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Santé Jeunes
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Deux petits poissons
s’aimaient d’amour tendre
par  la rédaction, le vendredi 25 mars 2011, vu 352 fois

« Dis papa, c’est quoi un pédé ? » Aïe, pas toujours facile d’expliquer l’homosexualité aux enfants. Pour aider les parents, Sébastien Wattel a réalisé le film d’animation Le Baiser de la lune. Après un an de vive polémique, il vient d’être projeté à quatre classes de primaire de La Voulte-sur-Rhône, en Ardèche. Et les petits spectateurs, ils en pensent quoi, eux ?

« Un petit poisson, un petit oiseau s’aimaient d’amour tendre… » On connaît la chanson. Elle ne choque personne. Alors, pourquoi une telle levée de boucliers autour du Baiser de la lune, un film d’animation pour enfants racontant une histoire d’amour entre deux poissons garçons ? Cette question, Sébastien Wattel se l’est longuement posée sans pouvoir y répondre. « On m’a accusé de faire de l’incitation à l’homosexualité alors que j’ai imaginé un conte un peu moins stéréotypé dans lequel le prince s’appelle Félix et la princesse Léon. »

Jusque-là, pas de quoi fouetter un chat. Mais offenser une chatte, peut-être. C’est en tout cas ce que prétend Béatrice Bourges [1], en dépit de l’avis favorable donné au film par un groupe informel d’enseignants, de conseillers pédagogiques et d’inspecteurs : «  Je n’apprécie pas que le seul personnage ringard de cette fiction soit une vieille chatte hétérosexuelle, a déclaré la présidente de l’Association pour la protection pour l’enfance. C’est un symbole misogyne et hétérophobe. »

Une accusation que réfute totalement le réalisateur : « Dans mon film comme dans la vie, chacun veut convertir l’autre à son point de vue, explique Sébastien Wattel. J’ai créé le personnage d’Agathe parce que les félins n’aiment pas l’eau, contrairement aux poissons dont c’est l’élément vital. Je souhaite montrer par là qu’il est possible de respecter les choix de ceux que l’on aime, même quand on ne les comprend pas.  »


Et les enfants dans tout ça ?

Après plus d’un an de polémique, Le Baiser de la lune a été projeté le 17 mars devant quatre classes de primaire ardéchoises. Un aboutissement rendu possible grâce à l’implication de la MJC de La Voulte-sur-Rhône. « Contrairement à Luc Chatel et à madame Bourges, nous ne pensons pas qu’il est prématuré de parler d’homosexualité avant le collège », affirme Raymond Rizzitelli. Et le coordinateur enfance et jeunesse de la MJC de justifier son propos en expliquant qu’il n’est pas rare d’entendre d’innocentes petites bouches proférer des insultes homophobes.

Un triste constat qui n’étonne pas Isabelle Filliozat [2]. Selon cette psychothérapeute, les enfants ne pourront pas assimiler les homosexuels à des personnes comme les autres tant qu’on ne leur parlera pas de la sexualité dans sa globalité : « Le problème est que les adultes réduisent souvent l’homosexualité à la relation sexuelle, faisant totalement fi du sentiment amoureux. » Or dans la mesure où les petits ne demandent jamais si le prince charmant va arracher la robe de la princesse après l’avoir embrassée, pourquoi iraient-ils imaginer une partie de nageoires en l’air entre deux poissons ?

Malgré leurs divergences d’opinions, mesdames Filliozat et Bourges s’accordent sur un point : l’absence des enfants dans ce débat. Une situation à laquelle Le Baiser de la lune souhaite remédier en leur offrant un espace de parole et de questions. À La Voulte-sur-Rhône, après la projection, « beaucoup de petits spectateurs se sont inquiétés de savoir de quoi étaient faits les repas d’Agathe la chatte et ce qu’elle allait devenir après avoir quitté le château  », commente Sébastien Wattel, touché par la naïveté rafraîchissante des élèves. En revanche, la romance entre Félix et Léon n’a provoqué aucune vague. «  On ne peut pas forcer quelqu’un à aimer quelqu’un d’autre. Ça doit venir de soi  », témoigne une jeune spectatrice devant l’entêtement de la chatte à vouloir marier Félix à une demoiselle poisson. « Agathe se fâche et devient violente car elle ne comprend pas que Félix et Léon sont amoureux  », analyse un petit camarade. Mais le mot de la fin revient à une fillette soucieuse de l’avenir sentimental du félin : «  Est-ce que la grand-mère va rencontrer un chat ou une chatte avec qui finir ses vieux jours ?  » Les enfants sont formidables. La preuve.

Source : Le Figaro Madame



Le Baiser de la Lune (Bande Annonce)


Notes

[1] Béatrice Bourges - Auteure de L’Homoparentalité en question : et l’enfant dans tout ça ? (coll. Documents, Éditions du Rocher, 2008).

[2]

Isabelle Filliozat - Dernier ouvrage paru (16 mars) : J’ai tout essayé ! Opposition, pleurs et crise de rage : traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans (coll. Essais et Documents, éd. JC Lattès).

Un ouvrage pour enfants qui montre qu’on a le droit d’aimer qui on veut : Philomène m’aime, de Jean-Christophe Mazurie (coll. Vitamine, éd. P’tit Glénat), paru le 9 février.