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Prévention
VIH : le taux d’infection chez les homosexuels en augmentation (...) Epidémiologie VIH/SIDA : Suisse 2009.
France :
Roselyne Bachelot et les associations : le divorce ?
par  la rédaction, le vendredi 2 avril 2010, vu 147 fois

Silencieuse sur les questions LGBT depuis son entrée au gouvernement, la ministre de la Santé est accusée par les associations de lutte contre le Sida d’« abandonner la lutte » contre le VIH et de « ne pas tenir parole »...

Alors que les Agences Régionales de Santé (ARS), créées ce 1er avril, auront pour mission de définir la politique de santé de chaque région en coordonnant la médecine de ville, hôpitaux, établissements du médico-social et maisons de retraite, les associations de lutte contre le VIH s’inquiètent de la baisse drastique des subventions accordées dans ce cadre nouveau et accusent la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, de signer, avec cette création des ARS la « mort de la lutte contre le sida ».

  • « ELLE N’A PAS TENU SA PAROLE ».

Aides, principale association de lutte contre le Sida en France et dont le budget dépend principalement des subventions publiques, entretient en général des rapports, parfois critiques, mais toujours pragmatiques avec le gouvernement.

Aussi, la charge de l’association relative à la réforme Bachelot instituant les ARS est particulièrement notable. Pour Aides, la naissance des ARS signe la « mort de la lutte contre le sida » et l’association « dénonce la baisse brutale de crédits alloués à la lutte contre le sida ». Aides rappelle dans son communiqué que la Ministre de la Santé avait annoncé le 23 décembre que les crédits en faveur de la lutte contre le VIH/sida ne baisseraient pas. « Elle n’a pas tenu parole » explique Aides avançant que les associations subissent des pertes de crédits pouvant aller jusqu’à 47% dans certaines régions.

Aides subirait ainsi une perte de plus de 700 000 euros par rapport aux financements 2009, « Avec des coupes conséquentes qui concernent des actions prioritaires comme celles menées auprès des publics gays et migrants. Cette baisse n’affectant pas seulement notre association, le montant des coupes budgétaires serait bien plus important ». Et ces coupes ne concernent pas que l’association Aides mais la plupart de celles oeuvrant contre le VIH.

Interrogé par CitéGAY, Olivier Denoue, Directeur général de Aides, ne décolère pas : « On a alerté le ministère il y a déjà quelques semaines par rapport aux retours que nous avions en régions », « le ministère nous affirme que le budget est comparable mais en régions nous avons deux discours : soit le budget a diminué soit c’est le même montant mais il n’est plus fléché et va à d’autres actions ou sert au financement des nouvelles structures ». Au final pour Olivier Denoue, il s’agit d’une « chute drastique des financements », « affectant de surcroit des actions prioritaires compte tenu des données épidémiologiques, celles vers les populations de migrants et à l’attention des gays ».

  • INDIGENCE COUPABLE DU BUDGET DEDIE A LA PREVENTION

Il y a quelques semaines, dans son dernier rapport annuel, la Cour des Comptes publiait des conclusions sans appel : « il appartient à l’État de renforcer la prévention et le dépistage du VIH. L’ignorance de leur état de séropositivité par plusieurs dizaines de milliers de personnes, la propagation de l’épidémie qui en résulte, le coût élevé des traitements pour l’assurance maladie et leur caractère pénible pour les patients militent pour une politique plus active en ces deux domaines ». La Cour préconisait également « d’améliorer la connaissance par le ministère de la Santé des actions de prévention et d’accompagnement subventionnées au niveau local par les groupements régionaux de santé publique, dont les missions seront reprises en 2010 par les agences régionales de santé ».

Pour Aides, cette chute des financements est l’exact inverse de ce que préconise la Cour des comptes qui, pourtant prompte a vilipender le niveau de dépenses publiques, relevait que le budget alloué à la prévention, 54 millions d’euros, est largement insuffisant compte tenu du coût global pour la collectivité le prise en charge du VIH qui s’élève à 1,1 milliard d’euros.

