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Santé Jeunes
A Berlin, la lutte contre l’homophobie commence à l’école (...) Le petit garçon qui était une fille
Diversité sexuelle
et santé scolaire

Des fragilités
largement méconnues
par  la rédaction, le vendredi 9 septembre 2011, vu 90 fois

On estime à un(e) sur dix les élèves gays, lesbiennes, bisexuels (les), transgenres (LGBT) ou en questionnement sur leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Cette population, qui présente des vulnérabilités spécifiques en termes de santé, est cependant peu, voire pas visible au sein des établissements scolaires. Les infirmières scolaires en santé communautaire peuvent leur apporter écoute et soutien.

L’ORIENTATION sexuelle fait référence au/aux genre(s) (homme/femme) par lequel/lesquels une personne est attirée. L’identité de genre décrit quant à elle le sentiment profond d’une personne d’être un homme, une femme ou d’un genre ne répondant pas à cette classification binaire, indépendamment de son sexe biologique.

Le thème de l’homosexualité et de la bisexualité provoque encore un certain malaise dans les milieux scolaires, alors que les identités de genre atypiques sont tout simplement ignorées. Les membres des équipes de santé (infirmiers/ères, médiateur/trices, psychologues) qui pourraient jouer un rôle privilégié auprès de ces jeunes sont peu sollicités par les élèves concernés et souvent désemparés vis-à-vis de ces thématiques et de situations parfois difficiles. Une complexité particulière existe par exemple lorsqu’un(e) jeune présentant une identité de genre atypique souhaite changer de genre. La prise en charge multidisciplinaire concerne alors un nombre important d’acteurs/trices, puisqu’en plus du soutien psychologique et du réseau de soins extrascolaire, ce sont toutes les parties prenantes de l’école qui se retrouvent impliquées (direction, enseignant(e)s, camarades)  [1]. En Suisse romande, la fondation Agnodice peut conseiller ces dernières et accompagner un changement de genre en cours de scolarité.

  • Peu de demandes d’aide

Un nombre de plus en plus important de recherches montrent, de manière concordante, que les personnes LGBT présentent un profil de santé physique et mentale moins bon que la population hétérosexuelle cisgenre (= non-transgenre) [2]. Ceci est particulièrement vrai pour les adolescent(e)s chez qui on observe une fréquence accrue de problématiques telles que violences subies, rejet parental, consommation excessive de tabac, d’alcool et de drogues, prises de risques sexuels (VIH/IST et grossesses non-désirées), troubles dépressifs et comportements suicidaires.

On pourrait donc s’attendre à ce que les jeunes LGBT utilisent de manière importante les ressources de santé présentes dans les écoles, mais ce n’est pas le cas. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène : tout d’abord, l’auto- identification d’une orientation sexuelle ou d’une identité de genre minoritaire est souvent un parcours long et difficile. Si le ou la jeune concerné(e) a de la peine à s’accepter comme tel(le), il ou elle en aura encore plus à se déclarer LGBT. De plus, les adolescent(e)s ont tendance à penser que ce qui est confié à l’infirmier/ère ou à un(e) enseignant(e) sera transmis d’office aux parents et aux autres intervenant(e)s scolaires. Enfin, ils partent du principe que les intervenant(e)s scolaires ne sont pas ouvert(e)s ou qu’ils/elles méconnaissent cette thématique et, dans le doute, préfèrent donc s’abstenir.

  • L’infirmier/ère scolaire en santé communautaire

Dans les établissements scolaires auxquels sont affilié(e)s des ISSC (comme c’est le cas dans le canton de Vaud par exemple), ces dernier/ères devraient être des interlocuteurs/trices de choix pour accueillir, soutenir, accompagner et orienter les jeunes LGBT. Les ISSC peuvent également contribuer à lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre et à sensibiliser les autres élèves et les différent(e)s intervenant(e)s scolaires. En effet, la lutte contre les discriminations, qui devrait être un élément fondamental de la pratique infirmière, est inscrite dans le code déontologique du Conseil international des infirmiers/ères au travers des deux principes suivants :

