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Santé Jeunes
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Charles Beer invite les écoles à lutter contre l’homophobie
par  la rédaction, le mardi 4 octobre 2011, vu 233 fois

A l’occasion de la journée, demain, de suivi des assises contre l’homophobie le chef de l’Instruction publique adressera un message fort.

« Le Département de l’instruction publique encourage les actions et les procédures pour faire reculer l’homophobie dans les établissements. J’invite le vôtre à prendre des initiatives allant dans ce sens. » Le conseiller d’Etat Charles Beer va envoyer cette semaine aux directeurs un message fort sur son engagement et celui de son département pour soutenir et prendre des initiatives contre l’homophobie. Ce message coïncide symboliquement avec la tenue, demain, d’une journée de suivi des premières assises contre l’homophobie qui avaient été organisées sur le thème de l’école il y a deux ans. Réunissant des magistrats, des professionnels de la jeunesse ou de la police, cette journée vise à vérifier si les engagements pris à l’époque par les autorités ont été tenus. « Beaucoup d’initiatives ont été mises en place, avec plus ou moins de succès. Le constat reste que cela va trop lentement », selon Delphine Roux, qui coordonne le suivi des assises pour l’organisateur, soit la Fédération genevoise des associations LGBT (lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenre). Faute d’une prise de position claire du chef de l’Instruction publique (DIP), les engagements peinent à se traduire sur le terrain. « Des projets intéressants d’élèves ont été stoppés, par la crainte des directions – ou peut-être d’enseignants – des réactions hostiles de parents », déplore Franceline Dupenloup, chargée des questions de genre au DIP. Delphine Roux raconte que, l’an passé, une élève avait été ostracisée par toute sa classe après avoir fait son coming out. « Les enseignants n’ont pas fait grand-chose si ce n’est de la changer de classe et, pour certains, de lui conseiller de se faire discrète. »

  • Etre à l’aise avec le thème

Cet exemple montre bien que l’école peut être partie du problème, mais surtout de la solution. Il y a deux ans, le DIP avait promis d’intégrer le thème de l’homophobie dans la formation des enseignants. Il est abordé, mais pas réellement approfondi, résume Isabelle Collet, chargée d’enseignement pour les questions de genre à l’Institut universitaire de formation des enseignants. Elle intègre la sensibilisation contre l’homophobie dans son cours sur le genre. Ce dernier est obligatoire pour le niveau secondaire, mais peu doté en heures. Il l’est bien davantage pour le primaire (trente heures sur un an), où il rencontre du succès, mais est optionnel. Le propos de Mme Collet « n’est pas de dire si l’homosexualité est bien ou mal, mais que l’homophobie existe ». Elle remarque que « le principal problème est que les enseignants, surtout en primaire, ne savent pas s’ils ont le droit d’en parler. Moi-même, je n’ai rien sur quoi m’appuyer pour leur répondre par l’affirmative. »

A l’école, c’est le service santé de la jeunesse (SSJ) qui est au front. Il a formé septante-trois collaborateurs. Un séminaire de trois jours qui, selon Delphine Roux, a permis aux infirmiers, médecins, conseillers sociaux et membres de la direction de travailler sur leur propre représentation de l’homosexualité. « Il ne sert à rien d’obliger des professionnels à parler d’homosexualité s’ils ne sont eux-mêmes pas à l’aise avec le thème. »

Outre qu’il est chargé des cours d’éducation sexuelle où l’homophobie est abordée, le SSJ est au cœur du Réseau d’alliés, un dispositif mis en place en collaboration avec Dialogai. Chaque établissement doit disposer d’un professionnel (éducateur ou infirmier) formé pour répondre au malaise des jeunes ou les diriger vers les services adéquats en cas de détresse. « Il s’agit d’un véritable problème de santé publique puisque le taux de suicide et de dépression est beaucoup plus élevé chez les jeunes homosexuels », souligne Franceline Dupenloup. Le dispositif n’en est qu’à ses balbutiements. Il y a deux ans, le DIP s’était engagé à mettre à disposition des brochures d’information dans les écoles pour faciliter l’accès des jeunes aux associations de soutien. Mais à part l’invitation à parler de diversité sexuelle affichée sur le bureau de l’infirmier « allié », les flyers de groupes comme Totem, un lieu de parole, n’ont pas droit de cité. Les associations se voient aussi refuser de faire elles-mêmes de la prévention dans les écoles, notamment via des témoignages, un moyen de sensibilisation pourtant jugé efficace. Selon Delphine Roux, les autorités scolaires sont frileuses car elles craignent de se voir accuser d’ouvrir la porte au « prosélytisme gay ». Pour Charles Beer, si l’école laisse entrer les associations LGBT, les établissements devraient également accepter d’autres sollicitations sur un temps d’enseignement déjà limité.

Source : Le Courrier