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Doit-on former les enseignants contre l’homophobie ?
par  la rédaction, le vendredi 29 janvier 2010, vu 458 fois
Tags : - Politique - Homophobie

Le DIP de Genève doit élaborer un plan d’action pour intégrer la lutte contre l’homophobie à l’école. Mais l’idée ne fait pas l’unanimité.

La réforme de la formation des enseignants du primaire et du secondaire, qui verra le jour à la prochaine rentrée, verra-t-elle l’introduction d’une sensibilisation contre l’homophobie ? Responsable de la mise en place du nouvel Institut universitaire de la formation des enseignants qu’il sera peut-être amené à diriger, Bernard Schneuwly reconnaît les lacunes en la matière. Mais il estimait, dans une interview au Courrier le 10 janvier, qu’il ne fallait pas « ouvrir la boîte de Pandore » en « chargeant l’école de solutionner tous les problèmes, au point de la priver de son rôle essentiel de transmission des savoirs ». Après le succès des Assises contre l’homophobie l’automne passé, qui ont spécifiquement été axées sur l’école, la réponse déçoit Catherine Gaillard, coprésidente de la Fédération genevoise des associations LGBT : « Le Département de l’instruction publique (DIP) a clairement dit qu’il mettrait en place un plan d’actions pour mieux impliquer l’école dans la lutte contre l’homophobie. Les formations de base et continue ont été évoquées à maintes reprises. »

  • Manque d’outils pédagogiques

La posture de Bernard Schneuwly, par ailleurs doyen de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, « est en décalage » avec les engagements pris par le DIP, reconnaît Franceline Dupenloup, qui a participé à l’organisation des assises. Le travail portera sur la formation initiale et continue des enseignants, mais aussi sur celle du personnel de l’Office de la jeunesse encadrant les élèves. « Les enseignants l’ont eux-mêmes dit durant les assises, témoigne la fonctionnaire chargée des questions de genre au DIP : face aux réactions homophobes, ils manquent d’outils pédagogiques et sont désemparés. » Elle évoque les insultes, mais surtout l’isolement des jeunes homosexuels : « Face à un taux de suicide quatre à cinq fois plus élevé [que chez les ados hétérosexuels], on ne peut pas dire qu’on ne peut rien faire. La prévention passe par l’éducation. »

Face au risque de surcharger les enseignants et leur formation, Franceline Dupenloup pense qu’il s’agit d’intégrer la problématique à d’autres, comme celle du genre ou de l’éducation à la diversité.

« Nous avons toujours placé la lutte contre l’homophobie dans le cadre de l’éducation aux droits humains, qui comprend les questions de sexisme, de racisme et d’antisémitisme, ajoute Catherine Gaillard. Que les enseignants n’aient aucune formation sur l’homophobie est une catastrophe. Si l’école démissionne, qui prendra le relais ? » Car l’école n’est pas seulement une partie de la solution, elle est une des causes du problème, insiste la militante : « De graves enjeux se jouent dans les préaux. » En outre, l’institution scolaire véhicule à tel point la norme hétérosexuelle que les élèves qui ne s’y retrouvent pas souffrent d’un manque de reconnaissance. De nombreux témoignages montrent que des enseignants sensibilisés peuvent jouer un rôle très important dans le parcours de ces jeunes.

  • Une plate-forme internet

Mais autant les efforts contre le sexisme ou le racisme suscitent une certaine adhésion, autant ceux contre l’homophobie font face à de nombreux blocages du fait d’une crainte d’un « prosélytisme gay », déplore Catherine Gaillard. Mais elle est optimiste au vu de la volonté politique du conseiller d’Etat Charles Beer : fin février, il rencontrera la fédération qui devra lui faire part de pistes de travail concrètes. De son côté, le DIP élabore aussi une réflexion. Par exemple, Franceline Dupenloup évalue la faisabilité de mettre sur pied une plate-forme internet permettant un dialogue entre jeunes et professionnels.

Quant au rôle des associations LGBT dans la prévention à l’école genevoise, elle fait débat. Faut-il, par exemple, inviter des homosexuels et leurs parents à témoigner en classe ? Des expériences à l’étranger montrent l’impact efficace de cette approche.

Source : Le Courrier