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Etre enfant d’homo, qu’est-ce que ça fait ?
par  la rédaction, le dimanche 27 novembre 2011, vu 167 fois

A travers les témoignages se dessine une conception de la famille soudée par les liens affectifs.

Sarah, 23 ans, éducatrice spécialisée, a une famille hors norme. Elle a pour parents Brigitte, Michèle, Dominique et Jean-Pierre. "Ce sont eux quatre qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui", dit-elle. Brigitte, sa mère biologique, vit avec Michèle, sa "deuxième maman". Dominique, son père biologique, vit avec Jean-Pierre, qui l’a adoptée. Sarah a "trois soeurs", Audrey, sa soeur biologique, et les deux filles de Michèle. "La famille, ça va bien au-delà des liens de filiation. C’est surtout de l’amour et de l’affection", dit la jeune femme. C’est à l’école primaire que Sarah a compris qu’elle n’entrait pas dans les schémas traditionnels. "On nous observait de loin, comme s’il fallait prouver que nos vies étaient équilibrées et que nous étions heureux", confie-t-elle.

Etre enfant d’homos, ça fait quoi ? Comment vit-on avec ça ? Taina Tervonen, journaliste, a recueilli les témoignages de trente adultes qui ont en commun d’avoir au moins un parent homosexuel ; Zabou Carrière les a photographiés. Il en résulte un livre au ton juste, sans fioritures (Fils de..., éd. Trans Photographic Press, 25 euros).

A travers les témoignages se dessine une conception de la famille soudée par les liens affectifs. Une famille d’élection, plus large que la famille nucléaire. Pierrot, 19 ans, étudiant en classe préparatoire à Montpellier - deux mères, un père -, la définit comme "quelque chose que l’on choisit. Quelque chose de très fluide". Vanina, 25 ans, étudiante en marketing, parle de "famille de coeur".

Selon que l’on est né dans un couple homosexuel ou que, conçu par des parents hétérosexuels, on a découvert tardivement l’homosexualité d’un de ses parents, les problématiques diffèrent. Marion, née dans un couple hétérosexuel, n’a appris qu’à 36 ans l’homosexualité de son père. Alors qu’elle lui demandait, un soir de Noël, pourquoi elle se sentait mal depuis si longtemps, il lui a révélé, tout à trac, qu’il était homosexuel. "Ce soir-là, mon père m’a sauvé la vie, dit-elle. Je savais probablement depuis très petite, mais il y a eu tellement de masques... Après, il a fallu tout réinterpréter en prenant en compte cette information."

Gérald, 42 ans, a compris que son père était homosexuel vers 14-15 ans quand il l’a aperçu "avec un homme à la maison". "Lui, n’a jamais réussi à le dire clairement. Ce n’était pas simple pour moi non plus", dit-il.

Pour le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez, "c’est davantage le secret que la nature de ce secret qui fait souffrir". Et quand les parents assument, la vie apparaît plus simple. Les parents de Bastien, 25 ans, ont divorcé quand il avait 8 ans. Son père lui a expliqué qu’il était amoureux d’un homme : "Il n’en avait pas honte. Du coup, avec mon frère, on l’a intégré comme ça aussi. On a pris la décision de le dire à nos copains. Personne ne nous a embêtés là-dessus."

Parfois, le "coming out" parental suscite des sentiments ambivalents. Antoine, 19 ans, lycéen, a appris à 9 ans l’homosexualité de son père. "Sur le coup, j’ai bien réagi, j’ai fait le mec tolérant. Mais je me souviens bien que le soir, dans mon lit, je me suis dit : "Merde, mon père est homosexuel", et ça m’a fait quelque chose." Récemment, Antoine a entendu, sur Skyrock, un garçon de 13 ans qui venait d’apprendre que son père était gay. Il a appelé et raconté son histoire. "J’ai dit que ça ne changeait rien, que ce n’était qu’une orientation sexuelle. Un peu comme dire "je préfère le bleu au rouge"", se souvient-il. Des amis, à qui il n’en avait jamais parlé, l’ont entendu et lui ont demandé si c’était vrai. "Ils m’ont dit : "Oh, c’est normal." Ça m’a étonné, je pensais qu’ils auraient été gênés. On se traite tout le temps de tapettes, de pédés entre nous."

Enfant, assumer l’homosexualité de ses parents n’est pas toujours facile. La plupart des témoignages font état d’insultes homophobes et de discriminations. Pour Geneviève Delaisi de Parseval, auteur de Famille à tout prix (Seuil, 2008), la première des difficultés c’est la cour de récréation. "Le monde de l’école est violent et le rôle des parents est de dédramatiser", explique la psychanalyste. Il y a quarante ans, les enfants de divorcés étaient stigmatisés, puis les enfants de couples mixtes, maintenant ce sont les enfants de gays et de lesbiennes.

Petite, Céline, ne s’était jamais posé de questions sur le couple que sa mère formait avec sa compagne. "J’ai vu maman heureuse, c’est ce qui comptait." Les questions sont arrivées avec le regard de l’entourage. "Longtemps, je n’ai pas compris pourquoi on traitait ma mère de singe dans la cour de récréation. En fait, je confondais le mot "gouine" avec "guenon"." Des parents ont refusé qu’elle invite une amie à dormir chez elle.

François, 25 ans, se souvient qu’en 3e il a trouvé des insultes écrites sur la porte de sa maison - " Salopes. Grosses chiennes" - à l’adresse de sa mère et de sa compagne. Jimmy, 30 ans, se rappelle qu’enfant il habitait dans une cité, et que "ça ne se faisait pas de dire que sa mère était lesbienne".

Jeanne, 27 ans, et son frère Simon ont été conçus par insémination artificielle avec donneur (IAD) aux Pays-Bas. "En primaire, je m’étais inventé un papa. Il s’appelait Michel et quand on me demandait pourquoi il n’était pas là, j’expliquais qu’il était parti quand ma mère était enceinte. Je pense que c’était surtout pour être comme tout le monde, couper court aux questions", dit-elle.

Pour Geneviève Delaisi de Parseval, "il est important, pour l’enfant, de pouvoir mettre des mots sur cette personne qui a transmis son patrimoine génétique, ce donneur d’hérédité".

La première fois que Jeanne a eu envie d’être claire sur ses origines, c’est quand elle a eu sa première relation amoureuse sérieuse, à 19 ans. "La seule question de mon ami à l’époque concernait mon père biologique : est-ce que j’avais envie de le connaître ? Non... Je ne me suis jamais posé de questions sur lui. Je ne me souviens pas en avoir parlé avec ma mère et ma marraine, ni même avoir ressenti le besoin d’en parler. Peut-être avais-je peur de les blesser ?", écrit-elle.

Devenus adultes, la plupart se disent fiers d’avoir des parents homosexuels. "On apprend l’importance de l’amour et de la confiance. Ça implique une force qu’on transmet aux enfants. Ils partent dans la vie avec un avantage, avec de bonnes chances pour être heureux", conclut Brune. Loin des clichés.

Source : Martine Laronche pour Le Monde