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Société
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Haidar, 14 ans, veut bannir l’homophobie des préaux
par  la rédaction, le mardi 1er février 2011, vu 420 fois

L’adolescent lausannois est décidé à combattre les attaques visant les homosexuels à l’école

Physiquement, il fait plus mûr que son âge. Et lorsqu’il s’exprime, on donnerait à Haidar Hussain la majorité les yeux fermés. Mais c’est un grand enfant de seulement 14 ans qui monte aux barricades pour faire la guerre à ce qu’il présente comme un fléau : l’homophobie en milieu scolaire.

Ado très engagé, le Lausannois n’a pas hésité à prendre la parole lors du dernier Conseil des jeunes pour dénoncer le phénomène. « Les insultes type « pédé », « tapette », « enculé », « pédale », « gouine » ou « camionneuse », j’en entends tous les jours dans mon collège, raconte-t-il. Il y a un gros problème et personne ne réagit ; j’ai l’impression que cette question est taboue. »

Acculés par les brimades à un âge où assumer sa différence est déjà une lutte, certains de ses amis ont envisagé le suicide. « Et je ne compte pas les personnes isolées et mal dans leur peau, insiste-t-il. Ces attaques peuvent avoir de lourdes conséquences. »

Le jeune Lausannois dresse un tableau sombre de la réalité des préaux, infiltrés par la « haine ». « On pense généralement que c’est une déviance. Et si quelqu’un ose l’assumer, c’est encore pire, il s’en prend plein la figure. » Et de déplorer que certains de ses camarades assimilent homosexualité et pédophilie ou sont persuadés que la pratique est interdite par la loi. « A l’école, respecter les homos est considéré comme une véritable atteinte à la virilité », résume-t-il.

  • Combattre l’ignorance

Convaincu que la cause première de l’homophobie est l’ignorance, Haidar se tourne aujourd’hui vers le système éducatif pour renverser la vapeur.

Une commission dévolue au sujet vient d’être mise sur pied sous sa houlette via le Conseil des jeunes. Son projet ? « Deux à trois heures en 5e et 8e année où des professionnels passeraient dans les classes pour expliquer que l’homosexualité n’est pas une maladie ni un choix. Que c’est de l’amour, des sentiments. Et que l’homophobie est aussi ignoble que le racisme et que toute autre forme de discrimination. »

Une idée tout à fait envisageable, estime l’enseignante et présidente de l’Association Mosaic-info, Elisabeth Thorens-Gaud, bien placée pour constater les ravages de l’homophobie chez les jeunes. « Je reçois régulièrement des e-mails de personnes rassurées par l’existence de l’association. Un message d’appel au secours, « SOS, aidez-moi ! », m’a vraiment touchée. » Nommée récemment au poste d’attachée aux questions d’homophobie et de diversité pour Vaud et Genève, elle travaille actuellement au renforcement de la sensibilisation au sein des écoles (lire ci-dessous).

  • Doutes sur la prévention

Sur le papier, la Fondation Profa est chargée d’aborder l’homosexualité dans les classes. Haidar tempère : « Je n’ai jamais entendu un mot sur le sujet. C’est le néant . »


Les choses bougent en haut lieu

Porté par une volonté politique de lutter contre les préjugés dont peuvent être victimes gays et lesbiennes en milieu scolaire, le canton planche actuellement sur une redéfinition de la place dévolue au traitement de l’homosexualité dans le cadre de l’éducation sexuelle. « Nous pensons que l’orientation sexuelle fait partie des thèmes incontournables qui doivent être abordés, réagit Serge Loutan, chef du Service de l’enseignement spécialisé en charge de la santé. Un groupe de travail rendra à la fin de l’année scolaire ses conclusions sur l’opportunité, la manière de le faire et à quel âge. »

La nouvelle attachée aux questions d’homophobie et de diversité, Elisabeth Thorens-Gaud, participe aux débats. Elle relève qu’actuellement, Profa n’a pas toujours le temps de traiter le sujet. « Nous sommes en train de redéfinir ensemble ses prestations. Mais ce qui est sûr, c’est que dire à un directeur ou à un enseignant de mettre en place un cours sur l’homophobie, ça ne marchera pas. Il faut d’abord expliquer pourquoi il est important d’en parler, parce que la façon dont les personnes se situent par rapport au sujet joue également un grand rôle. Elles ne sont pas toujours à l’aise. »

En parallèle de ce travail de fond, un concours d’affiches ouvert aux 16-25 ans sur le thème de l’homophobie a été lancé afin d’illustrer une campagne de prévention. Délai d’envoi des illustrations : 25 mars. « On compte beaucoup sur cette action pour permettre aux adolescents homosexuels de ne pas être victimes de leur sexualité », réagit Alain Bouquet, futur directeur de l’enseignement obligatoire vaudois. Il estime que le thème doit être abordé au moins une fois dans la vie d’un élève. « Par exemple lors d’une journée pédagogique ou avec un animateur de Profa. Et si un enfant est brimé à l’école, nous avons le devoir d’intervenir. »

Source : Marie Nicollier pour 24 Heures