Accueil du site > Infos > International > Don de sang des hommes ayant des (...)
International
Afrique du Sud : Stop aux viols correctifs La justice française reconnaît la filiation d’un papa gay qui a eu (...)
Don de sang des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes : risque de transmission du VIH
par  la rédaction, le lundi 28 mars 2011, vu 109 fois

Actuellement, dans la plupart des pays, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) sont exclus du don de sang car considérés comme étant à haut risque d’infection par le VIH, virus transmissible par transfusion. L’impact d’une modification de la mesure d’exclusion permanente des HSH vers une exclusion temporaire, sur le risque de transmettre le VIH par transfusion, a été évalué dans plusieurs pays. Il s’avère que cette mesure entraînerait une augmentation du risque qui, même de faible importance, soulève cependant des questions d’ordre éthique.

Une situation variable d’un pays à l’autre

  • En Europe de l’Ouest, les seuls pays à ne pas exclure les HSH du don de sang de façon permanente sont l’Italie et l’Espagne.

Sont considérés comme des comportements à risque, le multipartenariat ou le changement de partenaire, quelle que soit l’orientation sexuelle.

La période d’exclusion est fixée à quatre mois après l’arrêt de ce comportement à risque en Italie et à un minimum de six mois pour l’Espagne.

  • En Amérique du Nord, le Canada et les États-Unis excluent de façon permanente les HSH, alors qu’en Amérique du Sud, l’Argentine et le Brésil interdisent le don de sang pendant une période de 12 mois après le dernier rapport sexuel avec un autre homme.

Ces quatre pays ont des prévalences du VIH comparables avec, cependant, une proportion d’homosexuels parmi les nouveaux diagnostics d’infection VIH plus faible au Brésil.

  • En Océanie, l’Australie et la Nouvelle Zélande sont des pays peu touchés par le VIH (prévalence d’environ 0,1 %), mais les nouveaux diagnostics d’infection VIH sont majoritairement observés chez les HSH.

En Australie, la période d’exclusion est de 12 mois. En Nouvelle-Zélande, elle est de cinq ans.

  • En Asie, dans les trois pays pour lesquels les critères de sélection des donneurs sont connus, la situation épidémiologique vis-à-vis du VIH est tout à fait comparable avec une prévalence faible et une proportion d’homosexuels parmi les nouveaux diagnostics d’infection VIH comprise entre 40 et 50 %.

Seul le Japon permet aux HSH abstinents sur les 12 derniers mois de donner leur sang, Hong Kong et Singapour les excluent de façon définitive.

  • En Afrique du Sud, pays pour lequel la prévalence du VIH est très élevée, mais où la population homosexuelle est relativement peu concernée contrairement à la population hétérosexuelle, la période d’exclusion est de six mois.
  • Pas de corrélation entre l’accès au don de sang des HSH et l’épidémiologie du VIH

Dans les principaux pays pour lesquels l’information sur l’exclusion des HSH du don de sang est disponible, il apparaît que l’accès au don du sang de ces hommes n’est pas corrélé à l’épidémiologie du VIH en population générale et notamment à la proportion d’HSH parmi les nouveaux diagnostics d’infection à VIH.

  • Une demande d’alignement sur la législation en cours pour les hétérosexuels à risque

Dans les différents pays, les associations de lutte contre le sida et contre l’homophobie se sont mobilisées pour obtenir l’autorisation du don de sang pour les HSH. Leur argumentation repose sur le fait que l’exclusion du don de sang des HSH est le plus souvent permanente alors que pour les hétérosexuels à risque, l’exclusion est temporaire, variant de 4 à 12 mois selon les pays.

  • La réduction de la durée d’exclusion du don de sang des HSH fait courir un risque supplémentaire aux receveurs de produits sanguins

La plupart des études portant sur l’impact d’une modification de la mesure d’exclusion permanente des HSH montrent une augmentation du risque de transmission du VIH par transfusion, certes variable d’une étude à l’autre. Si faible soit-il, ce risque additionnel doit être considéré d’un point de vue éthique, avec comme objectif prioritaire l’intérêt du receveur.

Les études réalisées reposaient sur des analyses quantitatives ne prenant pas en considération d’éventuels changements de comportement des HSH face à une modification des critères de sélection.

  • Limites de la mesure d’exclusion permanente

En France, on constate que la mesure actuelle d’exclusion permanente est détournée et qu’elle présente donc des limites. En effet, il apparaît que presque la moitié des donneurs trouvés positifs pour le VIH ont été contaminés par des rapports sexuels avec d’autres hommes alors qu’ils sont, en principe, exclus à vie du don de sang.

La mesure d’exclusion permanente étant détournée, il s’agit d’essayer de comprendre les motivations de ces donneurs. L’interdiction permanente de don de sang peut être vécue par certains HSH comme une discrimination. Ce détournement peut également s’expliquer par un dénie de l’homosexualité, une volonté de se faire tester dans un cadre neutre, ou par une méconnaissance des risques de transmission du VIH.

  • Proposition d’une alternative à l’exclusion systématique de tous les hommes ayant eu au cours de la vie des relations sexuelles avec des hommes

La plupart des experts sont d’accord pour proposer une alternative à l’exclusion systématique du don de sang de tous les hommes ayant eu des relations sexuelles avec des hommes. Il s’agirait de n’exclure que les donneurs ayant eu des relations sexuelles avec des hommes au cours des 12 derniers mois.

  • L’application de cette mesure :
  • permettrait de couvrir largement la durée de la fenêtre sérologiquement silencieuse [1] du VIH pour les hommes ayant récemment pris des risques ou pour ceux dont le (ou les) partenaire(s) a (ont) pris des risques ;
  • devrait bien sûr reposer sur une campagne d’information ciblée sur la responsabilité du donneur. En effet, donner son sang n’est pas un droit comme le souligne la résolution CM/Res(2008)5 du conseil de l’Europe et le donneur a par contre le devoir de fournir à l’établissement du sang, au mieux de ses connaissances, toutes les informations pertinentes sur, en particulier, les facteurs et activités susceptibles d’accroître les risques pour le receveur.

Source : J. Pillonel, C. Semaille. Accès au don du sang des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et impact sur le risque de transmission du VIH par transfusion : tour d’horizon international Transfusion Clinique et Biologique .