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Société
Elevée par des homos, et alors ! Pas de « sang gay » dans nos veines
Etre officier et gay,
ce n’est plus un tabou
par  la rédaction, le vendredi 18 septembre 2009, vu 487 fois

Les homosexuels s’affichent dans la grande muette, avec le soutien du haut commandement. Une évolution qui doit tout à un club d’officiers influents.

« L’armée est un milieu souvent homophobe », reconnaît Beat Steinmann (52 ans), colonel EMG de milice. Quand on parle d’homosexualité dans les casernes, c’est surtout pour faire de l’humour graveleux. « Les choses vont changer, même si ça doit prendre du temps », jure Beat Steinmann. Conseiller en business chez Ruag Electronics, le Bernois témoigne de son homosexualité dans le dernier numéro d’Intra, magazine des employés de la Défense. La publication ne provoque pas que de l’enthousiasme en Suisse romande. « Je n’avais jamais vu un haut gradé confier publiquement qu’il est gay », s’étonne un adjudant vaudois. « Dans l’armée, celui qui avoue son homosexualité est encore un drôle de spécimen, reconnaît Beat Steinmann. C’est encore un sujet tabou pour de nombreuses personnes, voire une source d’irritation pour certains. »

La révolution cette année

Beat Steinmann a créé en 2005 l’association des QueerOfficers (queer signifie homosexuel en argot américain * sic ndlr ). Avec pour mission de briser un tabou dans la grande muette, et de venir en aide aux homosexuels qui seraient discriminés. Le mouvement compte 75 officiers, hommes et femmes, essentiellement alémaniques. « Nous réfléchissons à l’étendre aux sous-officiers et aux soldats. » Certains gradés au plus haut niveau seraient sympathisants, mais sans être affiliés.

La vraie révolution est en marche depuis cette année : un concept de respect de toutes les minorités, raciales, religieuses ou sexuelles, déjà appliqué dans de grandes boîtes comme Novartis ou Crédit Suisse. Les Queer ont su convaincre André Blattmann, chef de l’armée, en lui parlant de « gestion des risques ». L’armée n’est pas à l’abri de gros problèmes de discrimination, donc « il vaut mieux prendre les devants plutôt que d’attendre qu’une mine n’explose ». Concrètement, l’armée impose maintenant des cours de sensibilisation à ses cadres.

La plus gayfriendly

Le message des Queer : il est possible de grader dans l’armée, voire d’y mener une brillante carrière, tout en affichant son identité gay ou lesbienne. Lorsque Beat Steinmann a fait son école de recrue, dans les années 1970, l’homosexualité était un motif d’exclusion. « Ceci a été définitivement aboli depuis Armée 95. » Mais certaines mentalités restent bloquées. « Je ne conseillerais pas à n’importe quel militaire d’afficher sa préférence comme ça, dit Beat Steinmann, mais simplement de ne pas le cacher si on lui pose la question. Et encore il faut nuancer… Si votre commandant raconte du matin au soir des witz sur les homos, mieux vaut se taire. »

L’armée suisse devient de facto la plus gayfriendly du continent, grâce à son concept de respect des minorités. D’autres projets du genre sont en discussion en Europe, mais n’ont pas encore abouti. Quant à l’armée américaine, elle n’exclut plus officiellement ses soldats gays depuis 1993, mais leur impose toujours le silence. « Dans certains pays, cela reste passible de la peine de mort, remarque Beat Steinmann. Si on envoie un jour nos soldats autour du golfe d’Aden, il faudra les briefer. »

Source : Patrick Chuard - La Tribune de Genève du 18.09.2009

Photo : © ARC/ODILE MEYLAN/DR |