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Garçon stupide
Éclairage sur un second rôle
par  Steve , le samedi 8 mai 2004, vu 267 fois
Tags : - Cinéma

Entretien avec Hervé D., un garçon surprenant et entier qui joue un rôle de passage dans Garçon stupide, le dernier film de Lionel Baier. Le jeune homme y incarne le plan d’un soir, celui qui, derrière son costume de jeune commercial, cache piercings et tatouages. Mais où s’arrête la fiction et où commence la réalité ?

SD : Comment as-tu pris part au film ?

C’est très simple : j’ai répondu à une annonce publiée par Lionel sur GayRomandie.ch. Il demandait une personne prête à faire du cinéma et à dévoiler son corps dans des versions « soft ». J’ai donc pris contact avec Lionel et son assistante. On m’a demandé ce que j’étais prêt à faire et à ne pas faire. Trois semaine après, des essais ont été faits et le tournage a suivi.      

SD : Ah ! ben gayromandie.ch semble être responsable de la naissance d’une nouvelle star (rires)

SD : Lionel avait-il déjà une idée précise du personnage que tu devais jouer ?

Je ne sais pas s’il avait une idée précise. Néanmoins, il savait ce qu’il pouvait me demander après les essais de tournage.

SL : Donc, il y a une part autobiographique dans le personnage qu’on voit à l’écran ?

C’est même totalement autobiographique dans le sens où je n’avais pas de scénario à suivre. C’était totalement freelance. Il y avait 90 % d’improvisation et 10 % de direction. Il y avait juste un fil rouge qu’il fallait garder en vue avec, pour le reste, une liberté assez large. Sachant qu’aucune scène hard n’allait être tournée, la scène s’est presque tournée naturellement.

SD : Tu fais déjà du théâtre en tant qu’amateur ?

Non, rien. Je n’ai jamais suivi de cours, rien du tout.

SD : Ce n’était pas angoissant comme défi ?

Non, dans le sens où il y avait une part exhibitionniste de ma part, donc ça ne m’a pas dérangé outre mesure.

SD : Tu m’as dit travailler dans le milieu commercial. Ne crains-tu pas que tes collègues et tes patrons ne te voient nu dans le film, manipulant un godemiché, etc. ? (Rires) Ce n’est pas anodin comme scène. SL : As-tu été renvoyé depuis ? (Rires)

Non, pas encore. J’ai des patrons qui sont des amis. Ils me connaissent bien. Ma vie n’est pas un secret pour eux. Je leur ai dit que je tournais dans ce film. À ce jour, ils ne sont pas allés le voir. Maintenant, ce qu’ils pensent du film m’importe peu puisque je me suis lancé dans cette aventure pour moi avant tout.

SD : Comment ton copain a-t-il réagi face au film ?

Mon copain s’est montré très ouvert. Ce qui l’a dérangé, c’est qu’il n’a pas vu un Hervé acteur mais l’Hervé qu’il a l’habitude de côtoyer. Il cherchait le rôle, la notion d’acteur. Mais je lui ai expliqué après le film que je n’avais pas de scénario à suivre : c’était moi.

SD : Tu joues donc ton propre rôle ?

Je joue mon propre rôle, oui… au risque d’en choquer certains.

SL : Si l’on considère l’évolution de Loïc dans le film, qui aligne les plans cul pour changer de style de vie à la fin, n’es-tu pas gêné d’être présenté comme le côté négatif du milieu gay ?

Non, dans le sens où le film cherche à faire ressortir le mal-être et l’évolution personnelle de Loïc. Le film expose par ailleurs la diversité du milieu gay. Certains ne cherchent que des plans furtifs et cachés, alors que d’autres recherchent une relation durable. J’avais quant à moi un rôle de passage, ce qui ne me dérange pas car c’est aussi une réalité du milieu gay.

SD : Comment est Lionel en tournage ? Est-ce quelqu’un de calme et posé ou est-il un producteur hystérique à l’hollywoodienne ?

Pas du tout, c’est quelqu’un de très posé. Il sait ce qu’il veut faire sans être pour autant dirigiste. Il y avait un fil rouge, mais nous avions beaucoup de liberté.

SL : J’ai une question qui n’a rien à voir avec le film. Ces piercings et ces tatouages ont sans doute une raison, une histoire. Tu nous en parles ?

J’ai toujours apprécié les piercings. J’en ai cinq actuellement. Quant aux tatouages, j’ai commencé par un petit lézard. Plus tard, j’ai eu envie d’autre chose. Je me suis donc tourné vers le style japonais. Depuis le film, je suis encore plus tatoué. Bien qu’on puisse savoir que je suis tatoué, je n’en ai pas sur les parties les plus visibles de mon corps (mains, visage). C’est donc quelque chose qui m’est personnel et intime. Je les fais pour moi avant tout.

SD : Finalement qu’est que tu retires de ce film, que t’a-t-il apporté ?

Grâce à ce film, j’ai réalisé la moitié de l’un de mes fantasmes : jouer un rôle et faire un film.

SD : Finalement, c’est comme le tatouage : on commence par un petit rôle et on ne peut plus s’arrêter ensuite (rires)

Steve et Steven