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Prévention
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Groupe d’experts :
"Il faut renforcer la lutte
dans les groupes cibles"
par  la rédaction, le samedi 13 février 2010, vu 234 fois

Afin de décider de l’avenir du programme national de lutte contre le sida après 2010, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a chargé un panel international d’experts de dresser un état des lieux de la politique actuelle en matière de VIH/SIDA en Suisse et de formuler leurs recommandations en la matière.

Il leur a été demandé de répondre à trois questions :

  • Comment minimiser la transmission du VIH en Suisse ?
  • Comment assurer le dépistage à temps des personnes infectées, leur prise en charge médicale et leur adhésion thérapeutique ?
  • Comment aménager au mieux la politique suisse en matière de VIH pour ce qui est de la division du travail, des ressources et des incitations (gouvernance) ?

Les recommandations portent donc à tous niveaux de l’organisation de la lutte contre le sida en recentrant les efforts, ce qui est communément accepté aujourd’hui, à savoir sur un renforcement des actions de santé à destination des HSH (hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes), aux communautés de migrants et aux personnes séropositives.

Si l’on regarde plus précisément ce qui est recommandé en matière de gouvernance. Le groupe d’experts préconise, d’une part, la création d’une organisation nationale de santé pour les gays afin que le monopole national de la lutte contre le sida chez les gays ne soit plus uniquement entre les mains de l’Aide Suisse contre sida (ASS), qui semble essoufflée en ce domaine. D’autre part le renforcement de l’action auprès des migrants dans une approche plus globale de leurs besoins de santé (santé en générale, logement, intégration, emploi, etc.) avec la création des partenariats nécessaires pour cela. Enfin, le groupe d’experts recommande un soutien aux associations de personnes séropositives, l’objectif directe n’est pas celui d’un plaidoyer pour leur qualité de vie mais pour une plus grande implication de ces derniers dans la prévention, à l’heure où émerge le concept nouveau ou pas, à vous d’en juger, de « prévention positive ».

Source : Groupe Sida Genève - Fil Rouge.


- Extrait du rapport -

4.1 Recommandations concernant la prévention primaire pour les gays et autres HSH

En Suisse, le nombre de nouveaux diagnostics VIH dans le groupe des HSH a passé de 174 en 2004 à 334 en 2008, ce qui équivaut à une augmentation en termes absolus mais aussi relatifs par rapport à d’autres voies de transmission. En 2004, 23,5 % de toutes les nouvelles infections diagnostiquées touchaient des HSH ; en 2008, cette proportion était de 43 %. Il s’agit donc du groupe de population le plus affecté par le VIH en Suisse.

  • 4.a Renforcer la prévention destinée aux gays et aux autres HSH

La politique suisse en matière de VIH doit accorder la priorité absolue aux activités de prévention destinées à ce groupe de population. Le panel d’experts reconnaît que l’ASS et ses organisations membres en font beaucoup dans ce domaine, mais il n’est pas convaincu que ces activités s’inscrivent dans une démarche pertinente et innovante. Selon les experts, ce n’est pas la quantité des projets ou des sites qui importe, mais le fait que les efforts de prévention destinés à ce groupe de population procèdent d’une approche globale et cohérente, fondée sur une typologie des prises de risques, et différenciée en fonction des différents sous-groupes de HSH et des situations à risque respectives. Les critères d’évaluation de ce travail de prévention pourraient s’appuyer sur une série de facteurs comme les indicateurs de la surveillance comportementale et l’évolution du nombre de nouvelles infections dans le groupe en question. En clair : le panel d’experts recommande de renforcer le travail de prévention avec et pour les HSH, plus spécialement ceux qui s’identifient comme gays.

  • 4.b Développer une stratégie de prévention cohérente pour gays et autres HSH

Le panel d’experts a d’abord pensé qu’il manquait une stratégie de prévention globale explicitement destinée aux gays et autres HSH. En juin 2009, il a pris connaissance d’un document remis par la direction de l’ASS (« Stratégie HSH »), qui tient toutefois davantage d’une esquisse de projet que d’une stratégie cohérente. Les activités de l’ASS et de ses organisations membres, sans conteste multiples et variées, semblent s’additionner plutôt que se conjuguer judicieusement. Une stratégie pour HSH au sens où nous l’entendons devrait montrer comment les différentes approches et interventions de prévention sont reliées les unes aux autres, compte tenu des défis décrits au chapitre 2 (cf. rapport complet).

