La famille comme premier soutien :
Lors des interventions pour le Coming Ou Day comme cela avait été le cas au cours des Assises contre l’homophobie à Genève le mois dernier, le constat a été fait qu’encore trop souvent des parents confrontés à l’annonce de l’homosexualité de leur enfant ont parfois une attitude d’incompréhension pouvant aller jusqu’au rejet.
A Lausanne et à Neuchâtel, Mme Josiane Chavaillaz est venue apporter son témoignage. Elle s’interroge : « Comment un parent qui aime son enfant peut-il en venir à le rejeter ? ». La raison principale semble être l’ignorance. Cette dernière est le fruit d’une société dans laquelle la diversité sexuelle est niée.
Tous les parents font , à tort ou à raison, et souvent inconsciemment, des projets pour leurs enfants. Le problème vient du fait que pour ce qui est de la vie intime ceux-ci se conforment au modèle hétérocentriste : partenaire du sexe opposé, mariage, enfants.
Bon nombre croient encore que l’homosexualité est un choix et que l’homosexualité de leur enfant est la conséquence d’une erreur dans l’éducation qu’ils lui ont donnée. Cela les amène souvent à se sentir coupable. Mais de quoi ? Leur enfant n’est pas malade, il est juste un peu différent de la majorité.
Les parents sont également remplis d’appréhension face à l’avenir de leur enfant homosexuel car ils ne savent rien de la réalité de l’homosexualité. Ils ne connaissent que ce que la société en dit et l’image n’est pas enthousiasmante : les homosexuels sont des être solitaires qui au cours de leur vie n’auront que des relations brèves basées sur le sexe sans parler des menaces de discrimination, de violence homophobe (verbale ou même physique) et du SIDA.
C’est ici que prend tout son sens le Coming Out Day. Vivre ouvertement son homosexualité permet de fournir des exemples d’hommes, de femmes et de couples heureux et donc de mettre à bas l’image du vieux gay déprimé dans sa solitude et de la triste lesbienne abandonnée entourée de ses chats. Les homosexuels peuvent également accéder au bonheur et avoir une vie de couple et même de famille heureuse.
Mais, de la même façon qu’il est difficile à un(e) jeune d’accepter son homosexualité (Coming In) c’est un gros travail pour les parents d’accepter l’homosexualité de leur enfant. Dans un cas comme dans l’autre, c’est une cheminement qui peut être long e t difficile. Il sera facilité par l’existence de littérature sur le sujet ainsi que par le soutien d’associations.
Dans le film, Mary Griffith est soutenue dans son parcours personnel par les membres de l’association PFLAG (Parents, Families and Friends of Lesbians and Gays). Ces groupes de parents permettent des échanges entre des personnes vivant ou ayant vécu la même chose, c’est-à-dire un long chemin depuis les préjugés jusqu’à l’acceptation de l’homosexualité de leur enfant. De tels groupes existent en Suisse. L’association FELS est particulièrement active mais malheureusement essentiellement de l’autre côté du Röstigraben. En Romandie, les groupes sont plus rares, plus petits et moins organisés : le GPEH à Genève et le Groupe de parents de l’association Vogay à Lausanne.
Il serait bénéfique d’encourager le développement des groupes de parents existants ainsi que de favoriser la création de groupes similaires dans chaque canton romand.
Une fois l’homosexualité de son enfant acceptée, les parents se demandent comment agir désormais avec lui. La réponse est simple : de la même façon que s’il avait été hétérosexuel. Josiane Chavaillaz a fait un parallèle entre son fils (homosexuel) et sa fille (hétérosexuelle) : elle a adopté le même comportement envers ses deux enfants concernant leur vie sentimentale. Elle refuse de s’immiscer dans leur vie intime et elle ne se préoccupe pas de ce qui se passe dans leur chambre à coucher. Elle désire juste continuer à faire partie de leur vie et c’est pourquoi elle reçoit et accueille le compagnon de son fils au même titre que celui de sa fille.
