A Lausanne comme à Neuchâtel, les pasteurs présents ont exposé la ou plutôt les positions des églises évangéliques réformées de Suisse et de leurs représentants.
Le pasteur Nicolas Charrière a d’abord exposé la position officielle au travers des conclusions du synode de l’EERV (Église Évangélique Réformée du Canton de Vaud) :
- l’EERV accueille en son sein tous les croyants sans aucune discrimination reposant sur l’orientation sexuelle. [1]
- l’EERV ne saurait refuser un poste en son sein (pasteur, diacre...) à une personne en raison de son orientation sexuelle. [2]
- l’EERV ne propose pas (encore) de liturgie spécifique permettant la bénédiction des couples homosexuelles. Mais une réflexion est en cours sur ce point. [3]
Alors certes ces positions officielles ne sont pas idéales mais elles démontrent un esprit d’ouverture bien plus grand que ce que l’on peut encore aujourd’hui rencontrer dans des églises plus "traditionalistes" où la damnation est la seule proposition faite à ceux qui n’accepteraient pas de renier ou du moins de maîtriser leur “nature pécheresse” (sic).
Par ailleurs, les positions officielles sont certes un cadre qu’il faut respecter au mieux mais ensuite dans sa paroisse chaque pasteur est libre d’agir selon ses convictions. Ainsi, si les bénédictions liturgiques des couples de même sexe ne sont pas autorisées, certains pasteurs proposent une bénédiction de chacun de ses membres.
Les pasteurs Nicolas Charrière et Phil Baker ont tous les deux expliqué que si la Bible ne saurait être réécrite, sa lecture et son interprétation sont propres à chacun. Les textes reflètent les époques où ils ont été écrits et c’est justement le rôle des hommes d’église d’actualiser leur lecture et d’amener chacun à en avoir sa propre interprétation en fonction de son vécu. Il ne suffit pas comme Mary Griffith d’avoir une connaissance littérale du texte biblique, encore faut-il être en mesure de le comprendre. En la matière, l’obscurantisme religieux utilisé par certaines Églises est à combattre.
Cette ouverture d’esprit est en totale contraste avec les actions d’autres Églises. Il est des plus choquants qu’encore aujourd’hui, des homosexuels se voient proposer des "séminaires de guérison" (sic) qui ont pourtant depuis longtemps démontré leur inefficacité et même leur nocivité. A Neuchâtel pas moins de 5 personnes ont témoigné de leur passage dans de tels groupes. D’une part ces cures n’ont rien “guéri” (puisqu’il n’y avait rien à soigner) mais ont amené ces personnes à s’éloigner de l’église voire à la rejeter complètement alors que celle-ci constituait un soutien nécessaire pour certains.
Qu’est-il alors possible de faire pour soutenir ces personnes ?
Foi et homosexualité : une équation possible.
D’une part indiquer l’existence d’Églises plus ouvertes sur la question dont les représentants sont tout disposés à accueillir et à écouter les hommes et les femmes s’interrogeant sur l’interaction entre leur foi et leur identité.
Si comme je le pense ces Églises souhaitent jouer le rôle qui devrait-être le leur auprès des homosexuelLEs croyantEs, ces dernières se doivent de communiquer en direction de ceux-ci.
Mais elles se doivent également de réagir publiquement lorsque la religion est utilisée comme une arme à l’encontre des LGBT et ce afin de montrer que celui qui hurle le plus fort n’est pas toujours (et même rarement) celui qui détient la vérité (et encore faut-il qu’il existe UNE vérité).
Il est stupéfiant, dans notre société moderne occidentale, d’entendre encore des gens affirmer à juste titre que la religion peut tuer. Comme l’ont rappelé les deux pasteurs que j’ai pu écouter, la Bible ne fait que peu de cas de la sexualité des Hommes en général et de l’orientation sexuelle en particulier. Jésus a tout au cours de sa vie lutté contre l’exclusion et le rejet sociétal de ceux qui étaient différents. Il a toujours œuvré pour que chacun apprenne à s’aimer soi-même, préalable nécessaire pour aimer les autres.
Comment peut-on accepter une homophobie aussi violente qui repose sur un détournement des textes et du sens profond de la Bible ou de tout autre texte canonique ? L’histoire l’a prouvé, la voix d’un seul homme peut changer beaucoup de chose. Je ne saurais que trop encourager les hommes d’église ouverts d’esprit à exprimer leur opinion publiquement lorsque le sujet revient sur le devant de l’actualité comme le font des Églises comme la Metropolitan Community Church dont est issu le pasteur qui est venu en aide à Mary Griffith. Même si l’effet boule de neige ne sera pas systématique, cette seule parole permettrait à ceux qui souffrent d’entendre des propos homophobes de savoir qu’il existe des Églises prêtes à les accueillir en leur sein.
D’autre part, pour accompagner ces hommes et ces femmes dans leur réflexion spirituelle, il faut développer les groupes de paroles réunissant des homosexuelLes-croyantEs afin que ces derniers puissent échanger leurs expériences et se soutenir. Un groupe existe déjà à Genève (C+H) et un autre est en projet à Lausanne.
Mais qu’en est-il des autres cantons notamment ceux où la religion est invoquée à tort et à travers pour justifier les injures et l’opprobre jetés à la face des homosexuelLEs quand ce n’est pas une damnation pure et simple qu’il leur est promise ?
Les fondements sont là et les personnes adéquates existent... il ne reste plus qu’à faire.
Mais l’église n’est pas le seul soutien dont devraient pouvoir disposer les jeunes s’interrogeant sur leur orientation sexuelle.
Coming Out Day 2009 - 3/3 : Famille & Ecole : il reste beaucoup à faire.



