Premièrement, une stratégie nationale pour gays et HSH devrait clarifier la notion de « prévention médicale » souvent utilisée par les acteurs suisses interviewés en mai 2009. Les offres de conseil et de dépistage à bas seuil basées sur la communauté (checkpoints à Genève et Zurich) semblent en être l’élément clé. Le checkpoint de Zurich fournit la palette de prestations la plus complète, y inclus la prophylaxie post-exposition (PEP), le test VIH et IST, le traitement et les soins, le soutien psychologique et le conseil. En 2007, le checkpoint Zurich a lancé en plus le projet « checkpoint mobile », avec des tests sur place lors de parties sexuelles, dans les dark rooms, les saunas, etc. Le panel d’experts approuve ce développement, mais souligne la nécessité de clarifier le rôle des checkpoints dans la stratégie nationale et de développer plus avant le concept de « prévention médicale ». Ce concept devrait mettre en lumière les articulations entre prévention comportementale, prévention basée sur la communauté et prévention médicale. Comme cette approche combine les instruments de la prévention de manière nouvelle, elle doit faire l’objet d’un accompagnement et d’une évaluation scientifiques.

Deuxièmement, la «  Déclaration de la CFSP sur la non infectiosité » (Vernazza et al. 2008 les conséquences) et ses effets, la disponibilité de la PEP et les connaissances au sujet de la primo-infection doivent être placées dans le contexte de la stratégie de prévention globale pour les HSH. La CFPS (Commission Fédérale pour les Problèmes liés au Sida) est une commission extraparlementaire instituée par le Conseil fédéral, qui fournit un soutien stratégique et spécialisé à l’OFSP. Dans sa déclaration, la CFSP postule que les personnes VIH-positives ne souffrant d’aucune autre IST et qui suivent une thérapie efficace ne transmettent pas l’infection par voie sexuelle (Vernazza et al. 2008).

Troisièmement, pour ce qui concerne la prévention comportementale, la stratégie doit considérer les mesures de réduction des risques comme le sérosorting (sélection du partenaire d’après son statut sérologique), le positionnement stratégique (choix de la position active ou réceptive selon le statut sérologique, fondé sur le fait que la personne active est moins exposée à la transmission du VIH que la personne réceptive) et le retrait avant éjaculation, mesures qui semblent être couramment pratiquées par les HSH en Suisse.

Quatrièmement, une stratégie globale de prévention pour HSH doit cibler de manière différenciée les sous-groupes de HSH, à savoir les gays s’identifiant comme tels, les hommes bisexuels et les sex workers masculins (MSW), et tenir compte d’autres paramètres encore comme l’âge, les préférences sexuelles, etc.

Finalement, la stratégie globale que nous venons de décrire doit encore inclure des mesures de prévention structurelle : efforts politiques pour prévenir la discrimination et la stigmatisation, et mise à disposition de matériel de protection dans les endroits où se déroulent les contacts sexuels. Le panel d’experts approuve l’introduction et la mise en œuvre de la Charte de prévention pour les établissements gays par l’Association des entreprises gay Suisse (VEGAS) et reconnaît les efforts consentis pour combattre la discrimination sociale et en matière judiciaire. Il recommande le renforcement de ces initiatives et le développement d’approches nouvelles. Le panel d’experts a noté avec intérêt et satisfaction le développement d’un travail de prévention plus nuancé à Genève, où Dialogai s’adresse aux hommes gays s’identifiant en tant que tels et Groupe SIDA Genève plutôt aux autres HSH dans leurs futures campagnes de prévention. Cette différenciation des activités de prévention et la division du travail doivent être activement encouragées, et les effets de ce partage de compétences évalués.

La stratégie globale de prévention à l’attention des HSH doit pouvoir s’appuyer sur les données de la recherche et de la surveillance, et encourager l’implication de la communauté gay et des autres groupes de HSH (par ex. les MSW). Elle doit diffuser des messages de prévention cohérents et définir les efforts structurels à faire pour favoriser l’adoption d’un comportement de protection au niveau individuel.