  • « le respect des droits de l’homme – en particulier le droit à la vie, à la dignité et à un traitement humain, ainsi que les droits culturels – fait partie intégrante des soins infirmiers. Ces derniers ne sont influencés par aucune considération d’âge, de couleur, de croyance, de culture, d’invalidité ou de maladie, de sexe et d’orientation sexuelle, de nationalité, de politique, de race ni de statut social, autant de particularités qu’ils respectent au contraire ».
  • « Dans l’exercice de sa profession, l’infirmier/ère crée une ambiance dans laquelle les droits de l’homme, les valeurs, les coutumes et les croyances spirituelles de l’individu, de la famille et de la collectivité sont respectés ». [3]

La mission des ISSC est donc, entre autres, de participer à l’élaboration d’un climat scolaire sûr et favorable au développement des élèves ainsi qu’à leur santé physique et psychique. Cependant, l’école n’assure actuellement pas son rôle de lieu sûr et sain pour de nombreux jeunes LGBT (voir encadré). [4]

  • Un sujet toujours tabou

Malgré le rôle important qu’ils et elles pourraient jouer auprès de ces jeunes, les ISSC ne reçoivent à aucun moment de formation ou de sensibilisation concernant la santé des jeunes LGBT et le processus de coming out chez les adolescents. Le fait que, d’une part, ces sujets sont encore extrêmement tabous dans de nombreux établissements scolaires, et que, d’autre part les élèves concerné(e)s se rendent peu ou pas visibles au sein de leur école, entraîne qu’une partie importante des ISSC n’a pas conscience des situations de fragilité ou de souffrance dans lesquelles peuvent se trouver les jeunes LGBT. Pourtant les ISSC sont quotidiennement en contact avec des élèves rencontrant des problèmes tels que dépression, consommation de diverses substances, décrochage scolaire, qui peuvent tout aussi bien être les conséquences d’une orientation sexuelle/identité de genre atypique mal acceptée. L’offre en matière de santé des jeunes LGBT dans les écoles est donc au mieux insuffisante et au pire inexistante, puisqu’elle dépend essentiellement de la sensibilité et des connaissances personnelles des ISSC et autres intervenant(e)s scolaires.

  • Amorce de réflexion

Pourtant le bien-être scolaire des jeunes LGBT et l’adéquation des ressources de santé scolaire à leurs besoins pourraient être notablement améliorés grâce à des mesures relativement simples (voir paragraphe ci-dessous). Bakker et Cavender mettent d’ailleurs en évidence le fait que dans bon nombre d’entretiens de santé, l’ISSC n’a pas besoin de savoir si l’élève est LGBT. L’ISSC devrait par contre toujours créer un climat de confiance dans lequel le ou la jeune pourra rechercher aide et soutien par rapport à des préoccupations liées à l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. [5]

Il est à noter toutefois que les choses bougent en Romandie : En effet, l’Unité vaudoise de Promotion de la Santé et Prévention en milieu Scolaire (Unité PSPS) a entamé il y a quelques mois une réflexion sur le thème de la discrimination des jeunes LGBT en milieu scolaire et de la formation des équipes de santé des écoles. De plus, une campagne de prévention contre l’homophobie sera lancée officiellement le 10 octobre 2011 dans les cantons de Vaud et Genève. Dans le canton de Vaud, l’équipe « Georgette in love » de Profa offre, sur demande, un atelier « Filles-garçons-sexualités  » pour les classes dès la 9ème année qui aborde la question de l’homophobie. La Boussole propose aussi en Suisse romande des interventions auprès des jeunes et des personnes travaillant auprès d’eux/elles (cf. liens Internet ciaprès).

  • Créer un climat d’ouverture

En améliorant la situation des jeunes LGBT durant leur cursus scolaire, on peut non seulement diminuer les prises de risques durant cette période, mais aussi avoir un effet positif sur leur santé en tant qu‘adultes grâce à la construction d’une image positive d’eux/elles-mêmes. La phase initiale de l’acceptation de soi en tant que personne LGBT constitue une période critique, mais, lorsqu’elle est bien négociée (au besoin, avec l’accompagnement d’un(e) adulte), elle peut aussi devenir une expérience enrichissante dans le processus de développement identitaire. La possibilité d’échanger avec d’autres jeunes LGBT joue dans ce domaine un rôle important. De plus, favoriser un climat d’ouverture et de respect est bénéfique pour l’ensemble des élèves, y compris ceux/celles qui ne sont pas directement concerné(e)s par cette thématique.

