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Loi sur le partenariat - L’image d’un couple de même sexe (...) Le parlement valaisan donne la "priorité à la famille" et refuse le (...)
-* Conférence sur le PaCS -
Tout fout le camp !
par  Frédéric Gloor, le vendredi 29 novembre 2002, vu 404 fois
Tags : - Vaud - Homophobie - Lpart

« Tout fout le camp ! » C’est autour de ce thème qu’un groupe de Paudex organise une série de conférences dont la dernière en date, qui a eu lieu jeudi 28 novembre, se voulait consacrée au pacs et au risque de voir ainsi disparaître la famille. Le conférencier Roland Campiche, sociologue, s’est vu donner la réplique par la spécialiste en droit de la famille : Madame Suzette Sandoz.

La salle communale de Paudex était remplie d’environ septante personnes, la plupart des retraités, majoritairement issus de la communauté protestante du village. Deux étudiants sont venus prendre des notes et cinq gays étaient présents dans le public.

Un discours progressiste

Roland Campiche entonne un discours de qualité plaçant d’emblée le niveau très haut et coupant court au discours gentiment homophobe que l’on entend régulièrement dans ce genre de réunions de bien pensants. Roland Campiche l’avoue d’emblée : ce thème est difficile. D’une famille stable, nous sommes passés en quelques décennies à une famille nomade dans laquelle les codes, les rôles (homme, femme, enfants) sont modifiés. L’indissolubilité du mariage a laissé la place à moult configurations possibles dans lesquels le compagnonnage, la monoparentalité, les célibataires coexistent avec les couples homosexuels. L’aspect provisoire que donne la facilité de divorce influe sur le mode de relation des couples. Roland Campiche avoue que c’est une formidable accélération qui a eu lieu dans la reconnaissance des homosexuels ces dernières années. Des années quarante où le Conseil fédéral levait la pénalisation de l’homosexualité à 2001 où les Pays-Bas autorisent l’adoption en même temps qu’une gay pride a lieu à Sion (!) ce ne sont plus que 29% des Suisses qui pensent que l’homosexualité est une « erreur ». Il est à noter que cette moyenne est la plus basse d’Europe, faisant de la Suisse le pays le plus progressiste (certains diraient « tolérant » mais je me refuse de dire qu’il faut tolérer l’homosexualité, on l’accepte.) Les Églises protestantes principalement ont entrepris une relecture de la Bible et autorisent les pasteurs ouvertement gays (ou lesbiennes) vivant dans la cure avec leur ami(e), et bénissent les couples de même sexe au moyen d’une bénédiction ad hoc de celle du mariage. L’Église catholique romaine « tolère » les homosexuels mais prescrit l’abstinence. Selon Monsieur Campiche, le PaCS est une consécration au niveau du droit des valeurs sociales qui se sont établies d’elles même. Le contrat de partenariat prévu par Ruth Metzler se fonde sur les deux principes de l’égalité de tous les citoyens et la de la protection des minorités. En conclusion, le PaCS est présenté par notre conférencier comme une nécessité sociale qui permettra de diminuer les discriminations.

Le risque de glissement

Après avoir félicité Roland Campiche, Suzette Sandoz avoue être préoccupée. Profitant que son interlocuteur ait placé son niveau très haut, Suzette Sandoz, à la voix stridente, redescend au niveau du public et demande si il est vraiment important de placer le PaCS au même niveau que le mariage. « Désire-t-on calquer le mariage institutionnel ou souhaite-t-on plutôt offrir aux homosexuels un contrat d’union simple ? » Par quelques virages la femme de droit en arrive à cette conclusion « Désire t’on une société qui brade les droits de l’enfant en permettant l’adoption par deux hommes ou deux femmes. Les pays comme le Danemark ont glissés. Quand on commence à donner des droits, il faut savoir où on veut s’arrêter avant de les donner . » Suzette Sandoz se déclare donc opposée à l’institutionnalisation d’un PaCS par peur d’une évolution future des droits. Or, il se trouve que le projet de Ruth Metzler propose un contrat qui serait égal à celui du mariage. Il est à noter que ce projet poursuit son petit bonhomme de chemin (à la Suisse) et a été accepté par le Conseil fédéral aujourd’hui 29 novembre 2002. Une fois accepté par les chambres, on pourra s’attendre à un référendum et on aura certainement droit à Suzette Sandoz alertant, sirènes hurlantes, la population des risques de cette nouvelle loi.

« Quels seront les repères pour les enfants dans vingt ans ? » demande une dame de l’assistance. Pierre Cochand assis au fond de la salle rappelle que les « valeurs » d’hier, qui semblent être un idéal pour les conservateurs, incluaient les femmes battues par leurs maris et les enfants abusés qui se taisent. « Tout fout le camps ! » aujourd’hui la femme est l’égale de l’homme les enfants sont respectés et on parle de reconnaître l’existence des homosexuels !