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Coming-out public d’une députée au Parlement
par  Steve , le dimanche 21 novembre 2004, vu 343 fois

Marianne Huguenin, élue popiste (extrême-gauche) au Conseil national, ancienne syndique de Renens, candidate malheureuse au Conseil d’État vaudois, est devenue dimanche 21 novembre 2004 le premier député romand siégeant sous la Coupole fédérale à faire son coming-out public, à l’occasion de l’émission Mise au point, sur la TSR.


L’émission de la TSR.

L’article paru dans le Femina du 3 octobre 2004.

Lire également l’article du Temps du 23 novembre 2004 (accès payant)

Le communiqué de l’Organisation suisse des lesbiennes (LOS) :

Magnifique coming out de la conseillère nationale vaudoise Marianne Huguenin (PST)

Dimanche soir 21 novembre, lors de l’émission Mise au point diffusée sur la TSR, la conseillère nationale popiste, Marianne Huguenin, a fait son coming out. Première conseillère nationale romande à le faire, elle a dit de façon claire et simple que pour elle était venu le temps d’assumer publiquement son orientation sexuelle en raison de la prochaine votation sur le partenariat. Elle a relevé également qu’il était important à ses yeux d’aider les jeunes en leur montrant qu’ils ne sont pas seuls à vivre cette différence.

Déclarant qu’il arrive que le privé doive devenir public et que c’était pour elle le moment, elle a fait son coming out de façon digne, sensible et vraie. Un grand coup de chapeau à madame la conseillère nationale !

L’intervention de Marianne Huguenin au Conseil national à l’occasion des débats sur la loi sur le partenariat enregistré (2 décembre 2003) :

Huguenin Marianne (-, VD) : Le groupe "A gauche toute !" se félicite de l’aboutissement de la démarche initiée par l’initiative parlementaire Gros Jean-Michel 98.443 et soutiendra le projet de loi sur le partenariat enregistré entre personnes du même sexe. Cette avancée, soutenue clairement par la commission, permet de donner un cadre national allant plus loin que les changements législatifs permis aux cantons et de rejoindre les nombreux pays européens ayant légiféré dans ce sens. Elle permet surtout d’appliquer le principe de non-discrimination de la nouvelle Constitution.

Nous sommes attachés à ce principe fondamental et considérons la reconnaissance donnée officiellement par l’Etat comme essentielle. C’est la reconnaissance d’une réalité vécue par une minorité significative de la population ; une réalité vécue depuis toujours, avec ses discriminations nombreuses sur tous les plans et venues de la société, auxquelles s’ajoutent parfois des difficultés plus personnelles. Les recherches menées depuis de nombreuses années sur l’homosexualité ont pu mettre en évidence l’addition de ces nombreuses difficultés rencontrées par une partie de cette population, en particulier chez les jeunes, chez lesquels le taux de suicide est élevé. La reconnaissance publique du couple homosexuel, et par là même du statut de l’homosexualité, amène une vraie bouffée d’air dans ce pays. Là, on ouvre réellement des fenêtres, Monsieur Blocher ! On permet ainsi à une minorité, qui est plus importante que l’on ne pense si l’on y ajoute l’ensemble des personnes concernées - parents, enfants, proches, employeurs -, d’accéder à une citoyenneté non tronquée.

Finalement, les homosexuels sont un peu dans notre société comme des sans-papiers. Ils sont là, plus ou moins tolérés, travaillent, paient des impôts, mais ils sont dans une partie de leur vie des citoyens de seconde zone. Bien sûr, les changements des lois ne suffisent pas à abattre les préjugés, à faire cesser les discriminations et les difficultés quotidiennes. Mais ils donnent un signal fort dans ce sens, faisant partie sans aucun doute d’une politique de prévention au niveau de la santé psychique, en permettant aux personnes homosexuelles, se découvrant comme telles à l’adolescence ou plus tard et pour qui cette découverte n’est pas toujours simple, de la vivre en diminuant l’exclusion et la marginalisation.

L’avancée des débats sur la reconnaissance du statut des homosexuels a été possible quand on a compris que ce n’est pas en parlant de l’homosexualité, en reconnaissant son existence, que l’on fait augmenter l’homosexualité. Il n’y aura pas, avec un PACS fédéral, plus d’homosexuels dans ce pays, mais il y aura moins d’homosexuels en difficulté.

