Accueil du site > Santé > Santé Jeunes > Hétérosexuels, mais pas homophobes
Santé Jeunes
« Il faut enseigner le respect de la différence » « Non, l’homosexualité n’est pas contagieuse »
Hétérosexuels, mais pas homophobes
par  la rédaction, le mardi 6 mars 2012, vu 2974 fois

► Jeunes vs Homophobie - un projet du Conseil des Jeunes de Lausanne.

Vous êtes-vous déjà demandé quelle aurait été votre vie si vous étiez homosexuel ? Comment vous l’auriez annoncé à votre famille, à vos collègues ? Et quel aurait été le regard de la société ? Des jeunes Lausannois m’ont posé ces questions en me demandant de participer à leur exposition « Jeunes vs homophobie »*. Et je me suis dit qu’être gay ou lesbienne aujourd’hui n’est pas si simple.

L’homophobie est encore très répandue. Les personnes homosexuelles subissent régulièrement des attaques verbales, voire des discriminations. Des études ont montré que le risque de suicide chez les jeunes homosexuels est nettement plus élevé, en raison du harcèlement dont ils sont victimes. C’est pourquoi ces initiatives de sensibilisation contre l’homophobie sont importantes, notamment dans les écoles.

En Suisse, la situation des homosexuels peut paraître relativement « confortable » quand on la compare avec le reste du monde. En Tunisie, le ministre des Droits de l’homme vient de déclarer que l’homosexualité est une perversion qui nécessite un traitement médical. En Ouganda, un projet de loi proposant d’introduire la peine de mort pour les personnes homosexuelles a été déposé devant le parlement. En Russie, l’assemblée municipale de Saint-Pétersbourg a voté la semaine passée une réglementation interdisant aux jeunes gays et lesbiennes de se réunir ou de communiquer sur l’homosexualité. En Iran, les gays risquent, s’ils sont découverts, d’être exécutés par l’Etat, qui les présente comme une menace pour la société.

Des pratiques « barbares », qui n’ont rien à voir avec nous ? Malheureusement non. L’Europe n’est pas à l’abri d’un retour en arrière : la Lituanie a notamment interdit toute « information qui dénigre les valeurs familiales basées sur l’union d’un homme et d’une femme » dans les écoles et dans les lieux accessibles aux jeunes. En clair : impossible pour un jeune homosexuel de pouvoir s’adresser à un médiateur scolaire pour lui poser des questions. On fait comme si l’homosexualité n’existait tout simplement pas !

Et chez nous ? En Suisse, les propos discriminatoires ou les appels à la haine contre les personnes homosexuelles ne peuvent pas être poursuivis, faute de loi contre la discrimination. L’orientation sexuelle et l’identité de genre ne sont pas même mentionnées de manière explicite dans notre Constitution en tant que motifs de discrimination.

Chaque personne devrait avoir le droit de vivre son orientation sexuelle sans être victime de discriminations ou d’agressions. La lutte contre l’homophobie passe par nous, les hétérosexuels : nous ne devons pas rester silencieux devant les insultes. Car l’amour est aussi un droit humain.

Manon Schick
Directrice d’Amnesty international Suisse

Source

* Exposition « Jeunes vs homophobie », du 7 au 17 mars au Forum de l’Hôtel de Ville, à Lausanne


Des points se lèvent contre l’homophobie

La commission homophobie du Conseil des Jeunes de Lausanne a mis sur pied toute une série de projets, dont deux semaines d’actions qui débutent demain

« Comme pour toutes les phobies, la peur vient de la méconnaissance », regrette Tanguy Ausloos, délégué à la Jeunesse. Agés de 15 à 21 ans, les huit jeunes de la commission homophobie du Conseil des Jeunes de Lausanne l’ont bien compris. Ils présenteront, dès demain au Forum de l’Hôtel de Ville, une exposition destinée à mettre fin à l’ignorance et donc à l’hostilité qui se manifeste trop souvent à l’encontre des homosexuels, filles ou garçons, qui essaient d’assumer leur orientation sexuelle.

Le projet n’a rien de lourd, ni de pontifiant : « C’est un regard jeune et naïf qui permet d’aborder la question sous un angle neuf, apprécie Tanguy Ausloos. Leur langage parle aux nouvelles générations. » Destinée aux jeunes, la manifestation est toutefois ouverte à un large public.

Durant deux semaines, toute une série d’actions ont été mises sur pied. Des vidéos humoristiques, des témoignages, des affiches emblématiques réalisées par de jeunes graphistes et des panneaux informatifs qui retracent l’histoire et les droits des homosexuels. Plusieurs personnalités romandes se sont prêtées au jeu. Dans un esprit solidaire, l’aéronaute Bertrand Piccard, le chanteur Bastian Baker ou encore le basketteur Thabo Sefolosha ont posé en brandissant un poing armé d’un gant aux couleurs de l’arc-en-ciel.

« Cet engagement démontre que tout le monde peut se sentir concerné. Les hétérosexuels également », note Tanguy Ausloos. Les visiteurs auront également l’occasion de manifester leur soutien en posant le poing levé.

La commission monte par ailleurs un spectacle interactif qui sera interprété par la troupe du Caméléon pour des classes de la 7e à la 9e année scolaire. Une autre manière de sensibiliser les ados aux violences homophobes dans un pays où près d’un jeune homosexuel sur quatre fait une tentative de suicide au cours de sa vie, selon une étude menée par le CHUV en 2000.

Un second axe de prévention reposera sur la mise à disposition d’un matériel didactique pour les enseignants. Ce kit leur fournira des outils pour leur permettre de prolonger cette action de prévention au sein des établissements scolaires. L’exposition est déjà très convoitée par les institutions. Le 17 mars, panneaux et affiches seront remballés pour une prochaine destination. « Nous allons rendre cette exposition itinérante », se réjouit Tanguy Ausloos. « Le Jura nous a déjà contactés pour présenter nos œuvres. »

Dès demain, Forum de l’Hôtel de Ville, Lausanne.

Laura Juliano


Source : 24Heures du 06.03.2012.