Il en va de même pour ce qui est de parler ensuite de l’homosexualité de son enfant. Lorsque Josiane Chavaillaz parle de sa fille, la première chose qu’elle évoque ce n’est pas son hétérosexualité ! Pourquoi devrait-il en être autrement pour son fils ?! En revanche, si on lui pose la question habituelle à savoir si son fils à une petite amie, elle répond que non, il a un compagnon. Si l’homosexualité ne doit pas être portée comme un étendard, elle ne doit pas non plus être dissimulée. En accord avec son fils, Josiane Chavaillaz en a progressivement informé la famille, puis les amis proches pour finalement aujourd’hui avoir « l’autorisation de le dire à tout le monde ». Le Coming Out des parents n’est pas plus simple que celui de l’enfant. Mais il doit lui aussi être fait pour pouvoir vivre sereinement et librement. Le tout est de le faire en temps et en heure. Les parents et les enfants doivent en parler ensemble pour être certain que tout le monde est prêt. Car il ne faut pas se voiler la face : l’homosexualité est certes plus acceptée aujourd’hui mais pas encore par tout le monde et faire son Coming Out (en tant qu’homosexuel ou parent d’homosexuel) c’est encore s’exposer à des réactions de rejets parfois même de la part de proches (la grand mère Griffith en est la parfaite illustration).
En effet, si les liens du sang permettent de faciliter l’acceptation au sein de la famille nucléaire, il en va autrement du reste de la famille et encore plus de la société.
Hétérocentrisme sociétal : une éducation à repenser.
La société d’aujourd’hui est encore très hétérocentrée c’est à dire que la seule possibilité de vie envisagée est hétérosexuelle. Dans le film, comme dans la vie réelle, les parents et les amis de Bobby le perçoivent que comme ne pouvant être qu’hétérosexuel car aucune autre possibilité n’est envisageable dans leur esprit.
Cet état de fait est le résultat d’une éducation, à la maison, à l’église mais également à l’école, dans laquelle la diversité sexuelle est niée.
Mme Elisabeth Thorens auteur du livre Adolescent homosexuel : des préjugés à l’acceptation est avant tout une enseignante. C’est justement le fait d’avoir été confrontée dans sa profession à l’homosexualité d’une élève qui l’a amené à écrire cet ouvrage. Après qu’une élève ait fait son Coming Out en pleine classe, Mme Thorens a désespérément cherché du soutien et de l’information à l’intérieur de son établissement. Mais elle n’a rien trouvé. Elle a alors eu la chance de pouvoir se tourner vers une connaissance homosexuelle qui lui a indiqué l’existence d’associations ainsi que de matériel qui seront utiles à l’élève en question (en l’occurrence il s’agissait de la brochure l’Essentiel).
Mme Thorens a alors pris conscience de l’invisibilité de l’homosexualité à l’école : pas un livre, pas une brochure... pas un seul cours durant lequel la thématique de l’orientation sexuelle n’était abordée.
Elle s’est également rendu compte de l’hétéro-centrisme de l’enseignement et notamment du sien. Lors des cours magistraux, les professeurs n’indiquent jamais l’homosexualité comme une possibilité. Pire l’homosexualité des personnages historiques, des auteurs, des personnages de fictions est passée sous silence. Le seul moment où pourrait éventuellement être abordé le sujet ce sont les cours d’éducation sexuelle mais à la condition sine qua non qu’un élève pose directement une question à ce propos (ce qui bien sur n’arrive pratiquement jamais).
un congé sabbatique pour travailler sur le suicide des adolescents homosexuels, sujet qui m’a conduit ensuite sur le thème du suicide des adolescents en questionnement sur leur identité sexuelle
Mme Thorens a alors obtenu un congé sabbatique pour étudier la question du suicide des adolescents, ce qui l’a - malheureusement mais logiquement - conduit à traiter du suicide des adolescents en questionnement sur leur identité sexuelle. Dans ce cadre, elle alors fait le tour du monde (France, États Unis et Québec) afin de voir comment la problématique est abordée dans d’autres pays. De cette recherche est né son ouvrage qu’elle défini elle-même comme « un manuel rédigé par une hétérosexuelle à l’attention des hétérosexuels ».
