Accueil du site > Infos > International > Carnet de route From Moscow (...)
International
Mariage Gay - L’Espagne offre une égalité (pas très (...) Iran Un crime nommé homosexualité
Carnet de route
From Moscow with Love
le lundi 4 juillet 2005, vu 648 fois
Tags : - Russie

Des fenêtres du Café Bosco, j’aperçois deux officiers qui traversent la Place rouge. Le drapeau présidentiel flotte sur le Kremlin. Le tsar Poutine n’est pas très loin. La cathédrale Saint-Basile semble veiller sur Lénine, qui repose depuis 81 ans dans son Mausolée, où quelques Russes de passage dans la capitale fédérale s’empressent de se faire photographier.

Quatorze ans après la fin du régime soviétique, quelques symboles restent. Les grues et multiples chantiers un peu partout dans Moscou n’annoncent certes pas encore les Jeux Olympiques que la ville rêve d’obtenir, mais ils sont le symbole du développement effréné auquel les Moscovites assistent depuis quelques années. Avec ses 14 millions d’habitants, Moscou abrite 10 % de la population russe. Pourtant lorsque l’on explore le pays, on a l’impression que dans les campagnes, rien n’a changé depuis 1991.

Une neige fine tombe sur Moscou en ce vendredi de mars. Quelques visites culturelles s’imposent avant de plonger dans la nuit moscovite. Tout d’abord le Kremlin, incontournable, théâtre d’intrigues et de manigances, passées et présentes. Les destins s’y font et s’y défont. Plus tard, la Galerie Tretiakov, dont la riche collection de peintures russes est un avant-goût des merveilles de l’Hermitage de Saint-Pétersbourg. Le ciel s’assombrit annonçant le début de la soirée... il est temps d’aller dîner et c’est en longeant la rue Tverskaya que je me rends au Café Pouchkine, une des meilleures tables de la ville, mais en passant, je m’arrête dans une rue parallèle au Ryby, le plus vieux café gay de Moscou. Le lieu est petit mais historique ! D’ailleurs, malgré la concurrence croissante de nouveaux établissements, il ne désemplit pas. Ou bien... viennent-ils tous pour voir Oxana, travesti maison, danser entre les tables ? Après Pouchkine et son addition bien salée, il est temps de partir à l’assaut de la nuit gay !

20h. Il est encore tôt et je choisis de commencer par un sauna pour me réchauffer. Le choix n’est pas trop compliqué. On ne dénombre que cinq saunas à Moscou, parmi lesquels VODA a retenu mon attention. Typiquement européen, la clientèle est variée même si parfois les jeunes peuvent être découragés par le prix de l’entrée. Rien ne m’arrêtera ce soir ! Hammam, sauna, jacuzzi, fitness, bar, billard… tout y est sauf les cabines pour lesquelles il faut débourser un supplément. Je commande une vodka au bar et commence à entamer la discussion avec mon voisin. Je commence par poser des questions sur la situation des gays en Russie. Andrey, 23 ans, m’explique que tout n’est pas rose. Il est originaire de Volvograd à 1 000 km d’ici. Il y a deux ans, il a décidé de quitter sa famille pour tenter sa chance à Moscou. Au début, il a été hébergé par des amis puis, très vite, il a dû se débrouiller seul. Alors, comme d’autres dans son cas, il s’est offert comme escort pour pouvoir se payer un logement et rentrer à l’université. Aujourd’hui, il a arrêté pour travailler en indépendant de manière à pouvoir continuer à étudier. Je lui explique qu’en Suisse nous voterons bientôt pour la loi sur le partenariat en attendant un jour l’accès au mariage. Il se montre moyennement intéressé. Pour lui, la société russe n’est pas prête pour donner des droits aux gays.

La nuit avance et il doit me laisser pour aller retrouver ses amis. Je pars piquer une dernière tête dans le jacuzzi. Rien à se mettre sous la dent à part le profil du « père de famille, marié, la cinquantaine avec 3 enfants ». Je décide de regagner les vestiaires, encore sous le charme de ma première rencontre inaboutie...

Cependant, un point me frappe. La prévention semble absente de ce lieu. Ni préservatifs, ni gel en libre accès. Tout est payant. En sortant, je reste un peu sur ma faim malgré le sourire slave d’Andrey qui reste dans ma mémoire.

Je longe la Moskva pour regagner la station de métro la plus proche afin de poursuivre ma nuit au bar-club Somovolka. On peut y boire et manger tout en salivant devant les gogo dancers qui se déhanchent sur scène. Ambiance jeune et sympathique. Danser également... Très vite, je ne sais plus où donner de la tête. L’ambiance militaire me met en appétit. Les jeunes éphèbes à moitié dénudés semblent m’appeler depuis la scène. Je pars me mêler à eux sur une musique pop russe très typée. Le club dispose également d’un petit sauna agrémenté de cabines en cas d’envie pressante ! Je ne manque d’ailleurs pas de m’y retrouver rapidement avec mon compagnon de danse, Dmitri. Pour masquer la fatigue d’une journée qui commence à être bien longue, je l’invite à partager une bouteille de vodka avec moi. Il préfère prendre une bière en m’expliquant que la vodka n’est plus très populaire chez les jeunes d’aujourd’hui. Il me demande d’où je viens. Je comprends rapidement qu’il est plus intéressé par les étrangers que par ses concitoyens ! Finalement, il me propose d’être mon guide et de m’emmener dans une boîte gay à la mode. J’ai moyennement confiance mais mon instinct m’invite à le suivre. Je tente.

Nous quittons Somovolka à la recherche d’un taxi dans les rues balayées par une bise glaciale. Direction le club des « 3 singes », où les VIP gays étrangers se pressent incognito lorsqu’ils sont de passage à Moscou. Dans la voiture qui nous y mène, Dmitri m’explique sa nécessité de quitter la Russie. Il a 23 ans et il fuit l’armée de peur de finir en Tchétchénie et de ne jamais en revenir. Avec sa formation et sa parfaite maîtrise du français et de l’anglais, il se rêve à devenir traducteur en Europe ou aux États-Unis. En arrivant au club, nous sommes très vite noyés dans la foule des habitués. Il y a beaucoup de monde ce soir. La fréquentation n’a rien à envier aux soirées du MAD. Encore des gogos dancers qui s’agitent un peu partout sur les différentes pistes de danse. La musique me met rapidement dans l’ambiance. Dmitri est habitué de ce lieu. Impossible de continuer notre discussion à cause du bruit. Nous laissons bouger nos corps au son des différents rythmes jusqu’au petit matin sans se quitter.

6h déjà.... je suis crevé. Nous nous sommes déjà habitués l’un à l’autre, ou bien est-ce moi qui suis en train de craquer ? Finalement, Dmitri me raccompagne à mon hôtel...

Bonne nuit

Nikolai Alexeyev
Gayrussia.ru


Source photo : moscowcity.com