Le thème de la prévention du rejet basé sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre sera traité dans le cadre des Journées PREOS qui se tiendront au Palais de Beaulieu à Lausanne les 11 et 12 novembre 2011 (www.preos.ch).



Comment améliorer la santé scolaire des jeunes LGBT

Pistes à l’intention des ISSC

  • Se former (ou du moins, se sensibiliser) à la santé des jeunes LGBT. Ce qui comprend aussi le travail sur ses propres représentations, attitudes et réactions vis-à-vis des personnes LGBT et des manifestations d’homophobie.
  • Garder à l’esprit que l’élève en face de vous peut être homosexuel(le), bisexuel (le) ou transgenre quelles que soient son apparence et vos impressions.
  • Ne pas minimiser si un(e) jeune se dévoile comme LGBT, ne pas non plus faire pression pour qu’il ou elle se définisse dans une « catégorie » précise.
  • Utiliser un langage neutre comme par exemple « As-tu un copain ou une copine ?  »
  • Garantir la confidentialité des informations transmises.
  • Être attentif(ve) aux signes de brimades ou violences de la part d’autres élèves (qui peuvent aussi concerner des jeunes non-LGBT perçu(es) comme homosexuel(les) par leurs camarades). Le cas échéant, agir au sein de l’établissement.
  • Évaluer la visibilité et l’acceptation du/de la jeune au sein de sa famille.
  • Augmenter la visibilité de l’ISSC en tant que personne ressource : affiches, dépliants, brochures et autres plaquettes d’associations sur des présentoirs visibles et accessibles, à l’intérieur ou à l’extérieur de son bureau, mais aussi en présentant les identités de genre et orientations sexuelles atypiques comme des variantes naturelles lors de certaines interventions dans les classes.
  • Informer les jeunes concernés ou en questionnement sur l’existence des ressources communautaires, notamment des groupes de jeunes.
  • Entretenir des contacts avec des représentants d’associations de personnes LGBT afin d’étoffer l’offre en terme de documentation et d’interventions.
  • Collaborer de manière plus approfondie avec les animateurs(trices) en santé sexuelle intervenant dans les écoles.

Témoignage

Insultes et violences

P., jeune homosexuel de 17 ans raconte qu’entre la 7e et la 9e année, il a subi au sein de sa classe un grand nombre d’insultes et de violences (parfois physiques) en lien avec son homosexualité. Il a donc porté plainte, mais, malgré la présence de témoins, l’enquête a abouti à un non lieu et l’élève n’a pas été dédommagé. Au sein de l’établissement, les auteurs ont été sanctionnés par des jours de suspension, mais le sujet n’a pas été repris en classe et P. n’a reçu aucun soutien de la part des adultes de l’école, que cela soit des enseignants ou de l’équipe de santé. Il est actuellement en apprentissage, et dans l’école professionnelle au sein de laquelle il suit ses cours cela se passe bien, mais personne n’est au courant de son homosexualité.


Source : Revue Soins Infirmiers - N° de Septembre 2011

Notes

[1] Sausa, L.A.,Translating Research into Practice : Trans Youth Recommendations for Improving School Systems. Journal of Gay & Lesbian Issues In Education . 2005, 3, 15.

[2] Makadon HJ, Mayer KH, Potter J. et al. Eds. The Fenway guide to lesbian, gay, bisexual and transgender health. Philadelphia : American College of Physicians, 2008.

[3] [Conseil international des infirmières, Genève] (Suisse). CopyrightE2006.

[4] Benton J., Making school safer and healthier for lesbian, gay, bisexual, and questioning students, Journal of school nursing , 2003 Oct ; 19 (5) : 251–9.

[5] Bakker LJ and Cavender A., Promoting culturally competent care for gay youth, Journal of school Nursing , 2003 Apr ; 19 (2) : 65–72.