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France : Vers un dépistage généralisé du sida ? Près de 30% des séropositifs de l’UE ignorent être infectés par le (...)
France :
Réactions à la proposition de généralisation du dépistage volontaire du VIH
par  la rédaction, le jeudi 22 octobre 2009, vu 271 fois
Tags : - France - SIDA - VIH - Prévention

AIDES, comme ACT UP, se félicitent de cette proposition tout en soulignant le retard pris comme les écueils juridiques, limites à cette généralisation, et le nécessaire accroissement de la prévention...

Après sa divulgation hier dans le quotidien Libération, la Haute Autorité de Santé (HAS) vient de publier en ligne ses nouvelles recommandations relatives au dépistage du VIH en France.

Comme annoncé, les experts de santé publique propose une généralisation du dépistage du sida « à l’ensemble de la population âgée de 15 à 70 ans » et une « proposition ciblée et régulière du test de dépistage de l’infection par le VIH pour certaines populations exposées à un risque de contamination ou à caractéristique particulière et dans certaines circonstances » sans autre précision. Alors même que la majorité des nouvelles contaminations sont opérées par voies hétérosexuelles, il ne faudrait pas que cette seconde proposition revienne, sans le dire, à remettre une nouvelle fois sur le devant de la scène une « logique fallacieuse des groupes à risques » et non des pratiques à risques comme l’a dénoncé Act Up Paris. Il faut également que le dépistage devienne un acte fréquent et régulier et non unique.

Pour l’HAS, « L’apparition de nouveaux moyens thérapeutiques ou prophylactiques a renforcé l’intérêt d’un diagnostic précoce au niveau individuel comme au niveau collectif ». Rien de révolutionnaire sur le sujet, les experts s’accordant sur ce point depuis maintenant plusieurs années, l’intérêt du dépistage précoce étant résumé par la haute autorité : « Un diagnostic rapide peut permettre l’instauration précoce d’un traitement antirétroviral réduisant par conséquent la morbidité et de la mortalité. Il peut également favoriser la mise en ouvre d’une prise en charge précoce adaptée chez la femme enceinte séropositive réduisant les risques de transmission à l’enfant ou une prévention des infections opportunistes. Enfin, il peut être utilisé comme un outil de prévention et favoriser le changement des attitudes et comportements. D’autre part, le dépistage pourrait réduire les taux de transmission directement par une diminution des pratiques à risque, et indirectement par la réduction de l’infectivité des personnes traitées ».

Si AIDES se félicite de cette proposition de dépistage volontaire généralisé, l’association souligne que le dispositif actuel n’est plus adapté. AIDES, en partenariat avec l’ANRS (Agence Nationale de Recherches sur le Sida et les hépatites virales) expérimente déjà depuis décembre 2008 une offre de dépistage démédicalisée, dans les locaux de AIDES, en direction des homosexuels masculins, par l’usage de tests à dépistages rapides (TDR). Utilisés depuis plusieurs années à l’étranger, les TDR ne sont toujours pas généralisés et le cadre législatif ne permet pas pour l’heure cette généralisation.

« Enfin, parce que la séronégativité n’est pas un état définitif, il faut continuer à encourager le test à répétition, pour que la fenêtre d’incertitude entre la prise de risque et le diagnostic soit la plus réduite possible » rappelle encore AIDES.

Pour Act Up Paris, « il était temps » que l’HAS prenne ces recommandations, le Conseil National du Sida (CNS) s’étant déjà prononcé en ce sens en novembre 2006, mais « le nécessaire renforcement du dépistage ne saurait à lui seul remplacer une réelle politique de prévention ».

Enfin, « La généralisation du recours au dépistage, ne doit donc pas se substituer au nécessaire renforcement des politiques de prévention dans notre pays » estime Act Up pour qui « un renforcement du dépistage doit s’accompagner d’une lutte accrue contre les discriminations qui frappent les séropositifVEs et constituent un frein majeur au dépistage ».

Enfin, une dernière limite, non évoquée, est celle de la formation des personnels de santé et laboratoires à l’annonce éventuelle d’une séropositivité diagnostiquée comme au conseil en prévention en cas de diagnostic négatif. Le dépistage d’autres IST doit également être encouragé, celui des hépatites et de la syphilis.

Le dossier est désormais sur le bureau de la ministre de la Santé.

