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Société
Pas de « sang gay » dans nos veines Débat Adolescents homosexuels : des préjugés à l’acceptation
Faire son coming out à l’école, c’est possible
par  la rédaction, le vendredi 9 octobre 2009, vu 602 fois

Il est encore difficile de parler d’homosexualité, surtout pour les élèves. Un livre vient de paraître sur le sujet pour amener les esprits vers plus d’ouverture.

Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants... Johan*, 16 ans, ironise sur la traditionnelle formule de conte de fées pour illustrer le concept d’hétérosexisme ambiant dont parle l’auteur Elisabeth Thorens-Gaud dans Adolescents homosexuels, des préjugés à l’acceptation (lire ci-dessous). Ayant eu un rapport sexuel avec un garçon pour la première fois à 14 ans, Johan a fait du chemin depuis ses premiers questionnements, à 12 ans. Son coming out a eu lieu en classe, à Gland : au début, je me suis renfermé sur moi-même, raconte-t-il. Je ne me sentais pas accepté. Puis, en 7e, un prof m’a soutenu en provoquant une discussion. La classe est devenue vachement soudée et tout le monde prenait ma défense quand ça n’allait pas avec d’autres collégiens... La discrimination passait surtout par des insultes. Beaucoup d’insultes, se remémore-t-il, et une fois, un gars plus grand s’en est pris à moi physiquement !

Julie*, 16 ans, gymnasienne à Nyon, a fait son coming out après une année à porter son secret toute seule. Ses doutes sur sa sexualité ont débuté à 14 ans. Aujourd’hui, elle se définit comme bisexuelle : mon ancien meilleur ami était gay. C’est avec lui que j’ai pu en parler. Pendant une soirée avec des amis, tout est sorti ! A l’école, Julie ne trouve pas de soutien et n’en cherche pas : ça aurait été difficile d’aller voir un adulte de l’école que je ne connaissais pas. Ce qu’elle aurait aimé ? Que les profs en parlent pendant les cours, qu’ils informent la classe sur les personnes à qui s’adresser, les numéros de téléphone utiles...

Cette période de mal-être est maintenant dissipée. Le suicide, ils reconnaissent y avoir pensé. Dès qu’on est différent, on a des idées noires, tempère Julie. Et les cours d’éducation sexuelle ? Je n’ai jamais entendu parler d’homosexualité, ou alors, en trente secondes, le sujet était balayé, regrette Johan.

Même avis du côté de Julie.

  • De la réalité à la théorie

A Profa, fondation reconnue par l’Etat de Vaud, les professionnels qui dispensent les cours d’éducation sexuelle dans les écoles ont conscience de ces lacunes. Le programme d’éducation sexuelle comprend dix périodes de 45 minutes, réparties de l’école enfantine à la fin de l’école obligatoire (16 ans).

Monique Weber, adjointe pédagogique au Service d’éducation sexuelle de Profa, explique que le sujet de l’homosexualité peut être soulevé dès l’école enfantine si un élève l’aborde. Sinon, les animatrices ouvrent des discussions sur la question à partir de la 6e. Avant l’été, un mandat a été confié à l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) pour évaluer ledit programme d’éducation sexuelle. Le résultat est positif. Mais, en comparaison à d’autres pays et même à d’autres cantons, nous sommes dans la fourchette la plus basse, nuance Monique Weber. L’évaluation ne préconise pas l’augmentation du nombre d’heures. Le message est que certaines problématiques, comme l’homosexualité, pourraient être prises en charge par d’autres personnes dans les écoles.

Pour elle, un gros travail se fait dans la vie quotidienne des établissements : les professeurs, les infirmières et les médiateurs se mettent à l’écoute des jeunes. Et le coming out à l’école ? Monique Weber pense qu’il n’y a pas de réponses standard. Parfois, cela se passe mal car l’adolescent n’est pas conscient des effets « boomerang » que cela peut avoir. Profa offre aussi aux enseignants des « Fiches Egalité » qui abordent la question. Ce matériel est mis à disposition dans les salles des maîtres de tous les collèges, rappelle Monique Weber. Mais ces outils ne permettent pas toujours aux enseignants de gérer les conséquences d’une révélation.

Manuel Macias, psychiatre responsable du Service psychiatrique enfants et adolescents à Nyon, note : l’école nous adresse des adolescents en souffrance. Les questions de sexualité ? Ce ne sont pas les troubles identitaires les plus fréquents en consultations. Et de rappeler qu’une certaine ambiguïté sexuelle est le propre de l’adolescence. Les jeunes qui se posent des questions doivent surtout savoir que l’homosexualité n’est pas une maladie et encore moins une maladie psychique.