Elle y rassemble un corpus de témoignages sur lesquels elle s’appuie pour donner des outils aux parents, aux enseignants et même au jeunes homosexuelLEs afin que l’homosexualité ne soit plus un sujet tabou au sein de la famille et de l’école.
Elle y explique également comment il est simple d’en finir avec l’hétérocentrisme. En utilisant le terme de “partenaires” en lieu et place de ceux d’“homme et femme” lorsque l’on traite du sujet du couple. En ne niant plus l’orientation sexuelle de l’empereur Hadrien, d’Oscar Wilde ou du Schtroumpf coquet.
Elle y explique également à quel point il est important de lutter contre l’homophobie au quotidien. Ainsi lorsqu’un élève profère une insulte homophobe, il suffit que l’enseignant prenne quelques minutes pour expliquer en quoi ce propos peut-être blessant et en quoi il n’a pas de sens pour désamorcer une situation de conflit et faire tomber les préjugés.
Cette initiative personnelle exceptionnelle ne doit pas rester un coup d’épée dans l’eau. Mais elle ne le sera pas puisqu’elle arrive au moment où, dans l’élan des 1ères Assises contre l’homophobie les associations LGBT développent des projets sur cette thématique.
Ainsi, Jean-Paul Guisan - secrétaire romand de Pink Cross - aura profité de l’occasion pour parler de l’existence d’une commission école au sein de l’association faîtière travaillant actuellement sur la question.
Par ailleurs, La Boussole, représentée à Lausanne par MM. Pascal Morier-Genoud et Stéphane André, poursuit sont travail de sensibilisation des personnels d’encadrement de la jeunesse.
Enfin, les associations LGBT locales développent également des projets dans leur canton. Par exemple les HappyGays ont obtenu la distribution de la brochure l’Essentiel dans tous les établissements du canton. Certes, il ne s’agit pour le moment que de trois exemplaires à destination des directeurs, médiateurs et infirmières scolaires mais gageons qu’il ne s’agit là que du premier pas d’une longue marche.
Alors toutes ces initiatives sont encore un peu disparates aujourd’hui mais des collaborations comme les Assises contre l’homophobie ou le Coming Out Day permettent la prise de contacts et nous l’espérons la mise en place d’une action commune.
Mais qu’est-il possible d’attendre de cette collaboration :
- le développement d’un réseau d’alliés romand sur le modèle de celui développer aux État Unis et comme cela est déjà en cours à Genève à l’initiative de Manon Pellet avec le soutien de la Fédération Genevoise des Associations LGBT.
- le développement voir la généralisation de programmes de sensibilisation des personnels encadrants comme le fait déjà l’association La Boussole.
- la mise en place de programme de sensibilisation des élèves reposant sur des témoignages comme cela existe déjà depuis 15 ans au Québec, depuis plusieurs années en Belgique et commence à se développer en France.
Tous ces projets sont utiles individuellement et même nécessaires collectivement car ils sont complémentaires les un des autres.
Pour ces projets dans les école, comme pour ceux à destination des parents ou des croyants, les bases et les personnes adéquates sont là mais tout est encore à construire.
Mais cela ne se fera pas tout seul. Alors si vous avez un peu de temps (ou à défaut un peu d’argent) que vous pourriez consacrer au développement de tels projets, les associations ne refusent jamais un coup de main.
Revue de presse :
un grand merci à lui d’être venu lors de la soirée lausannoise
Un reportage réalisé par Canal Alpha lors de la soirée neuchâteloise (à partir de 8’15")


















