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Cuba
Fraise et chocolat
par  Frédéric Gloor, le mercredi 27 octobre 2004, vu 241 fois
Tags : - Amérique centrale

Autant le dire tout de suite : les Cubains sont très beaux ! Lors de ma première traversée de La Havane, j’ai immédiatement été fasciné par ces hommes soignés et vêtus avec élégance.

Ambiance sexy à La Havane

Contrairement aux idées que l’on peut se faire, le macho cubain aime qu’on le regarde : il n’est de meilleur compliment pour un homme que d’être admiré. Les hommes hétéros acceptent ainsi beaucoup plus facilement l’homosexualité masculine (ils ne se sentent pas concernés et obtiennent des admirateurs supplémentaires) que féminine. L’idée qu’une femme ne puisse pas être satisfaite par eux semble être la pire des insultes.

Lorsque l’on se promène dans les rues, on est incessamment harponné par des rabatteurs cherchant à nous vendre tout et n’importe quoi : une habitation, un cigare, un voyage en taxi, quand ce n’est pas de la compagnie… Aux alentours de l’hôtel le plus chic de la capitale, L’Hôtel Inglaterra, gravitent les prostitués, toutes sexualités confondues. Le premier à m’avoir abordé a d’abord cherché à me vendre les services d’une femme avant de se proposer lui-même. Il suffit de déguster un « mojito » ou une autre boisson sur cette terrasse protégée par des bacs a fleurs pour observer la tourbillante : certain-e-s sont invité-e-s à tenir compagnie aux riches touristes sur la terrasse et d’autres montent dans les chambres sous les yeux des portiers qui reçoivent un dollar pour se taire : tout un spectacle pour les yeux avisés.

Une gay party à Santiago

À Santiago de Cuba, au sud de l’île, la vie se déroule dans la rue ou sur les multiples places arborisées. Alors que je cherchais un endroit où boire enfin un café, un gay me fait un clin d’œil et me court après. Je lui expose mon envie de caféine et nous voilà parti dans une pinte.

Au fil de la discussion, il me propose de le suivre à une soirée gay privée organisée ce soir là. A côté de l’escalier dans une vaste bâtisse, une femme est assise sur une chaise de camping, petite table blanche devant elle, elle tient la caisse. “Pas de touriste” annonce-t-elle théâtralement. Quelques mots s’échangent en cubain et le prix est fixé à 2 dollars pour le visiteur que je suis. La soirée se tient dans la cour intérieur, tables et chaises sont presque toutes occupées, des chanteurs se succèdent au micro. C’est un peu Buena Vista Social Club chez les gays. Un groupe passe de tables en tables afin de distribuer une brochure officielle sur la santé des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes et des préservatifs gratuits. Si les prestations n’étaient pas de grande qualité et si les touristes sont toujours vu comme des porte-monnaie potentiels, j’ai aimé observer la vie gay dans un univers clos.

La visibilité

J’ai le droit d’être gay ouvertement. Si quelqu’un veut m’attaquer, la police est partout et le mettra en prison” me dit un gay que j’interrogeais sur l’homophobie à Cuba. En effet, si l’homosexualité était encore mal vue il y a quelques années (la doctrine communiste considérait l’homosexualité comme une perversion engendrée par le capitalisme), les discriminations ne sont aujourd’hui pas tolérées dans cette société qui veut que tout le monde soit égal. Les gays, si ils ne s’affichent pas particulièrement ne se cachent pas non plus. On peut observer la vie gay à tous moments dans toutes les villes de l’île. Il y aurait eu une Gay Pride à La Havane et à Santiago ces dernières années, je n’ai trouvé nulle part confirmation à ce que l’on m’a pourtant affirmé là-bas.

Importance donnée a la culture

Après la Révolution, le nouveau gouvernement cubain a permis l’ouverture de musées, et de théâtres. Des troupes de danse ont été créées ainsi que des écoles d’art. C’est également à ce moment que l’office national du cinéma a vu le jour. 250 « casas de la cultura » ont émergé aux 4 coins du pays. La majorité des événements les plus novateurs ont lieu dans ces maisons et sont généralement gratuits. La communiste Cuba est fière de sa culture ! En 1996, le roman Paradiso de l’écrivain José Lezama Lima a été publié dans un vent de scandale causé par ses descriptions homo-érotiques. Aujourd’hui, il est considéré comme un classique. Les thèmes qui étaient traditionnellement tabous dans la société cubaine comme la bureaucratie, l’homosexualité, la misogynie, ont été développés dans des films produits par l’officielle « Cubana des Arte e Industria Cinematograficos ». Le film Fresa y Chocolate, tiré d’une nouvelle de Senel Paz, a ouvert une véritable discussion nationale sur l’homosexualité. Le film a été récompensé par un Ours d’argent et un Prix spécial du jury au Festival de Berlin en 1994, mais a surtout remporté le Prix du 15ème festival du nouveau cinéma latino-américain de La Havane !

Pas de discrimination, pas de droits non plus

En été 2001, un double mariage a été célébré près de La Havane. Les deux couples étaient les premiers homos à se marier à Cuba. Cette noce privée n’avait aucun aspect légal ni religieux.

Les habitations étant propriété de l’État, se loger est un droit offert à tous les citoyens et ne coûte rien. Toutefois, seules les familles ont le droit au logement : les gays et les lesbiennes qui ne créent pas une famille doivent rester chez papa et maman ou se trouver une nouvelle famille d’accueil. De ce fait, les rencontres et la vie de couples sont difficiles.

C’est un culte à la Révolution (communiste) qui est donné à Cuba. Espérons que cet esprit évolue et permette un jour à donner naissance à une véritable société égalitaire. “Un monde meilleur est possible” c’est une citation de Fidel Castro que l’on trouve souvent sur les murs. On en est hélas encore loin.