* Prénoms d’emprunt


« Le thème de l’homophobie pourrait être intégré aux cours de citoyenneté » Trois questions à Elisabeth Thorens-Gaud, auteur et enseignante.

Elisabeth Thorens-Gaud enseigne depuis 1991. Au printemps dernier, son employeur, l’Etat de Vaud, lui a accordé un congé sabbatique de six mois pour réaliser un projet de prévention du suicide chez les jeunes. Les chiffres qu’elle découvre l’amènent alors à se pencher sur le thème de l’homosexualité. Durant son congé, elle crée l’association Mosaic-info et écrit le livre Adolescents homosexuels, des préjugés à l’acceptation. Enseignante dans un collège de la région lausannoise, elle y dépeint le triptyque école - parents - adolescent et propose des outils de lutte contre l’homophobie. Entretien.

  • Le lien récurrent entre suicide et homosexualité ne finit-il pas par dramatiser les choses ?

Les chiffres démontrent une réalité que j’ignorais totalement. Les adolescents gays font plus de tentatives de suicide que les autres. Selon une enquête du docteur Pierre Cochand, en Suisse, un jeune homosexuel (garçon) sur quatre aurait tenté de se suicider. Mais c’est vrai qu’il faut nuancer : la majorité des enfants gays ne commettent pas de tentative de suicide. S’ils se sentent mal, c’est parce qu’ils se retrouvent isolés et se sentent anormaux. Le modèle homme - femme est omniprésent.

  • C’est ce que vous qualifiez d’hétérosexisme dans votre ouvrage…

Oui, les hétérosexuels forment la majorité de la population. On n’arrive pas à imaginer être amoureux d’une personne du même sexe. Pour éradiquer l’hétérosexisme, l’enseignant peut faire passer des messages ouverts, expliquer qu’il existe des couples de même sexe et préciser que des auteurs sont homosexuels, par exemple, ou, dans les cours d’histoire, ne pas occulter l’extermination des gays, qui devaient porter le triangle rose. Il faut parler de l’homosexualité naturellement, car cela fait partie de la diversité humaine. On a souvent l’impression d’un mot tabou. Une de mes élèves m’a dit « on est trop petit pour parler de ça ». Je lui ai répondu qu’il n’y avait pas d’âge, car c’est une réalité. L’éveil sexuel commence vers 10-12 ans...

  • Pensez-vous que l’homosexualité devrait être abordée dans les programmes scolaires ?

Oui, il faut en parler aussi en dehors de l’éducation sexuelle. Le thème de l’homophobie pourrait être intégré dans les cours de citoyenneté. Mais aussi dans nos discours. Il faut sensibiliser les enseignants en leur donnant des outils simples, comme parler de « partenaires », plutôt que de « couple fille-garçon ». Pour le moment les associations, comme Mosaic-info , ne peuvent pas intervenir en milieu scolaire. La fondation Profa, qui dispense les cours d’éducation sexuelle dans les écoles, soutient mes démarches. Et les autorités vaudoises réalisent qu’il faut agir. Le fait de m’octroyer un congé sabbatique était déjà une forme de soutien et je dois bientôt rencontrer des personnes du Département de la formation de la jeunesse et de la culture, qui sont intéressées par mes travaux.


  • Une Journée internationale

Dimanche 11 octobre, à l’occasion de la Journée internationale du coming out, des projections du téléfilm Prayers for Bobby sont organisées en Suisse romande. Jean-Paul Guisan, secrétaire romand de Pink Cross, organisation suisse des gays, explique que cette journée a pour but d’inciter les homosexuels à faire leur coming out dans leur entourage et de valoriser l’individu. / DR

Projections suivies d’un débat : vendredi 9 octobre, à 20h30 au cinéma Oblò, à Lausanne et mardi, à 20h, à la Maison du Grütli à Genève. Voir : www.pinkcross.ch


  • Un squelette dans le placard

« Coming out » vient de l’expression anglaise « coming out of the closet » soit « sortir du placard ». En anglais, la formule « un squelette dans le placard » désigne un secret de famille ou des choses qu’on voudrait garder cachées. C’est ce qu’on apprend dans le lexique à l’intention des hétérosexuels, à la fin du livre d’Elisabeth Thorens-Gaud Adolescents homosexuels, des préjugés à l’acceptation. / DR


Source : La Côte