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-* Débats au Conseil national -
Impressions depuis les tribunes
par  Jean-Paul Guisan, le vendredi 5 décembre 2003, vu 185 fois

Mardi 2 et mercredi 3 décembre, je me suis retrouvé pour la première fois à l’intérieur du Palais Fédéral. C’était bien sûr avec émotion, puisqu’il s’agissait d’assister depuis les tribunes aux délibérations relatives à la loi sur le partenariat enregistré pour les couples de même sexe. On en connaît déjà l’issue.

Une fois la première émotion passée, j’ai quand même été frappé par un état de fait qui doit être commun à de nombreux parlements, à savoir que tout ou presque est déjà joué dans les commissions. J’imagine que c’est cela qui fait que presque personne n’écoute les députés qui s’expriment. Le bruit de fond en continu des conversations privées ne s’interrompt même pas quand un conseiller fédéral tient absolument à prendre la parole. Quant aux députés qui restent silencieux, ils lisent leur journal ou se déplacent dans les travées.

Ce climat d’indifférence posé, il reste à noter que les interventions se sont toutes faites sur un ton très serein (contrairement à ce qui se passe dans le parlement cantonal genevois). Je ne sais pas si c’est le cas pour tous les sujets. En résumé, il n’y a pas grand-chose à dire sur l’atmosphère des débats auxquels j’ai assisté.

Les membres du petit parti fondamentaliste n’ont fait référence à Dieu qu’une ou deux fois. Et aucune fois directement à la Bible. Ils étaient surtout inquiets que la loi soit une promotion de l’homosexualité par l’État au détriment du mariage. Un autre député a dit qu’il avait des amis homosexuels qu’il aimait beaucoup, que c’était des gens très bien, cultivés etc. MAIS qu’on n’avait pas besoin d’une telle loi qui ne concernait qu’une minorité. Des ajustement ponctuels de la loi suffiraient. Un représentant de la droite dure de Christoph Blocher a expliqué qu’il refusait la loi parce qu’elle représenterait une surcharge de bureaucratie. C’est le principal argument avancé par cette formation, qui se veut à la fois ultralibérale sur le plan économique et ulttraconservatrice sur le plan social.

L’un des partis du centre-droite a appuyé la loi en invoquant le pragmatisme et la logique. La sobriété du discours, l’absence de sentimentalisme m’ont beaucoup plu. Les démocrates-chrétiens ont quelque peu donné dans les bons sentiments et le paternalisme (à moins que ce ne soit simplement du politiquement correct), ils ont aussi invoqué la tolérance. (La tolérance sous-entend la désapprobation ou la réprobation de quelque chose dont on admet le droit d’exister.) Cette tolérance, on n’y a malheureusement pas complètement coupé non plus avec certains représentants de la gauche, qui ont cependant fait porter l’accent sur la notion d’égalité et de lutte contre les discriminations.

Même quand il s’est agi de la question de l’adoption (qui sera interdite), les interventions se sont faites de la façon la plus posée qui soit - elles étaient simplement lues sans aucune émotion. Quelqu’un qui ne comprenait pas la langue aurait très bien pu croire qu’on déterminait la dimension des panneaux sur les autoroutes.

Il n’empêche que pour le gay de 42 ans que je suis, c’était une journée historique, dont je n’aurais jamais pu envisager la possibilité il y a 30 ans, quand je me débattais avec l’horreur des discours pathologisants ambiants (si on ne parlait pas de perversion). Je suis donc fier de mon pays. Certes, les Scandinaves, puis les Belges et les Néerlandais, nous ont précédés et ont fait plus fort - mais la loi qui a été votée va bien plus loin que le PaCS de nos voisins français. Certes, en attendant l’issue du référendum, je devrais peut-être réfréner mes élans patriotiques.