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Prévention
SUISSE - SIDA : Les homosexuels se protègent moins Pas eu le temps de penser au préservatif ?
Faut-il repenser les campagnes de prévention contre le sida ?
par  la rédaction, le vendredi 22 mai 2009, vu 208 fois

VIH | L’annonce de la non-dangerosité des séropositifs sous trithérapie et l’acquittement de l’un d’eux qui avait eu des relations non protégées bouleversent-ils la façon de faire de la prévention ? Les avis divergent.

« La majorité séronégative et qui veut le rester doit continuer d’utiliser le préservatif ! La donne a changé pour les séropositifs uniquement, et eux en sont en général bien informés », assène Bernard Hirschel , chef de l’unité VIH/sida aux Hôpitaux universitaire ge nevois (HUG). En janvier 2008, la Commission fédérale sur les problèmes liés au sida lâchait en effet une bombe : une personne séropositive soignée depuis six mois par trithérapie ne présente qu’un risque de 1 sur 100 000 de transmettre le sida à son partenaire. Conséquence directe : en février dernier, la justice genevoise acquittait un tel séropositif coupable d’avoir eu des relations sexuelles non protégées mais sans dommage pour ses partenaires ( cette décision pourrait être portée devant le Tribunal fédéral) . La prévention de la maladie touchant quelque 25 000 personnes en Suisse s’en est-elle trouvée changée ou est-elle sur le point de l’être ? Des spécialistes répondent.


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Josette Quartenoud - Point Fixe
  • OUI

« Les gens ne retiennent que le « Il n’y a pas de risque », et c’est dangereux pour la prévention »

« Il faut réfléchir à de nouvelles stratégies de prévention. Développer la méthode des témoignages directs dans les écoles ou les milieux médicaux serait bienvenu. S’ adresser en particulier aux moins de 25 ans et aux plus de 40 ans, deux des tranches d’âge très touchées aussi », analyse Christine Fuhrer l’une des responsables de Sid’Action Lausanne. Beaucoup de gens s’informent via son association ces derniers mois. Principalement des couples « sérodifférents » (l’un est séropositif et l’autre pas) qui veulent des garanties quant à l’absence de risque de transmission en cas de trithérapie suivie. « Mais, globalement, tout ça n’a pas tellement aidé la prévention qui, à la base, n’était déjà malheureusement plus tellement entendue, tempère Christine Fuhrer. Il y a des médicaments efficaces, donc le sida n’est plus mortel, et donc n’est plus tellement grave. Voilà ce que certains se disent. En ce sens, ça banalise beaucoup la maladie ! » Le sentiment d’impunité juridique ne semble en revanche pas être un vrai problème.

Pour Josette Quartenoud, responsable de l’équipe de prévention de Point-Fixe Lausanne, « Les gens ne retiennent que le “Il n’y a pas de risque”, et c’est dangereux pour la prévention. Il faudrait aujourd’hui insister sur le message-clé suivant : chacun est seul face au choix. Lequel ne doit pas se baser sur l’idée qu’un partenaire séropositif va forcément annoncer qu’il l’est ! » Et de rappeler que la non-dangerosité des séropositifs était, à la base, une avancée pour des couples sérodifférents souhaitant avoir un enfant, qui depuis, a été intégrée par les groupes à risque.


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Bernard Hirschel - HUG
  • NON

« Pour le grand public rien n’a changé. Prôner le préservatif reste de mise »

« Il n’y a pas à repenser nos campagnes », assène Roger Staub. « Les actuelles ont même été conçues alors que nous connaissions les conclusions de la Commission fédérale sur les problèmes liés au sida », avance le responsable de la question à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Pour le Pr Bernard Hirschel, des HUG , cacher la non-dangerosité des séropositifs sous trithérapie de peur de brouiller les messages de prévention aurait été une erreur. « Car cette information souligne que le traitement lui-même est une arme de prévention efficace et qui évitera donc de nouvelles contaminations. » L’Aide suisse contre le sida fait campagne auprès des publics cibles que sont les homosexuels, les prostituées et leurs clients. L’année passée, l’association avait aussi monté la campagne Love life en collaboration avec l’OFSP. Selon son porte-parole Thomas Lyssy, « p our le grand public rien n’a changé ces derniers mois, « même si au tout début le message était un peu brouillé. Prôner le préservatif reste de mise. Sur le terrain, les séropositifs sont au clair. Et ceux d’entre eux qui ne se sentaient pas prêts pour la trithérapie y pensent désormais car cela facilitera leur vie de couple. » Pour Matthias Cavassini, responsable de la consultation ambulatoire du service des maladies infectieuses du CHUV, les campagnes n’ont donc pas à être changées. « Et, au final, la décision de ne pas mettre de préservatif est à prendre dans un couple stable, et toujours par le partenaire séronégatif ! » insiste le médecin.

Source : Laurent Grabet pour 24h