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Santé LGBT
Publication : « Santé gaie » Femme homo bien dans sa peau Session 2010
Etre gay peut peser trop lourd
par  la rédaction, le mardi 3 août 2010, vu 1653 fois
Tags : - Suicide

Découvrir son homosexualité à un âge où l’on met son identité en question est parfois trop difficile. Au point de conduire au suicide. Pour éviter cette solution définitive, une clé : la parole.

Marie Parvex (Le Nouvelliste) s’entretient avec Valérie Gay-Crosier (Directrice de l’association Parspas).

Le suicide est la première cause de mortalité en Suisse chez les hommes entre 15 et 44 ans. Les souffrances qui conduisent à mettre fin à ses jours sont multiples. Alors, lorsque l’homosexualité s’ajoute au malaise déjà présent chez un adolescent en quête de lui-même et de sa place dans la société, cela peut devenir trop lourd. Culpabilité, peur, homophobie, injures, agressions sont autant de difficultés qu’un jeune gay doit affronter dans la solitude et le secret, s’il n’a personne à qui parler de ce qu’il est.

Valérie Gay-Crosier est directrice de Parspas, l’association valaisanne de prévention du suicide qui fait partie du Réseau Entraide VS. Elle aborde ces questions sans tabou. Pour encourager les jeunes gays à parler. Parce qu’une souffrance partagée est toujours moins lourde à porter.

  • Les jeunes gays sont-ils plus touchés que les autres par la question du suicide ?

Il n’existe pas de statistiques précises à ce sujet parce que les seuls chiffres que nous avons sont ceux de la police. Or, on n’y identifie pas un jeune par son orientation sexuelle mais par son genre sexuel. Par ailleurs, il faut souligner que l’on ne se suicide jamais pour une seule raison. Ainsi, le facteur de l’orientation sexuelle n’est pas le seul à mettre en cause lorsqu’un jeune gay met fin à sa vie. Il est d’autant plus difficile d’articuler des chiffres qu’un jeune homosexuel qui se suicide n’aura peut-être pas communiqué ses préférences sexuelles à ses proches.

  • Mais le fait d’être gay peut peser dans la décision de mettre fin à sa vie ?

C’est un facteur de souffrance, sans aucun doute. L’adolescence est de toute façon un âge difficile. C’est une période où la personnalité est en construction, où l’on cherche une appartenance sociale. L’homosexualité peut être un facteur supplémentaire de ce mal-être.

  • Etre gay, est-ce plus difficile en Valais qu’ailleurs ?

La culture judéo-chrétienne très présente dans notre canton pèse sans doute sur un jeune qui découvre son désir pour des gens du même sexe. L’homosexualité est, pour le moment, stérile. Or, l’Eglise définit la sexualité en fonction de son but reproductif. Le désir de ce jeune est donc connoté comme mauvais et contre nature, ce qui est hyper-culpabilisant. Et puis, en Valais tout se sait très vite. Si vous vous promenez main dans la main avec quelqu’un du même sexe, tout le monde sera au courant. Comme il n’existe pas de lieu de rencontre, de bars ou de soirées gays, la première expérience sexuelle d’un jeune homosexuel risque d’avoir lieu dans des toilettes d’autoroute, l’un des lieux de rencontre tacite des homosexuels valaisans. On peut aisément imaginer ce que cela peut générer comme honte et comme traumatisme.

Par comparaison, au Québec, la sexualité n’est pas du tout un tabou. On en parle facilement partout et avec tout le monde. En Valais, c’est un sujet dont on ne parle pas ou peu. Alors oui, la situation évolue mais cela se passe très, très lentement.

  • Pourquoi n’a-t-on pas encore créé de lieu de rencontre plus approprié ?

Ce n’est qu’une hypothèse mais je pense que cela serait très difficile et pourrait générer de la violence.

  • On a pourtant vu une sorte de mode ces dernières années chez les adolescents d’afficher ouvertement leur homosexualité ou du moins leur bisexualité. Est-ce une simple forme de provocation ou est-ce que cela a pu changer un peu le regard que l’on pose sur eux ?

Selon moi, cela relève plutôt de la provocation. L’adolescence étant composée de diverses contradictions comme le besoin d’appartenance au groupe et l’envie de se distinguer, certains jeunes peuvent utiliser ce biais pour marquer leur différence.

  • Cette pression sociale peut-elle créer des difficultés psychiques ?

Cela induit sans doute des dépressions mais aussi des comportements de dépendance pour tenter d’oublier les difficultés. Le malaise peut être le moteur de tentatives de survie qui péjorent gravement la santé. Je pense à l’alcool, à la drogue mais aussi à des comportements sexuels à risque. Quand vous avez pour seule rencontre des inconnus sur une aire d’autoroute, il n’est pas certain que vous ayez recours à des préservatifs, par exemple.

  • A quel âge découvre-t-on son orientation sexuelle ?

