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En finir avec l’homophobie
et la transphobie
par  la rédaction, le vendredi 29 juillet 2011, vu 159 fois

par Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe

Samedi 11 juin, à Split, en Croatie, une marche pacifique des Fiertés a été brutalement attaquée par des milliers de hooligans ; des dizaines de personnes ont été blessées. Les opposants à la manifestation étaient bien plus nombreux que les policiers. La police n’a pas réussi à pleinement protéger les participants à la marche, dont le but était simplement d’attirer l’attention sur la situation des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT). Ces heurts se sont déroulés après des semaines de menaces, de graffitis, de tracts et d’échanges haineux sur les réseaux sociaux.

Ce n’est pas la première fois qu’une manifestation contre l’homophobie et la transphobie est la cible de menaces et d’agressions de la part d’extrémistes.

En 2010, en Serbie, la police de Belgrade a fait des efforts héroïques pour protéger la première marche des Fiertés organisée dans cette ville. Toutefois, 150 personnes, des policiers pour la plupart, ont été blessées lors des affrontements. Là encore, les contre-manifestants étaient beaucoup plus nombreux que les participants à la marche pour les droits LGBT.

A Vilnius, les autorités lituaniennes ont dû mobiliser un important contingent de policiers pour protéger la Marche 2010 des Fiertés des pays baltes contre des assaillants violents.

Les collectivités locales sont de plus en plus sensibilisées au fait que les manifestations pacifiques des Fiertés doivent être autorisées et protégées car les personnes LGBT ont les mêmes droits que les autres à la liberté de réunion et d’expression. C’est bien sûr une évolution positive.

En revanche, une protection policière massive reste nécessaire, ce qui est un signe très négatif. Il est grand temps que les responsables politiques européens s’attaquent sérieusement aux phénomènes de l’homophobie et de la transphobie et à leurs causes profondes.

La première chose à faire est de reconnaître la gravité du problème ainsi que la nécessité d’une action systématique de sensibilisation à tous les niveaux de la société. Il est urgent de contrer toutes les tendances à la discrimination à l’encontre de ce groupe de personnes, y compris dans les politiques officielles d’égalité et de défense des droits de l’homme.

Ces cinq dernières années, j’ai examiné la manière dont les droits de l’homme des personnes LGBT sont appliqués dans les 47 Etats membres du Conseil de l’Europe. Les résultats de cette étude ont été récemment publiés dans un rapport intitulé "Discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre en Europe" [1].

Ce rapport énumère toute une série d’obstacles que rencontrent les personnes LGBT dans la pleine jouissance de leurs droits fondamentaux. Il montre, par exemple, que le harcèlement homophobe et transphobe au travail et à l’école est monnaie courante dans pratiquement tous les Etats membres. Dans cinq pays européens, des organisations LGBT se sont heurtées à des obstacles ou à des refus lorsqu’elles ont voulu se faire enregistrer officiellement. Trois autres pays membres ont tenté de criminaliser "la propagande ou la promotion de l’homosexualité".

Les études et rapports nationaux indiquant qu’un nombre important de jeunes LGBT ne voient pas d’autre solution que le suicide face au rejet de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre par leurs pairs et leur famille sont restés pratiquement sans effet. Très peu de pays reconnaissent la violence homophobe ou transphobe dans leur législation sur les crimes de haine.

Les personnes transgenres sont confrontées à des difficultés particulièrement graves au regard des droits de l’homme dans pratiquement tous les domaines de la vie. Dans 29 pays membres, la reconnaissance légale du genre auquel elles s’identifient est subordonnée à une opération chirurgicale de changement de sexe qui conduit à la stérilité. Une quinzaine de pays refusent même de reconnaître officiellement les personnes transgenres si elles sont mariées, ce qui les contraint à divorcer.

Trop souvent, les responsables politiques ne tiennent aucun compte des droits fondamentaux des personnes LGBT lors de l’élaboration des politiques et des lois. Certains débats parlementaires nationaux ont donné le spectacle choquant d’échanges truffés de préjugés et d’informations dépassées, où l’on est allé jusqu’à affirmer que l’homosexualité est une maladie.

Les gouvernements doivent continuer d’entreprendre des réformes législatives et d’oeuvrer à la transformation de la société pour permettre aux personnes LGBT de jouir pleinement des droits fondamentaux universellement reconnus. Un suivi national et international - notamment de la part des institutions nationales chargées de veiller à l’égalité ou des ombudsmans - est nécessaire pour mesurer les progrès accomplis.

La situation ne pourra changer que si les pays européens font preuve d’une véritable volonté politique et s’attaquent à ce problème avec une détermination beaucoup plus franche que jusqu’à présent.

Source : Le Monde

Notes

[1] commande : http://book.coe.int ou www.commissioner.coe.int