Le cinéma israélien est riche de plusieurs excellents films abordant la thématique gay. Après Yossi et Jagger qui présentait une idylle au sein de l’armée et The Bubble qui retraçait lui la relation difficile entre un juif israélien et un musulman palestinien ; Tu n’aimeras point aborde une nouvelle fois le sujet de l’homosexualité dans la population israélienne mais cette fois au sein d’une communauté juive ultra-orthodoxe de Jérusalem. En prenant cet exemple extrême, Haim Tabakman met en exergue le poids d’une société traditionaliste où la religion s’immisce dans toutes les facettes de la vie au travers des Mitzvot (prescriptions issue de la Thora) qui régissent les moindres gestes du quotidiens, même le plus anodins, afin que tous contribuent au bien être de la communauté et donc à l’œuvre divine.
Au sein des « craignant dieu » comme ils se nomment eux-mêmes, l’individu, ses désirs, ses aspirations personnels sont totalement niés. Tout ce qui importe c’est le groupe : le couple, la famille, le quartier, la communauté des hommes et celle de dieu. Cette société vivant en vase clos ne peut se permettre de tolérer la « dissidence » ou la « déviance » vis-à-vis des règles qui la régissent sous peine de voir ses fondements menacés et donc d’être vouée à la disparition.
Ainsi la suspicion nait autour de la relation entre le boucher et son nouvel apprenti, elle amène tous les regards sur les deux hommes qui doivent se réfugier dans le froid du laboratoire de la boucherie pour se voir. Naît alors la culpabilité dans l’esprit d’Aaron. Il a l’impression de trahir la femme qu’il aime du plus profond de son cœur et tout ce en quoi il avait toujours cru et qui avait jusque là guidé toute sa vie. Mais le bonheur de pouvoir enfin vivre librement est aussi tentant que le corps de ce jeune homme qui s’abandonne.
Jusqu’à quel point est-il tolérable de laisser une croyance nous dicter notre façon de vivre ? Jusqu’à quel point l’homme est-il capable de renoncer à sa liberté individuelle afin de répondre aux exigences de la société à laquelle il appartient de fait ? A quel prix ce renoncement à soi-même se fait-il ? Autant de question qui sont facilement transposables en dehors du cadre de la religion juive et de la société ultra-orthodoxe de Jérusalem.
A une époque où la religion sert de caution ou de justification à tout et n’importe quoi : de l’insulte par un jeune politicien à l’attentat meurtrier lors d’une réunion d’un groupe de paroles de jeunes homosexuels, les interrogations soulevées par le film ne sauraient être plus pertinentes au vu de cette actualité.
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