Source : Citégay



Les recommandations nouvelles de la HAS

Dépistage de l’infection par le VIH
Nouvelles recommandations de la HAS

En partenariat avec l’Institut de veille sanitaire (INVS), le Centre de recherches économiques, sociologiques et de gestion et le Centre hospitalier de Tourcoing, la Haute Autorité de Santé publie le second volet de ses recommandations sur le dépistage de l’infection par le VIH. Malgré un nombre de tests de dépistage important, il persiste en France un retard au dépistage de l’infection par le VIH. On estime aujourd’hui que près de 40 000 personnes sont infectées et ignorent leur séropositivité.

Dans ce contexte, la HAS recommande une stratégie de dépistage en deux volets. L’un consiste en la proposition du test de dépistage de l’infection par le VIH à l’ensemble de la population âgée de 15 à 70 ans. L’autre prévoit la proposition ciblée et régulière du test de dépistage de l’infection par le VIH pour certaines populations exposées à un risque de contamination ou à caractéristique particulière et dans certaines circonstances. Enfin, constatant que la Guyane se trouve dans une situation d’épidémie généralisée, la HAS estime primordial de mettre en œuvre des stratégies de dépistage spécifiques et volontaristes reposant sur une proposition régulière de dépistage à l’ensemble de sa population.

A la demande de la Direction Générale de la Santé (DGS), la Haute Autorité de Santé publie le second volet de ses recommandations sur le dépistage de l’infection par le VIH. Le premier volet diffusé en octobre 2008 concernait les modalités de réalisation des tests de dépistage, en particulier la place des tests de dépistage rapides.

Malgré un nombre de tests de dépistage important, il persiste en France un retard au dépistage de l’infection par le VIH. Ce retard se reflète dans la prévalence de l’infection par le VIH non diagnostiquée. On estime aujourd’hui que près de 40 000 personnes sont infectées et ignorent leur séropositivité (fourchette comprise entre 18 000 et 61 000).

L’apparition de nouveaux moyens thérapeutiques ou prophylactiques a renforcé l’intérêt d’un diagnostic précoce au niveau individuel comme au niveau collectif.

Un diagnostic rapide peut permettre l’instauration précoce d’un traitement antirétroviral réduisant par conséquent la morbidité et de la mortalité. Il peut également favoriser la mise en œuvre d’une prise en charge précoce adaptée chez la femme enceinte séropositive réduisant les risques de transmission à l’enfant ou une prévention des infections opportunistes. Enfin, il peut être utilisé comme un outil de prévention et favoriser le changement des attitudes et comportements. D’autre part, le dépistage pourrait réduire les taux de transmission directement par une diminution des pratiques à risque, et indirectement par la réduction de l’infectivité des personnes traitées.

Recommandation de la HAS

La recommandation est fondée sur une revue critique de la littérature et des travaux de modélisation médico-économique réalisés en partenariat avec l’InVS, le Cresge et l’Inserm et sous la direction du Pr. Yazdanpanah.

Devant la persistance d’un retard au dépistage affectant de façon plus particulière certains groupes de population ne se considérant pas comme « à risque », et parce que l’épidémie d’infection par le VIH continue d’atteindre plus particulièrement certains groupes de la population et certaines régions, la HAS recommande la mise en œuvre d’une stratégie de dépistage en deux volets :

  • L’un répond à l’objectif d’améliorer la détection précoce de l’infection par le VIH et de réduire le retard au dépistage. Il consiste en la proposition du test de dépistage de l’infection par le VIH à l’ensemble de la population âgée de 15 à 70 ans, hors notion d’exposition à un risque de contamination ou caractéristique particulière. Elle repose sur la mobilisation active des médecins généralistes et autres acteurs de santé. Les résultats et l’impact de cette stratégie sur la diminution du retard au dépistage devront faire l’objet d’une évaluation après une première période de 5 ans. Il s’agit pour la HAS de modifier le regard porté sur le dépistage de l’infection par le VIH et de promouvoir l’idée que l’amélioration de la connaissance du statut sérologique vis-à-vis du VIH de la population peut être à l’origine de bénéfices importants au niveau individuel comme au niveau collectif.
  • L’autre tient compte de l’hétérogénéité de l’épidémie d’infection par le VIH en France et de la persistance de groupes de population plus particulièrement affectés. Il consiste en la proposition ciblée et régulière du test de dépistage de l’infection par le VIH pour certaines personnes (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes - HSH), personnes hétérosexuelles ayant eu plus d’un partenaire sexuel au cours des derniers 12 mois, usagers de drogues injectables - UDI, personnes originaires d’une zone de haute prévalence, personnes en situation de prostitution, personnes dont les partenaires sexuels sont porteurs du VIH) et dans certaines circonstances précises.

