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Les parents d’homos doivent eux aussi faire leur coming (...) Olivier Fleury fait un amalgame inacceptable entre homosexualité, (...)
Gays au travail
par  la rédaction, le mardi 10 janvier 2012, vu 458 fois

Emploi Le bureau est souvent le dernier lieu du coming out

De plus en plus d’associations existent cependant dans les entreprises

Arriver au bureau le lundi matin et s’inventer un week-end avec un amoureux de l’autre sexe. Eluder les questions trop personnelles. Faire semblant de rire aux blagues sur les « pédés ». Ou encore supporter les remarques d’un collègue avertissant chaque nouvelle recrue féminine de la présence d’une lesbienne dans l’entreprise. Le travail est, pour nombre d’homosexuels, le dernier lieu où l’on fait son coming out. De plus en plus d’associations professionnelles existent cependant, de Pride UBS à Pink Cop en passant par Medigay ou Pink Rail. Et le thème des prochaines assises genevoises contre l’homophobie, en 2013, sera celui du monde du travail.

« C’est un enjeu important, note Alexandre Curchod, avocat et coauteur d’un ouvrage sur les droits des homosexuels en Suisse [1]. Il existe bien une protection sur le plan juridique, mais contrairement aux autres minorités, les gays sont invisibles. Il est donc plus facile de raconter des histoires homophobes en présence d’un homosexuel que des gags racistes avec un Noir dans la pièce. Le coming out est une protection. » Tant qu’il n’est pas fait, beaucoup décrivent un quotidien difficile. « Mes collègues prêchaient le faux pour connaître le vrai, ils sollicitaient mon avis sur des filles, faisaient mine de me les présenter. Je devais botter en touche en permanence, confirme Francesco. Il est difficile de s’intégrer dans une équipe si l’on n’évoque jamais sa vie privée mais à l’inverse, on peut vite être considéré comme une pédale qui en fait trop si l’on se met à parler. »

La transparence n’est pas facile à atteindre et beaucoup préfèrent s’abstenir, craignant pour leur carrière. De fait, les exemples de discriminations à l’encontre des minorités sexuelles sont relativement nombreux, du juriste qu’un associé a refusé d’intégrer à son cabinet à la fonctionnaire moquée en passant par le vendeur dont le contrat n’a pas été reconduit. « Dans beaucoup de milieux, aussi longtemps que vous restez discret, tout va bien. Pour moi, les choses ont commencé à être délicates lorsque je me suis engagée publiquement en faveur du partenariat enregistré. Mes supérieurs m’ont alors demandé de ne pas divulguer le nom de l’entreprise dans la presse afin d’éviter tout amalgame », se souvient Barbara Lenthemann, nouvelle secrétaire romande de Pink Cross. « Certaines sociétés nous précisaient clairement qu’elles ne voulaient pas de candidats homosexuels ou efféminés », admet Aude, ancienne employée d’une agence de placement. Alicia, elle, a vécu une marginalisation d’un autre type. Transgenre, elle s’est vu octroyer un emploi moins intéressant et moins rétribué après sa « réassignation sexuelle » : « J’ai un budget très inférieur, je ne traite plus de grosses affaires. Je suis passée en 24 heures de quelqu’un que l’on écoutait à une personne devant se battre pour être saluée. Cela tient à la fois au fait d’être femme et transidentitaire. »

Publiquement en tout cas, nombreuses sont les entreprises à avoir signé la Charte de la diversité ou à mentionner un principe de non-discrimination dans leur règlement. « Selon le droit du travail, des mesures préventives doivent être prises afin d’éviter les ­atteintes à la personnalité. Or beaucoup d’employeurs, les petites sociétés notamment, ne le savent pas. Cette charte rappelle cela, c’est un acte fort pour la société et un argument pour les personnes pouvant être discriminées », note l’avocat Michel Rossinelli, initiateur du texte.

Un premier pas, aussi, qui peut encourager les salariés à faire leur coming out. « Le coming out est bénéfique pour tout le monde, martèle Dominique Rachex, responsable du groupe régional de Network à Genève, réseau de cadres dirigeants, indépendants, artistes et étudiants homosexuels. Etre obligé de parler de sa copine alors que l’on a passé les vacances avec un copain aboutit à un sentiment de non-appartenance, or l’intégration est capitale pour la réussite personnelle et celle de l’entreprise. »

La démarche est évidemment plus évidente dans certains milieux que dans d’autres. Mathieu, qui travaille dans le monde du luxe et de la cosmétique, n’éprouve aucune gêne à parler de ses préférences sexuelles : « C’est tellement courant, évident, que le coming out n’est pas un sujet. » Lauren, policière, a davantage de réticences. Quant à Nathalie, salariée d’un grand groupe vaudois, elle a bénéficié d’un « congé paternité » à la naissance de l’enfant porté par sa compagne. « Il y a des secteurs où l’homosexualité est perçue comme une plus-value, dans la mode par exemple ou pour les emplois exigeant une grande flexibilité et donc pas d’enfants, poursuit Dominique Rachex. Dans ce cas, on le dit beaucoup plus facilement que dans une petite entreprise de carrosserie. »

Ou dans l’armée ? Le colonel EMG Beat Steinmann, qui préside l’association Queer Officers, relativise : « L’armée est sans doute un milieu machiste où certains peinent à voir un homosexuel dans un char de combat. Il est difficile pour les officiers de faire leur coming out, dans la mesure où leur carrière dépend beaucoup de leur supérieur. Cela dit, le haut commandement a signé en 2008 un ordre de la diversité. Cela fait de notre armée l’une des plus avancées sur le sujet. » Un arc-en-ciel dans une pluie de kaki.

Source : Le Temps

Notes

[1] Ziegler A. R., Herz N., Bertschi M., Montini M., Curchod A., Droits des gays et lesbiennes en Suisse, Stämpfli Editions, Berne 2007.