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Partners, TDF2 : Deux études encourageantes pour la PrEP TasP : Session extraordinaire pour résultats exceptionnels
Conférence International AIDS Society 2011 : Le traitement comme prévention, quelle validité chez les gays ?
par  la rédaction, le jeudi 21 juillet 2011, vu 94 fois

De nouveaux résultats sur le traitement comme prévention ont été rendus publics à la conférence sur le sida de Rome. Que signifient-ils sur le plan individuel ? Quelle est leur validité chez les gays ? L’investigateur principal, Myron Cohen, répond aux questions de TÊTU.

Une standing ovation. C’est par cette démonstration d’enthousiasme qu’ont été accueillis les résultats détaillés de l’essai américain HPTN 052 sur l’intérêt préventif des traitements antirétroviraux, lundi après-midi, lors de la 6e conférence sur le sida. Celle-ci réunit à Rome plus de 5000 scientifiques, cliniciens et militants, depuis dimanche et jusqu’au 20 juillet pour débattre des manières les plus efficaces de combattre l’épidémie.

  • Bonne surprise

Enjeu majeur de cette conférence : l’utilisation des antirétroviraux comme moyen de prévention. Avec deux pans qu’il ne faut pas confondre : la prise d’antirétroviraux chez des séronégatifs dans un but préventif (la prophylaxie pré-exposition ou Prep), et la réduction de la charge virale des séropositifs pour réduire le risque de transmission (TASP).

Bonne surprise sur ce dernier aspect : le TASP se révèle, chez les couples hétérosexuels sérodifférents, plus efficace contre la transmission du VIH qu’on ne le pensait. En mai dernier, l’essai américain HPTN 052 qui portait sur plus de 1700 couples hétérosexuels sérodifférents était interrompu. Ses résultats suggéraient que si une personne vivant avec le VIH était traitée, le risque d’infection pour son ou sa partenaire était réduit de 96 %.

TÊTU a rencontré l’investigateur de l’essai, Myron Cohen, professeur de médecine et de santé publique à l’Université de Chapel Hill en Caroline du Nord (Etats-Unis).

  • TÊTU : 96 % d’efficacité, cela veut-il dire une probabilité de 4% de se contaminer ?

Myron Cohen : Non. Ce chiffre est tiré des résultats qui montrent que la quasi-totalité des transmissions observées a eu lieu parmi les partenaires non traités. Soit 28 sur 29 transmissions. C’est le rapport entre les deux nombres qui donne 96%. L’essai montre donc que l’efficacité du traitement sur la durée est plus élevée que 96%. Il montre aussi que le traitement fait mieux que le simple conseil d’utiliser des préservatifs sur la durée, ce que les gens ont du mal à faire. Pas moins de 39 personnes au total se sont infectées au cours de l’essai, alors qu’elles déclarent à 90% d’utilisation du préservatif. On sait que huit personnes se sont infectées en dehors de leur couple, et on le suspecte pour deux autres, on est en train de le vérifier (ces infections ont été exclues du champ d’analyse de l’étude, ndlr.)

  • Sait-on dans quelle condition la personne s’est infectée alors que son partenaire était traité ?

Nos analyses ont montré que cette personne s’est infectée très probablement au moment de l’introduction du traitement, juste avant ou juste après. Les antirétroviraux n’avaient pas encore réduit la charge virale de son partenaire, c’est-à-dire la quantité de virus dans le sang. Cela confirme qu’il faut avoir une charge virale indétectable pour que le TASP soit une méthode préventive efficace.

  • Que sait on de la validité du traitement comme prévention chez les gays ?

Les résultats de notre essai ne sont pas extrapolables aux gays. On sait que lors d’un rapport anal, le risque de transmission est plus élevé que lors d’un rapport vaginal. Cela suggère que le niveau de risque résiduel sera plus élevé, mais cela reste un risque résiduel. Donc, même si on ne peut pas la calculer formellement, on sait que la réduction du risque sera extrêmement forte si une personne séropositive a une charge virale indétectable, qu’elle prend ses antirétroviraux correctement et qu’elle dépiste ses IST et les fait soigner.

  • Des études sont elles prévues pour obtenir une preuve scientifique ?

Le problème, c’est qu’on ne pourra sans doute jamais obtenir la preuve scientifique que le traitement comme prévention marche chez les gays. On y a réfléchit, mais si on voulait faire l’équivalent de HPTN 52 avec des couples gays, il faudrait certainement le faire en Europe ou aux Etats Unis. Or, pour faire l’essai, on a dû retarder la mise sous traitement des personnes en dessous de 250 CD4. Ce serait impossible en Europe ou aux Etats Unis, où les recommandations actuelles sont de traiter en dessous de 500 CD4. Certes, une étude européenne, Partners, va suivre des couples gays et donnera dans quelques années des éléments intéressants, mais pas avec un niveau de preuve aussi haut que dans notre essai. En fait, on ne l’aura jamais sans doute chez les gays.

  • Un des points forts de la conférence est qu’il ne faut pas opposer les différents outils préventifs. Qu’en pensez-vous ?

Je suis tout à fait d’accord avec ça. Ce n’est pas parce que le traitement comme prévention est une méthode incroyablement efficace qu’il faut jeter les préservatifs. Une personne peut combiner préservatif et traitement si elle le veut, mais ce n’est pas obligatoire. C’est aux personnes de décider. Mais avoir ces données réduit la peur de transmettre et la peur de s’infecter pour leurs partenaires.

Source : Têtu