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Société
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Faut-il craindre 2005 ?
par  Frédéric Gloor, le jeudi 6 janvier 2005, vu 240 fois
Tags : - Suisse - Législation - Union homosexuelle - Lpart

Un des buts ultimes de l’activisme gay et lesbien est plus proche que jamais. 2005 sera l’année où le peuple suisse se prononcera (en première mondiale) sur le principe de reconnaître les couples homos. Or, on observe depuis quelques mois des signes qui peuvent effrayer. D’un côté, la presse qui semble devenir de plus en plus critique envers l’homosexualité. D’un autre côté, les gays eux-même semblent tenir des propos conservateurs néo-pudiques. Et si en 2005 le monde virait conservateur (gays et lesbiennes inclus) et empêchait à la dernière minute que le partenariat ne devienne réalité ? Jean-Paul Guisan, secrétaire romand de Pink Cross, répond à trois questions.

La presse a le plus souvent été favorable aux droits des homos. Or, depuis quelques mois, il semble qu’elle soit devenue plus réservée sur ce sujet. Comment juges-tu cette évolution ?

Je n’ai pas l’impression que la presse soit devenue plus réservée. Elle a peut-être donné davantage la parole à nos adversaires, ce qui relève de son boulot le plus strict. Si certains événements, graves ou futiles, ont donné lieu à des prises de position hostiles que la presse a relayées, ce n’est pas pour autant qu’on doit taxer cette dernière de réservée ou d’hostile.

Prenons l’exemple de notre quotidien de boulevard romand : certains éditoriaux ont été parfois sévères, il est vrai, mais pour une majorité d’autres, c’était le contraire. Et encore tout récemment, on y a raconté le drame d’un Suisse qui avait perdu celui qu’il aimait en Thaïlande par suite du raz-de-marée. Cette histoire a bénéficié du même traitement journalistique que les autres, sans qu’on mette en avant l’orientation sexuelle. N’est-ce pas exactement une illustration du droit à l’indifférence que nous revendiquons ?

Le grand débat sur les soirées mousses des Jungle, lorsque quelques gays se sont indignés d’avoir vu des masturbations dans la mêlée, est-il le signe que les homos virent au conservatisme ? Après le droit au mariage, les gays vont-ils demander la maison, le chien et le nain de jardin ?

Je ne vois pas ce que des gays conservateurs (à l’exclusion des masochistes) iraient faire dans de telles soirées. À mon avis, l’indignation doit plutôt être liée au fait de ne pas avoir pu (ou osé) participer aux dits ébats et à l’aigreur qui s’en est suivie.

La maison, le chien ? Mais depuis quand est-ce interdit aux gays en tant que tels (occidentaux, précisons-le), au point que cela fasse l’objet d’une revendication ? Quant aux nains de jardin, étant donné les réactions phobiques qu’ils suscitent, n’est-il pas naturel que les gays s’en sentent solidaires ?

Plus sérieusement : si être conservateur, c’est avoir peur de jouir, diaboliser tout acte de consommation (notamment sexuel) en invoquant des principes qui reposent en réalité sur une haine de soi-même et une peur de l’autre – alors on ne peut qu’espérer qu’il ne s’agit pas d’une tendance prise par les gays.

D’un autre côté, si le conservatisme, c’est de faire passer les valeurs morales avant les valeurs pécuniaires, les intérêts supra-individuels avant les intérêts matériels, l’être avant le paraître, on peut imaginer que cette posture n’est pas totalement incompatible avec le fait d’être gay.

Pourra-t-on enregistrer les couples homos en 2005 ?

Même si la loi sur le partenariat est acceptée en 2005, il faudra attendre 2006 pour qu’elle entre en vigueur. Et encore, la certitude que le scrutin ait lieu en 2005 n’est pas de 100 % ! Quant au résultat, je parie sur une fourchette allant de 49 % (l’horreur) à 54 % de oui. À partir de 60 %, je m’engage ici solennellement à me raser la barbe.

Propos recueillis par Fred (qui se réjouit de voir Jean-Paul sans sa barbe)