Faisant la même analyse, Marie-George Buffet, présidente PCF du groupe d’étude sur le sida à l’Assemblée nationale, a demandé mercredi à Roselyne Bachelot, de garantir aux associations de lutte contre le VIH, « des moyens plus stables et plus importants ». Faisant part de son « inquiétude », l’élue s’inquiète des annonces de baisses de subventions par les ARS et souligne qu’« on ne peut demander aux femmes et aux hommes de ce pays d’assumer leurs responsabilités individuelles si la collectivité, elle-même, ne remplit pas son rôle en matière d’éducation et de prévention »

Comme Aides, Marie-George Buffet demande que soient communiqués publiquement les montants alloués à la lutte contre le sida dans chaque région, ainsi que les mesures que compte prendre le ministère pour garantir aux associations des moyens plus stables et plus importants.

  • DES AVIS D’EXPERTS SANS SUITES PUBLIQUES POUR L’HEURE

Cette annonce intervient alors que les avis d’experts soulignant le besoin de renouvellement et d’accroissement de la lutte contre le sida se succèdent.

Après l’avis de la Haute Autorité de Santé(HAS) préconisant la généralisation du dépistage, aucune mesure n’a été prise pour l’heure par le ministère sauf celle à financer des projets de recherches biomédicales sur les Tests de Dépistage à résultat Rapide (TDR) mais qui ne s’achèveront que dans deux ans. Également, le rapport Lert-Pialoux sur la Prévention et réduction des risques dans les groupes à haut risque vis-à-vis du VIH et des IST et qui contient un nombre important de recommandations n’est pour l’heure pas suivi d’effets ni d’annonces. Les associations s’alarment de la position française concernant les accords internationaux sur les médicaments génériques comme sur le financement du Fond mondial de lutte contre le Sida. Ils ont manifesté sur le sujet leur mécontentement lors de l’intervention de l’ambassadeur français chargé du sida à la conférence Francophone VIH/sida de Casablanca cette semaine en lui tournant le dos. Enfin, le d’habitude policé Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale de la recherche sur le sida et les hépatites (ANRS), a en prélude au Sidaction lancé un appel au secours estimant que l’agence était en « quasi-faillite » et qu’il manquait pour l’année 2011 de « 15 à 20 millions de plus » que le budget actuel déjà très insuffisant (article).

Roselyne Bachelot intervenait, hier sur France 3, dans l’émission Pièces à conviction consacrée à la Grippe A. Elle a eu l’occasion de défendre sa gestion de la crise avançant que les actions entreprises et le budget engagé (estimé entre 1 et 2 milliard d’euros) répondait à des « raisons éthiques et scientifiques », données scientifiques dont elle disposait qui faisait état de plusieurs dizaines de milliers de décès potentiels. LInstitut National de Veille Sanitaire (InVS) a officiellement publié le nombre de décès dus à la grippe A-H1N1 : 48 décès pour l’heure enregistrés.

Concernant la gestion de la grippe A, la ministre avance avoir « bien vu au fur et à mesure des éléments qui arrivent (...) je me suis toujours appuyé sur les avis les plus convergents ». Alors donnons à la ministre des chiffres non pas convergents mais établis pour la France en matière de VIH : entre 130 000 et 150 000 séropositifs, 1 500 décès annuels, de 7 000 à 8 000 contaminations chaque année, de 30 000 à 40 000 personnes qui ignoreraient leur séropositivité, un taux de prévalence pour la seule communauté homosexuelle estimé entre 10 et 18% et un taux d’incidence annuel variant de 1% à 3% toujours concernant les gays. L’épidémie a fait 25 millions de morts dans le monde depuis son apparition...

« Il était normal que face à une épidémie de grippe nous fassions le plus grand effort pour protéger nos concitoyens » a déclaré Roselyne Bachelot concernant la Grippe A. Nous attendons de même concernant l’épidémie de sida.

Alors divorce consommé, rupture passagère ou désaccords conjugaux entre celle dont l’aura de marraine du Pacs s’étiole au fil du temps et les associations LGBT et de lutte contre le vih ? Manifestement un désamour larvé. S’il n’avait pas des effets en termes de santé publique et de santé communautaire, cela tiendrait du seul registre sentimental et de l’anecdote.

En attendant une clarification du ministère sur le sujet, Aides prévoit une fermeture de l’ensemble de ses délégations le 7 avril prochain, journée mondiale de la Santé, pour montrer symboliquement ce qui risque dans les faits de se produire en cas de baisse des subventions dédiées à la lutte contre le Sida.

Source : CitéGay