Concernant la Guyane, la HAS souligne les caractéristiques épidémiologiques particulières de l’infection par le VIH qui placent ce département dans une situation d’épidémie généralisée et insiste sur la nécessité de mettre en œuvre des stratégies de dépistage spécifiques et volontaristes, reposant sur une proposition régulière à l’ensemble de la population du test de dépistage.

Par ailleurs, la HAS rappelle qu’un test de dépistage peut également être proposé à la population générale lors d’un recours aux soins hospitaliers, comme dans le cadre d’une prise en charge préopératoire, à toute femme enceinte au moment de la 1ère consultation prénatale et au cours du 3ème trimestre de la grossesse aux femmes séronégatives exposées à un risque (UDI, femmes en situation de prostitution, partenaires sexuelles de personnes infectées par le VIH, nouveau ou plus d’un partenaire sexuel au cours de la grossesse). La HAS insiste également sur l’importance qu’un test de dépistage soit proposé aux conjoints et futurs pères avant la naissance.

La HAS rappelle que le dépistage de l’infection par le VIH ne peut être conçu comme une intervention de santé publique isolée et qu’il doit être intégré dans une approche préventive globale incluant l’ensemble des infections sexuellement transmissibles et les hépatites B et C de façon adaptée selon les populations à risques.

Par ailleurs, la HAS considère que le recours volontaire au dépistage doit être encouragé et facilité. La démarche volontaire de dépistage doit ainsi demeurer un des piliers du dispositif, reposant notamment sur les médecins généralistes et les CDAG/CIDDIST*.

Enfin, la HAS recommande que la proposition du test de dépistage à la population générale s’accompagne d’une information adaptée, de l’obtention d’un consentement éclairé et d’une appréciation de la capacité de la personne à recevoir le résultat du test. En dehors de ce cadre, une information-conseil personnalisée devra être adaptée aux différents contextes de l’offre de dépistage.

La HAS rappelle que les évolutions recommandées s’inscrivent dans la continuité du dispositif de dépistage de l’infection par le VIH déjà bâti et respectent notamment les principes fondamentaux : de droits de la personne (respect de la confidentialité et possibilité d’anonymat, information adaptée et consentement éclairé) ; d’accessibilité au dépistage (diversité de l’offre de dépistage et gratuité) et de lien avec une prise en charge adaptée ; de démarche volontaire de dépistage.

Florence Gaudin
Responsable du service presse


CDAG : consultation de dépistage anonyme et gratuit ; CIDDIST : centre d’information, de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles.


Le communiqué de AIDES

Dépister plus pour dépister mieux !

AIDES se félicite de la prise de position de la Haute autorité de santé qui propose de renforcer le dépistage ciblé et régulier pour les personnes les plus exposées au risque VIH.

AIDES se félicite de la prise de position de la Haute autorité de santé qui, 3 ans après les recommandations du Conseil National du Sida, propose de renforcer le dépistage ciblé et régulier pour les personnes les plus exposées au risque VIH.

« AIDES depuis des années prône un dépistage proposé systématiquement à toute la population avec une offre adaptée pour les populations le plus vulnérables au virus du VIH/sida » dit Bruno Spire président de AIDES.

L’offre actuelle de dépistage du VIH en France s’adresse de manière indistincte à l’ensemble de la population et repose sur des objectifs et un dispositif de santé publique conçus dans les premières années de l’épidémie. L’analyse des dynamiques de l’épidémie en fonction des différentes populations concernées montre des besoins et des motivations du recours au dépistage très différents et qui ne trouvent pas de réponses spécifiques dans le dispositif actuel.

C’est la raison pour laquelle AIDES, en partenariat avec l’ANRS (Agence Nationale de Recherches sur le Sida et les hépatites virales) a lancé en décembre 2008 dans 4 villes1 l’étude COM’TEST pour évaluer la faisabilité d’une offre de dépistage démédicalisée, dans les locaux de AIDES, en direction des homosexuels masculins.

Parce qu’il faut connaître son statut sérologique pour adopter des comportements de prévention responsables, il est plus que jamais indispensable que chacun puisse avoir accès à un dépistage adapté à ses besoins.

