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Société
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Des homosexuels cherchent la « guérison » auprès de Jésus
par  la rédaction, le mardi 18 mai 2010, vu 227 fois

Une association évangélique aide des homosexuels à « changer ». Des thérapeutes estiment que ces accompagnements spirituels peuvent renforcer leur mal-être.

On ne nous envoie plus au bûcher, c’est une révolution », réagit, mi-ironique mi-sérieux, Jean-Paul Guisan, secrétaire romand de Pink Cross et responsable du groupe C+H (Chrétiens et homosexuels) de Dialogai. « Mais on veut nous ’guérir’, c’est scandaleux ! » Il fait référence à un papier de position sur l’homosexualité du Réseau évangélique suisse, qui représente 250 000 croyants. Cette organisation faîtière condamne définitivement les pratiques homosexuelles en se fondant sur la Bible, mais invite à « accueillir le pécheur en prononçant un oui salvateur ». Cette « solidarité » implique une responsabilité : « Beaucoup d’homosexuels souffrent de leurs pulsions et voudraient s’en affranchir. (...) Leur dire qu’ils n’ont pas besoin de changer, ou qu’ils n’ont aucun espoir de changer, c’est faire preuve de beaucoup de légèreté. » Selon le document, il existe différentes thérapies qui permettent « d’êtres conduits pas à pas vers la guérison ». Quelques adresses de lieux d’accompagnement en Suisse romande sont proposées. Dont celle de l’association Torrents de vie, déclinaison européenne du programme étasunien Living Waters mis sur pied par Andy Comiskey, un activiste chrétien conservateur qui dit être sorti de la communauté homosexuelle après avoir été profondément touché par Dieu.

Séminaires de « transformation »

Les ouvrages sur la sexualité de cet « ex-gay » sont la matrice d’intensifs séminaires en vue d’une « restauration de la personnalité ». Selon lui, l’homosexualité serait la conséquence de cassures durant l’enfance, en particulier dans la relation avec les parents, notamment face à une mère surprotectrice et un père distant, ou en cas d’abus. Réagir avec des « choix emprunts de péché », et ainsi contrer « l’intention créatrice de la sexualité humaine » définie dans la Bible, serait une façon de faire émerger l’enfant blessé qui cherche à assouvir son besoin d’amour. Y a-t-il un espoir de guérison ? demande l’évangélique, qui répond : « Jésus-Christ est l’alternative. » Sur internet, des témoignages de participants aux séminaires ayant « retrouvé leur masculinité » sont censés renforcer le propos. « Je suis toujours aussi gay qu’avant », nous confie au contraire Roland, qui vit dans la région bernoise. Cet évangélique a grandi dans une famille de tendance charismatique, pour qui l’homosexualité représentait l’abomination ultime. On imagine sa souffrance lorsque l’impression d’être différent, ressentie depuis tout petit, se concrétise à l’adolescence avec un jeune. Pétri de honte, il attendra l’âge adulte pour chercher une aide extérieure, qu’il trouvera il y a une douzaine d’années auprès de Torrents de vie. A raison d’un cycle d’une soirée par semaine durant six à huit mois, il suivra trois cycles de séminaires coûtant entre 600 et 700 francs. Prières et études des textes d’Andy Comiskey étaient au programme. « Je ne veux pas dire que du mal, car se retrouver avec cinquante personnes comme moi fut un grand soulagement. J’ai aussi appris des choses sur moi, ma famille et ses dysfonctionnements. On m’avait prévenu que la ’transformation’ prendrait beaucoup de temps, mais mon ardent désir de changer a été violemment déçu. »

Soulagement et déception

S’en est suivie une période de dépression et sa foi s’en est trouvée profondément ébranlée. « Pour les charismatiques, la guérison tient une place prédominante. Dieu répond toujours, vous écoute toujours, faute de quoi vous n’avez pas assez prié. » Mais face à son expérience, « tout s’est écroulé, ma foi, mon éducation chrétienne, ma relation avec Jésus ». Il se confie à un pasteur marié qui, lui aussi, ne parvient pas à chasser ses phantasmes homosexuels. C’est par lui que Roland découvrira l’association Zwischenraum. Présente en Suisse alémanique, elle est représentative du contre-mouvement des « ex-ex-gays ». Roland y rencontre des chrétiens qui, comme lui, sont passés par des « cures d’âme », des psys ou des séminaires. « Ce fut un cadeau tombé du ciel que de connaître des chrétiens ayant le courage d’assumer leur homosexualité. »

Un don de Dieu

S’en débarrasser est une illusion même s’il est possible de l’occulter, affirme-t-il. Pourtant, il y a un véritable marché, remarque-t-il. Ce que nous n’avons pu vérifier auprès de Torrents de vie, car notre rendez-vous fixé avec l’un des responsables a été annulé.