  • 4.c Promouvoir les approches participatives

Les experts partagent l’idée que les approches participatives doivent être renforcées, non seulement au niveau de la prestation de mesures de prévention, mais aussi à celui de la conception d’interventions qui répondent aux besoins des HSH. Encore faut-il que ces approches participatives et/ou basées sur la communauté soient adaptées aux structures et caractéristiques changeantes des sous-groupes gay. Le panel d’experts reconnaît que la professionnalisation progressive du travail VIH pourrait entraver de telles initiatives. Il souligne néanmoins la nécessité absolue d’impliquer la communauté et de s’appuyer davantage sur la recherche en sciences sociales (recherche participative basée sur la communauté). Le site www.loge70.ch développé par l’association Loge 70, l’ASS et la Aids-Hilfe Zurich est, à ce titre, considéré comme un bon exemple.

  • 4.d Mieux adapter les messages et les mesures en fonction des sous-groupes de la communauté gay et des aspects contextuels de la prise de risques

La prévention primaire destinée aux gays doit refléter la diversité de ce groupe cible et tenir compte de facteurs contextuels – différences régionales/locales, âge, style de vie, lieux de rencontre, origine ethnique, consommation de drogues, santé mentale et autres (par ex. sérosorting) – qui influent sur le comportement sexuel à risques. Les messages de prévention spécifiques doivent être étayés par la recherche et tenir compte des stratégies de réduction des risques en usages dans les groupes-cibles. Il faudrait par exemple envisager de diffuser des messages nuancés selon les différents groupes d’âge.

  • 4.e Mieux reconnaître le potentiel de l’Internet et des nouveaux médias et mieux l’exploiter

Le panel d’experts reconnaît que l’OFSP et l’ASS ont su faire bon usage de l’Internet dans leurs projets de prévention (par ex. www.drgray.ch). Il recommande d’intensifier encore l’utilisation de l’Internet – fortement mis à contribution, notamment, pour la recherche de partenaires dans les milieux gays – et des autres nouveaux médias, d’autant que la demande est grande.


7.2 Recommandation pour la gouvernance concernant les HSH

  • 7.c Créer une organisation nationale de santé pour les gays

Se fondant sur des entretiens avec des représentants des milieux gay, le panel d’experts a eu l’impression que les associations gay ne se sentent pas vraiment représentées par l’ASS qui, à leur avis, ne fait pas un travail de prévention clairement axé sur les gays et les HSH. Ceci est d’autant plus problématique que le nombre de nouvelles infections a constamment augmenté dans ce segment de population (de 159 en 2003 à 327 in 2008).

Le panel d’experts recommande la création d’une organisation nationale de santé pour gays. Cette nouvelle structure pourrait être placée sous la responsabilité de l’ASS tout en restant largement indépendante, ou alors être établie comme organisation autonome – la décision à ce sujet doit être négociée entre les partenaires concernés. Il est vital que cette organisation ait une identité gay et fasse un travail de prévention durable pour les gays et les autres HSH. Elle ne doit pas se focaliser uniquement sur le VIH mais sur la santé sexuelle en général. En outre, elle doit aborder des questions contextuelles (par ex. consommation de drogues, santé mentale, prostitution masculine, etc.) et inclure les gays VIH-positifs. En clair : la nouvelle organisation gay doit reposer sur un concept stratégique global de santé sexuelle.

De l’avis des experts, ladite organisation doit être créée par des associations d’entraide à forte identité gay comme Dialogai, VoGay, les checkpoints à Genève et Zurich, Loge 70 et Pink Cross. Même si elle n’est pas à proprement parler une organisation de lutte contre le VIH, Pink Cross devrait être impliquée dans la formulation de la stratégie. Elle est l’association faîtière des organisations gay au niveau suisse et représente environ 8’000 homosexuels (gays, lesbiennes et transsexuels) issus des quatre régions linguistiques du pays. Pink Cross défend les intérêts de ses membres face aux autorités et à l’opinion publique et milite pour faire reconnaître le mode de vie homosexuel au même titre que les autres.

La section SIDA de l’OFSP, en tant que responsable fédéral de la politique VIH en Suisse, est appelé à collaborer étroitement avec les associations de la base dans le cadre de ce projet.

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