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Cameroun - L’enfer d’être gay au pays de Paul Biya
par  la rédaction, le vendredi 12 novembre 2010, vu 332 fois

Quatre ONG, dont Human Rights Watch, ont publié le 5 novembre, un rapport sur la dure vie des homosexuels au Cameroun. Ils sont de plus en plus maltraités depuis 2005.

C’est un document accablant sur les violences envers les homosexuels au Cameroun. Human Rights Watch (HRW) et International Gay and Lesbian Human Rights Commission (IGLHRC) ont collaboré avec les structures nationales Alternatives-Cameroun et l’Association camerounaise pour la défense de l’homosexualité (Adhefo) pour rédiger un texte sans concession.

Intitulé « Criminalisation des identités : atteintes aux droits humains au Cameroun fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre », le rapport a été publié le 5 novembre. Et c’est une violente charge contre le climat délétère qui règne dans le pays. Les personnes homosexuelles « ou perçues comme telles » sont « plus vulnérables aux agressions violentes à l’intérieur comme à l’extérieur de leur domicile », explique le document.

« Depuis cinq ans, les attaques contre les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres sont constantes dans le discours politique, la presse, les homélies religieuses, la vie de quartier et la répression », affirment les ONG qui ont mené une enquête entre le 1er septembre et le 4 octobre dans quatre grandes villes : Yaoundé, Douala (sud, capitale économique), Buéa (sud-ouest) et Ebolowa (sud).

  • Multiplication des arrestations

Et ce qu’elles dévoilent fait froid dans le dos. « Le 21 mai 2005, la police a procédé à l’arrestation de 32 personnes dans une boîte de nuit de Yaoundé, dans la première d’une série d’arrestations et de poursuites retentissantes », indique le rapport. Les auteurs ont pointé là le début du durcissement du régime de Paul Biya à l’égard des homosexuels.

Et les arrestations se sont multipliées. En milieu carcéral, les personnes suspectées d’homosexualité sont surnommées « détenus 347 bis ». Explication : c’est le nom de l’article du Code pénal camerounais qui punit « d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 à 200 000 F CFA (30 à 305 euros) toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe ».

  • Examens anaux

Lors des interpellations, explique le rapport, « les policiers frappent au corps, à la tête et à la plante des pieds les individus qu’ils soupçonnent d’être homosexuels » et « ordonnent parfois des examens de la région anale inhumains, dégradants et intrusifs, dans le but de prouver la pratique habituelle de la sodomie, qui ne peut pourtant être ainsi prouvée scientifiquement ».

En conclusion, les ONG invitent les autorités à « dépénaliser les actes homosexuels, s’abstenir d’incarcérer des adultes ou des enfants pour de tels actes et condamner publiquement tous les actes de violence » ainsi que les discours homophobes « afin de garantir la pleine et entière protection des droits de tous les Camerounais ». Mais Paul Biya, en route pour un sixième mandat présidentiel à l’élection prévue en 2011 et qui s’annonce tendue, devrait rester insensible à cet appel. Par peur, sans doute, de perdre des voix.

Source : Jeune Afrique avec AFP


Homophobes et fiers de l’être

Comment débarrasser le Cameroun du fléau de l’homophobie  ? Dans un rapport publié le 4 novembre, l’ONG Human Rights Watch (HRW) fait quelques suggestions. Aux autorités, elle demande de dépénaliser les pratiques homosexuelles  ; et aux juges, de « s’abstenir d’incarcérer des adultes ou des enfants ». HRW recommande également de condamner publiquement les actes de violence suscités par l’orientation sexuelle, ainsi que les discours homophobes venant de personnalités publiques. Le rapport fait en outre une recension des atteintes aux droits humains dont sont victimes les lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels. S’appuyant sur des témoignages recueillis, en septembre et en octobre 2009, dans les villes de Buéa, Ebolowa, Douala et Yaoundé, les enquêteurs décrivent le sentiment homophobe et ses manifestations dans la société camerounaise.

Ils évoquent par exemple une descente de police dans une boîte de nuit de Yaoundé, le 21 mai 2005, à l’issue de laquelle trente-deux homosexuels présumés furent arrêtés sur la base de l’article 347 bis du code pénal. Celui-ci punit d’une peine d’emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 à 200 000 F CFA (30 à 300 euros) « toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe ». La presse avait alors entrepris de dénoncer une prétendue « homocratie » et publié des listes de « pédés de la République ».

La puissante Église catholique locale n’est pas en reste. Mgr Victor Tonyè Backot, l’archevêque de Yaoundé, assimile l’homosexualité à une « perversion », et, en juillet 2009, le cardinal Christian Tumi n’a pas hésité à organiser une marche de protestation qui a rassemblé six mille personnes dans les rues de Douala.

Selon le rapport de HRW, les homosexuels sont fréquemment victimes de violences de la part de policiers et de gardiens de prison. Faut-il croire que la crise sociale qui frappe le Cameroun puisse être à l’origine de ce déchaînement  ? « Pour l’opinion, pédophilie et homosexualité constituent une seule et même réalité », explique le sociologue Charles Gueboguo, auteur de La Question homosexuelle en Afrique. Le cas du Cameroun (L’Harmattan, 2006).

Source : Jeune Afrique