Convaincu que Dieu l’a voulu comme il est, Roland accepte son homosexualité comme un don. Et comme un devoir : il cherche un temps à rapprocher les ex-gays des ex-ex-gays, mais c’est peine perdue : « Les purs et durs ne veulent qu’entendre parler de guérison et si vous vous écartez de la ’ligne’, on vous met dehors, c’est impressionnant. »

Pour autant, Roland ne garde pas de rancune et pense même que, sans cette expérience, il n’aurait pas pu découvrir un Dieu différent et une nouvelle foi. Aujourd’hui, il s’est distancié des Eglises évangéliques. « Comment voulez-vous être à l’aise quand on vous dit que vous avez choisi de ne pas entrer dans le plan de Dieu ? Je ne veux plus qu’on me dise ’Oui, mais...’ ».

Source : Rachad Armanios pour le Courrier


CULPABILISER N’EST PAS AIDER

Christian Rollini se montre très ferme contre les tentatives de « soigner » l’homosexualité. Psychiatre spécialiste en sexologie aux Hôpitaux universitaires genevois, il rappelle que celle-ci n’est plus considérée comme un trouble ou une déviance par la médecine et les sciences humaines : « Notre pratique clinique consiste à permettre aux patients de trouver le fonctionnement qui leur convient en les aidant à se dégager d’une approche moralisante. » C’est d’autant plus important à l’égard des homosexuels qu’ils sont davantage touchés par les troubles psychologiques et la dépression, justement en raison de la stigmatisation à laquelle ils font face.

Les accompagnements spirituels en vue d’une « transformation » peuvent renforcer leur mal-être, affirme-t-il. D’autant que le postulat est erroné : on n’a pas à choisir entre d’un côté l’homosexualité et de l’autre l’hétérosexualité, comme si l’on devait choisir son camp. L’orientation sexuelle peut varier selon un continuum allant de l’hétérosexualité à l’homosexualité sans que cela soit pathologique.

« Lors de mes débuts, j’ai tenté d’aider mes patients qui le demandaient à se convertir à l’hétérosexualité, mais cela n’a jamais fonctionné et je n’ai jamais entendu parler de ’guérisons’ thérapeutiques », témoigne pour sa part Juliette Buffat, médecin-psychiatre sexologue et membre active dans l’Eglise protestante de Genève. Son expérience lui montre que la tentative de rentrer dans la norme est douloureuse, évoquant un patient qui, malgré ses efforts, ne ressentait aucune attirance sexuelle pour son amie d’enfance avec qui il s’était mis en couple. Intentionnellement ou inconsciemment, beaucoup s’autocensurent et se punissent par l’abstinence, ajoute-t-elle. Quant aux « causes » de l’homosexualité, seules des hypothèses peuvent être avancées, car il n’y a pas de consensus au plan scientifique.

Source : Rachad Armanios pour Le Courrier


LA BIBLE À LA LETTRE ?

Des baisers contre l’homophobie ? Ce lundi à 18h30, des « kiss-in » auront lieu à Genève, à Lausanne et à Sion à l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie. Cette année, cette journée doit mettre en évidence l’utilisation des religions pour contrer le rejet de l’homosexualité. Une approche minoritaire parmi les confessions et au sein de ces dernières, puisque les textes sacrés sont en général invoqués pour justifier la condamnation des pratiques homosexuelles.

Dans la Bible, certains passages condamnent l’amour entre deux personnes du même sexe. Attaché à celle-ci, le Réseau évangélique suisse souligne la notion d’altérité entre l’homme et la femme et la négation de la conception de la reproduction par l’homosexualité. L’incompréhension est totale envers les Eglises et les théologiens qui jugent certaines déclarations de la Bible comme temporelles.

La Fédération des Eglises protestantes, pourtant, insiste sur la nécessité d’une réappropriation contemporaine des textes. Dans le Nouveau Testament, Paul est ainsi clairement opposé à l’amour homosexuel, mais, en vue de l’Apocalypse, il est aussi contre le mariage entre un homme et une femme, une opposition bien plus récurrente que la première. Thomas Römer, spécialiste de l’Ancien Testament, rejette toute lecture littéraliste : « On devrait alors réintroduire l’esclavage ou lapider des femmes étrangères ! »

Source : Rachad Armanios pour Le Courrier