Accueil du site > Infos > Suisse > Politique > Christophe Darbellay compare les (...)
Politique
Les homos et l’adoption : des fantasmes à gogo Les candidat•e•s sont passé•e•s à la moulinette des lobbyistes
Christophe Darbellay compare les enfants de parents de même sexe aux cocaïnomanes !
par  la rédaction, le lundi 21 novembre 2011, vu 625 fois

L’association fâitière Familles arc-en-ciel, la Fédération genevoise des associations LGBT et le groupe Homoparents d’Espace 360 s’insurgent contre les propos outranciers de Christophe Darbellay, tenus vendredi 18 novembre 2011 dans le journal « Le Temps » (article en bas de page).

Dans un article consacré à la décision de la commission des affaires juridiques du Conseil des Etats d’ouvrir le droit à l’adoption aux couples homosexuels, le président du PDC s’est permis de faire un parallèle entre les enfants élevés par des parents de même sexe et les cocaïnomanes !

Ce dérapage a heurté les familles concernées et les associations LGBT qui se disent très choquées d’une telle comparaison et d’un tel dérapage. Nombreuses sont les familles qui se sont plaintes auprès des associations qui les représentent en soulignant le tort que de tels propos peuvent porter à l’estime de soi de leurs enfants.

Ce manque de respect d’un politicien, qui plus est d’un président de parti, témoigne précisément de l’urgence d’apporter une meilleure protection juridique aux familles arc-en-ciel, une réalité qui concerne 6’000 à 30’000 enfants en Suisse. C’est précisément contre ce genre de propos que les enfants de parents de même sexe doivent se battre au quotidien. Reconnaître ces enfants et leur famille, c’est lutter contre les préjugés et leur donner le droit d’exister, juridiquement et socialement.

De nombreux membres et élu-e-s du Parti démocrate-chrétien défendant des valeurs humanistes ne partagent pas la position de leur président, ayant compris que les revendications des familles arc-en-ciel visent simplement à légitimer une réalité existante, que d’aucuns s’obstinent à nier. Rappelons que 86% de la population suisse est favorable à l’adoption pour les couples de même sexe et demande un cadre légal entourant les familles arc-en-ciel (cf. sondage représentatif du 12/06/2010 effectué par Isopublic, www.los.ch).

Familles arc-en-ciel, la Fédération genevoise des associations LGBT et le groupe Homoparents, qui défendent le droit des familles arc-en-ciel à être reconnues, appellent d’ailleurs tous les élu-e-s du Parlement à voter de manière responsable lorsqu’il s’agira de se prononcer sur ce sujet. Les familles homoparentales sont prêtes à ouvrir le dialogue en direct avec tout-e politicien-ne prêt-e à s’intéresser véritablement à leur réalité quotidienne, plutôt que de porter des jugements à l’emporte-pièce.

  • Association faîtière Familles arc-en-ciel
  • Fédération genevoise des associations LGBT
  • Groupe Homoparents / Association Espace 360

L’adoption par les couples gays sème le trouble au PDC

Christophe Darbellay ne comprend pas la position de « ses » sénateurs

Le président du PDC tombe des nues. Alors que le Conseil national avait rejeté en septembre une pétition en faveur des familles arc-en-ciel, la Commission des affaires juridiques du Conseil des Etats s’est prononcée mardi pour l’ouverture du droit d’adoption aux couples homosexuels. Et ce sans la moindre opposition, c’est-à-dire avec l’aval des deux membres PDC de la commission.

« C’est l’incompréhension totale, s’étrangle Christophe Darbellay. Je ne sais pas ce qu’ont voté nos représentants, mais notre ligne a pourtant été clairement définie au moment du débat sur le partenariat enregistré. Nous étions d’accord pour le partenariat, à condition qu’il ne s’agisse pas d’un « mariage bis » et qu’il n’ouvre pas le droit à l’adoption. Je ne m’explique pas cette décision ! »

Celle-ci a effectivement de quoi surprendre. Donnant suite à la pétition intitulée « Mêmes chances pour toutes les familles », la commission a adopté une motion qui charge le Conseil fédéral de faire en sorte que « toute personne adulte, quel que soit son état civil ou son mode de vie, puisse adopter un enfant, en particulier celui de son ou sa partenaire, si l’adoption constitue la meilleure solution pour le bien-être de l’enfant ».

En clair, ils demandent de modifier la loi sur le partenariat, votée par le peuple en 2005, qui interdit l’adoption aux couples homosexuels. Membre de la Commission des affaires juridiques, la conseillère aux Etats PDC jurassienne Anne Seydoux-Christe précise d’emblée qu’elle était à l’étranger au moment du vote. Sans se défiler pour autant : « Si j’avais participé au vote, je me serais très probablement prononcée en faveur de cette motion. D’abord parce que le texte précise que le bien-être de l’enfant doit primer. Ensuite parce que je constate une inégalité de traitement dans la loi, qui reflète une certaine hypocrisie : actuellement, les couples homosexuels en partenariat n’ont pas le droit d’adopter les enfants de leur conjoint, alors qu’ils peuvent adopter en tant que célibataires, s’ils ne sont pas enregistrés. Il est temps d’ouvrir le débat, on verra bien ce que propose le Conseil fédéral. »

Un argument que balaie Christophe Darbellay : « Je ne connais pas beaucoup de célibataires qui adoptent des enfants et je ne supporte pas cette manière de détourner la loi avant de vouloir l’adapter à la réalité. On ne va pas tout à coup autoriser la cocaïne parce qu’il y aurait 500 000 consommateurs ! »

  • Liberté de vote

Pour Anne Seydoux*Christe, le courroux de son président ne change rien à l’affaire : « Il est possible que cette position ne plaise pas à Christophe Darbellay, qui a les opinions qu’il veut, mais je rappelle que nous votons sans instructions, la Constitution nous le garantit et j’y tiens ! »

Second membre PDC de la commission, le président du Conseil des Etats, Hansheiri Inderkum (UR), préfère, lui, ne rien dire, affirmant qu’il « n’est pas dans [ses] habitudes » de révéler ses votes.

Détail piquant : le groupe PDC au parlement comprend également les élus verts libéraux, dont deux siègent à la Commission des affaires juridiques des Etats. Même tacite, leur soutien à ce projet illustre leur divergence avec le PDC sur les questions de société, et promet de ne pas simplifier la tâche de Christophe Darbellay dans sa volonté de fédérer le centre. L’intéressé prévient déjà que le choix de ses sénateurs ne « passera pas comme une lettre à la poste » et annonce une franche discussion au sein du groupe.

Source : Le Temps