De fait, multiplier les occasions de test est une piste, pérenniser les offres communautaires de dépistage rapide en est une autre. Les deux étant bien entendu complémentaires. Enfin, parce que la séronégativité n’est pas un état définitif, il faut continuer à encourager le test à répétition, pour que la fenêtre d’incertitude entre la prise de risque et le diagnostic soit la plus réduite possible.

Perspectives AIDES aujourd’hui travaille à évaluer avec les personnes migrantes les bénéfices potentiels d’une offre comparable et réfléchi aux possibilités d’implanter ce type d’action dans des zones géographiques où l’accès au dépistage est difficile et à haute prévalence VIH comme en Guyane.

Aujourd’hui AIDES demande une évolution du cadre législatif pour favoriser la mise en place de projets de dépistage communautaire les mieux adaptés aux besoins et aux pratiques des personnes.

Pour plus d’informations sur le dépistage communautaire : http://depistage.aides.org/

[1] Montpellier, Lille, Paris et Bordeaux

Francesca Belli Responsable communication externe et plaidoyer Communication and advocacy manager AIDES Tour ESSOR - 14, rue Scandicci 93508 Pantin cedex


Le communiqué d’Act Up Paris

Recommandations de la HAS sur le dépistage du VIH :
il était temps

Communiqué de presse - Act Up-Paris - 21 octobre 2009

La Haute autorité de santé (HAS) recommande un dépistage généralisé du VIH/sida. Une mesure qui aurait dû être mise en place il y a au moins 3 ans ! Pour autant, le nécessaire renforcement du dépistage ne saurait à lui seul remplacer une réelle politique de prévention.

Trois longues années auront été nécessaires pour que les autorités publiques se rendent enfin à l’évidence : il est nécessaire de renforcer les politiques de dépistage du VIH/sida en France. Depuis 2006, Act Up-Paris, comme d’autres, presse le ministère de la santé de mettre en ouvre les recommandations contenues dans l’avis du Conseil national du sida (CNS)1. Mais, alors que ces recommandations faisaient l’objet d’un large consensus parmi les associations de lutte contre le sida et le milieu médical, le ministère de la santé a préféré saisir la HAS pour une étude coût-efficacité.

Une proposition systématique du dépistage du VIH/sida présente pourtant deux intérêts manifestes :

  • permettre une prise en charge précoce pour les personnes encore trop nombreuses qui ignorent leur infection et découvrent leur séropositivité à un stade trop tardif de la maladie ;
  • contribuer à réduire le nombre de nouvelles infections en diminuant le nombre de personnes porteuses du virus qui ignorent leur séropositivité.

Une autre proposition du Conseil national du sida de 2006 consistait à expérimenter l’emploi des tests rapides. Malgré nos démarches réitérées et un précédent rapport de la HAS, le ministère de la santé n’a toujours adapté la réglementation concernant le dépistage afin de permettre leur utilisation.

Pour nous, ces tergiversations et ces retards sont une nouvelle preuve de l’incurie actuelle des pouvoirs publics et de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot-Narquin, à mettre en ouvre une politique efficace de lutte contre le sida qui prenne toute la mesure de l’urgence de l’épidémie dans notre pays.

Toutefois, il ne s’agit pas de rendre obligatoire le dépistage mais simplement d’en organiser la proposition systématique. Il s’agit bien de rompre avec la logique fallacieuse des groupes à risques alors que la majorité des nouvelles infections ont lieu par voie hétérosexuelle et dans le même temps de prendre toute la mesure de l’importance de l’épidémie comme dans la communauté homosexuelle et parmi les personnes étrangères où l’incidence des nouvelles infections est particulièrement inquiétante.

Mais, faut-il le rappeler, le dépistage n’intervient qu’après coup, et si une politique accrue de dépistage peut concourir à la réduction de l’épidémie, elle ne peut remplacer une véritable politique de prévention. La généralisation du recours au dépistage, ne doit donc pas se substituer au nécessaire renforcement des politiques de prévention dans notre pays.

De même, un renforcement du dépistage doit s’accompagner d’une lutte accrue contre les discriminations qui frappent les séropositifVEs et constituent un frein majeur au dépistage.

Act Up-Paris exige :

  • que la mise en ouvre des recommandations du Conseil national du sida confirmées par la HAS intervienne sans délais ;
  • que le ministère de la santé adapte de toute urgence la réglementation en vigueur sur le dépistage ;
  • que le ministère de la santé mette réellement en oeuvre une politique de dépistage et de prévention adaptée aux urgences de l’épidémie en France.