Tout petit. A l’école enfantine déjà certains perçoivent qu’ils ont plus d’attirance pour les copains du même sexe. Mais cela reste très flou puisqu’on ne commence à concevoir la sexualité que vers 12-13 ans. A cet âge-là, on découvre l’amour et tout est très confus. On peut passer par une période d’attirance pour une personne du même sexe sans pour autant être homosexuel. Une fois toutes ces confusions dépassées, l’adolescent gay traverse une phase de déni avant d’accepter la vie compliquée qu’il va devoir traverser. La peur du jugement est très importante puisque le besoin d’être aimé et d’être comme les autres est central chez les ados.

  • Qu’est-ce qui peut aider un jeune gay ?

La première clé c’est la parole. Les souffrances partagées sont toujours moins lourdes à porter. En tant que famille et entourage, il faut faire de la sexualité un sujet comme un autre pour donner une chance au jeune de pouvoir en parler. Bien sûr, sans étaler sa propre sexualité. Elever un enfant dans l’idée que son orientation sexuelle n’est pas une chose grave lui permettra de la révéler plus facilement.

  • Quand ce n’est pas le cas, à qui peut-il s’adresser ?

Evidemment, chacun peut appeler la ligne téléphonique de Parspas. Les centres Sexualité Information Prévention Education (SIPE) présents dans toutes les villes du canton reçoivent les gens de manière anonyme. Ils pourront aider le jeune à trouver des solutions. Les médecins sont aussi tenus au secret professionnel. En plus d’informer leur patient, ils peuvent jouer un rôle de médiateur pour aider l’adolescent à annoncer la nouvelle à sa famille. Tous ces professionnels auront une vision non jugeante de la situation puisqu’ils ne sont pas impliqués affectivement. Leur éclairage neutre est souvent la garantie d’une certaine efficacité. On peut aussi essayer de se tourner vers un adulte de référence qui pourrait être plus ouvert que la famille proche : un oncle, une amie, un parrain...

  • En tant que proches, comment peut-on deviner les idées suicidaires d’un adolescent ?

Il y a un certain nombre de messages que l’on doit prendre au sérieux. Les affirmations directes de l’envie de mourir ou des écrits, des blogs sur la mort. Il y a aussi des signes comportementaux comme une perte d’intérêts pour les activités habituelles, une diminution de l’appétit, des troubles du sommeil, de la colère ou une dépression. Une tendance à l’isolement doit aussi inquiéter l’entourage ainsi que des actes qui pourraient être des préparatifs à un passage à l’acte tels que la rédaction d’un testament, le don d’objets auxquels la personne tient.

Cependant, il faut aussi souligner que souvent une personne déterminée ne laisse rien transparaître de son projet pour être certaine de le mener à bien. Parfois même, une fois que le suicidaire a pris la décision de mettre fin à ses jours, il a l’air d’aller mieux. Il est soulagé parce qu’il a trouvé le moyen de mettre fin à sa souffrance. Il faut adresser un message clair à ces personnes en souffrance : le suicide est une solution définitive à un problème transitoire. Si on meurt, tout est fini. Or, l’homosexualité peut être vécue de manière harmonieuse.

Source : Le Nouvelliste


EN CHIFFRES

  • 12,9 ans : Age de la première attirance homosexuelle.
  • 17,1 ans : Age du premier rapport homosexuel.
  • 56,9% des jeunes gays déclarent avoir été victimes d’injures.
  • 16,3% ont déjà été agressés.
  • 29,3% disent avoir été malheureux ou déprimés durant les six derniers mois.
  • 9,8% ont eu parfois des envies suicidaires durant les six derniers mois.
  • 24,4% d’entre eux ont déjà fait une tentative de suicide à l’âge moyen de 19 ans. Pour les deux tiers, ce geste avait un rapport avec son orientation sexuelle.

Chiffres tirés de l’étude sur l’« Incidence du développement de l’identité sexuelle sur les risques de contamination par le VIH chez les hommes homosexuels et bisexuels de 25 ans et moins en Suisse romande », Département universitaire de psychiatrie adulte, CHUV, Lausanne, mai 2000.


Quatre suicides par jour en Suisse

Environ 1000 hommes et 400 femmes se suicident chaque année en Suisse. Cela équivaut à quatre suicides quotidiens. Le suicide est la cause de décès la plus importante chez les hommes de 15 à 44 ans. C’est à l’adolescence et pendant la vieillesse, deux âges critiques, que l’on met le plus fin à ses jours.

En Valais, 33 jeunes de moins de 21 ans se sont suicidés entre 1998 et 2008. Chaque année, entre 1 et 8 personnes de 21 à 25 ans se donnent la mort. Mais le nombre de suicides le plus important touche les plus de 65 ans avec 138 décès en dix ans. En tout 41 personnes ont mis fin à leurs jours en 2009, selon les statistiques de la police cantonale.

Notre pays fait partie des nations les plus touchées au monde par ce fléau. Les régions industrialisées et urbaines sont plus exposées parce que l’entourage familial y est moins important et moins solidaire que dans les régions campagnardes. Les régions qui connaissent un développement politique ou économique rapide décomptent aussi plus de suicides.

Les cantons sont les principaux responsables de la prévention du suicide. Il n’existe pas de politique nationale à cet égard et plusieurs organisations relèvent le retard de notre pays dans ce domaine.

Source : statistique police cantonale valaisanne et session des jeunes 2009 (www.jugendsession.ch)




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