatif).

La légitimité que leurs propos peuvent tirer de leurs fonctions et de leurs titres, dont ils ne font pas l’économie quand ils s’expriment est inquiétante. Pour un peu, nous pourrions ne pas voir que ces justifications disons personnelles, sont injustement mises à contribution d’un soi-disant débat sur les nouvelles méthodes de lutte contre les contaminations, qui concernent par conséquent des milliers de personnes. Mais depuis quand les acteurs de la lutte contre le sida sont-ils représentatifs des personnes dont ils discutent la sexualité ? Il faut se poser la question.

La lutte contre le sida rencontre d’immenses difficultés, c’est un fait. Tout semble dire que plus personne n’est intéressé par ces questions importantes (ce qui n’est pas vrai), le constat paraît chaque jour plus dramatique que la veille. C’est que la réalité est ignorée, et les réalités au pluriel même. Celles et ceux qui veulent s’y coller savent que dans l’intimité d’un cabinet ou d’ailleurs, les pratiques sexuelles de ces HSH (triste appellation), les fantasmes, les sentiments, les risques aussi font l’objet d’une créativité bien plus grande et plus heureuse que n’importe laquelle des innovations politiques dont on nous rabat les oreilles régulièrement. C’est individuellement que des solutions sont inventées, à défaut de dynamique collective. Pourquoi ne pas s’en inspirer ?

La vie psychique n’est pas véritablement prise en compte par aucune de ces nouveautés « pragmatiques » ou expériences à grande échelle (Traitements pré-exposition, etc.) qui sont réclamées faute de mieux, faute d’idées, pour ne pas avoir les mains vides. Mais ceci n’est pas neuf, c’est historique. Les déterminants psychiques dont il faudrait sans doute tenir compte dans les discussions sur la prévention du sida, sont volontairement réduits à des caricatures psychologisantes appréciées pour cibler des messages comme s’il suffisait d’ajuster une communication, une publicité. C’est que les remises en questions que cela générerait ne seraient tolérées par aucun d’entre eux.

Pas une de ces nouveautés n’est en mesure d’offrir à qui le souhaite ou en a besoin, les conditions d’une véritable parole sur sa vie, ses amours, ses joies ou ses douleurs. L’individualité est ignorée au profit des masses dont on ambitionne de gérer les comportements, en oubliant qu’il y a d’abord du désir, et du désir inconscient. Les « psys » le savent, dommage que les acteurs de la lutte contre le sida, qui sont surtout devenus mécaniquement des acteurs de santé publique continuent de feindre de l’ignorer, pour eux-mêmes et pour ceux vis-à-vis de qui ils ont une immense responsabilité. En rendront-ils compte et devant qui ?

Source : Yagg