J’aimerais dire à Monsieur Chevrier que cette loi ne fait aucunement la promotion de l’homosexualité, mais qu’elle la reconnaît simplement. Et je crois que Monsieur Schlüer connaît mal cette réalité quand il dit qu’il n’y a actuellement plus de discrimination. Bien sûr, la Gay Pride lutte contre ces discriminations, mais justement, elle est nécessaire parce que les discriminations existent. A l’éthique de Monsieur Waber qui avance un dogme, au fond, qui pèse sur la tête d’une minorité, je préfère celle de la Ligue suisse des femmes catholiques, qui aide à vivre et qui n’écrase pas.

Le groupe "A gauche toute !" entrera bien sûr en matière et soutiendra l’amendement de la minorité Hubmann à l’article 28, visant à autoriser l’adoption tant des enfants du partenaire qu’en général. Là aussi, il ne s’agit au fond que de reconnaître une situation qui existe déjà, plus fréquemment qu’on ne l’imagine, que ce soit par les enfants d’un partenaire précédent ou lors d’adoption par une personne seule, autorisée par la loi et passée relativement inaperçue jusqu’ici. Il soutiendra également l’amendement adopté par une petite majorité de la commission aux chiffres 27 article 13a et 28 article 19a, qui propose de laisser aux femmes homosexuelles les petits avantages restant aux veuves au niveau des rentes, ceci en raison des inégalités de salaires persistantes entre hommes et femmes.

La première salve était passée presque inaperçue : le 3 octobre 2004, au détour d’un entretien pour le magazine romand Femina, Marianne Huguenin, figure importante de la politique vaudoise et médecin de famille, déclarait appartenir à deux minorités : celle des femmes et celle des femmes qui préfèrent les femmes. Ce soir, c’est devant une audience beaucoup plus importante que Marianne Huguenin a publiquement fait état de son homosexualité, dans le cadre de l’émission Mise au point, sur la TSR.

L’interview de plus de douze minutes de l’élue popiste suivait un sujet intitulé « Alémaniques et Romands : le Gay-Graben », qui s’interrogait sur les différences en matière de coming-out entre les deux côtés de la Sarine (ou du Napf, selon les dernières théories...) : en Suisse alémanique, de nombreuses personnalités publiques ont annoncé et assument publiquement leur homosexualité, alors qu’en Suisse romande, le fait est autrement plus rare (une seule élue connue jusqu’alors : Catherine Gaillard, conseillère municipale de l’Alliance de Gauche au Conseil municipal de la Ville de Genève, organe dont elle est aussi le premier vice-président).

Refusant de céder au sensationnalisme, Marianne Huguenin est restée très sobre et très digne tout au long de l’entretien. Parlant de son vécu et non de ce que les autres personnalités publiques devraient faire (chaque parcours est individuel, chaque situation différente), elle a relevé que, en tant que personnalité publique, elle avait ressenti la nécessité d’assumer publiquement son orientation sexuelle en raison de la prochaine votation sur le partenariat enregistré. L’élue popiste a aussi estimé qu’il était de sa responsabilité d’aider les jeunes en plein processus de coming-out en leur montrant des images positives et respectables de l’homosexualité, citant au passage l’étude Cochand/Moret/Singy sur le taux de suicide anormalement élevé des jeunes homosexuels masculins (25% pour les garçons homos contre 3% en moyenne générale chez les jeunes de sexe masculin).

Marianne Huguenin a profité de la plateforme télévisuelle qui lui était offerte pour souligner que le partenariat enregistré sera également bénéfique pour le coming-out : il s’agira en effet d’un véritable état civil, qui permettra aux homosexuels d’évoquer de manière anodine leur partenaire, tout comme les hétérosexuels parlent sans y prêter attention de leur époux ou épouse.

Défendant enfin sa démarche, elle s’est référée au Manifeste des 343 salopes, qui visait à faire légaliser l’avortement en France : il arrive que le privé doive devenir public, afin de faire avancer la société. Même si Marianne Huguenin désire rester discrète et a déclaré vouloir faire en sorte de ne pas devenir un étendard homosexuel, on ne peut que saluer son courage et se féliciter de l’image de l’homosexualité donnée au grand public par une femme aussi fine, sensible et intelligente.

Dans un registre un peu plus alémanique, mais toujours à l’échelle suisse, à noter que si le tournus traditionnel est respecté, Claude Janiak, député socialiste de Bâle-Campagne au Conseil national, actuel deuxième vice-président de ladite Chambre, et qui se présente ouvertement comme homosexuel, accédera au perchoir de la Chambre basse en 2006.