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Politique
Coming-out public d’une députée au Parlement 1er décembre Le mot de la présidence
-* Homocompatibilité
au Conseil des Etats -

Elections fédérales :
Les candidats vaudois sous la loupe
par  la rédaction, le dimanche 7 octobre 2007, vu 631 fois
Tags : - Vaud - Suisse - Homophobie - Elections

Gayromandie vous livre ses conclusions quant à « l’homocompatibilité » des candidats au Conseil des Etats. Il y a de quoi être « déçu en bien » et déçu tout court. Certains des candidats ont joué la carte du silence, c’est un peu méprisant pour notre rédaction et insultant pour nos 60’000 à 80’000 visiteurs uniques mensuels. Analyse des réponses et conseil de vote.

Pratiquement, nous avons envoyé aux dix candidats vaudois au Conseil des Etats l’article du 24H (voir ci-dessous) concernant le couple de filles insulté par le patron de la pizzeria du Corso (encore un annonceur potentiel qui va nous faire la tête !). Nous avons demandé à chaque candidat d’isoler les thématiques en jeu dans l’article et de se positionner par rapport à ces dernières. Cela nous a semblé plus adroit qu’un banal : « Etes-vous homophobe ? » et autre « Cela vous dérange-t-il qu’un couple homosexuel élève des enfants ? ». De plus, la marge de manœuvre laissée à nos candidats était passablement importante.


Premier point : Que penser de ceux qui n’ont pas répondu ?

Que MM Charles Favre (Parti Radical) et Guy Parmelin (UDC) nous aient snobés, il n’y a pas grande surprise. Chez ces gens-là, l’orientation sexuelle n’est pas un thème social. C’est une chose que l’on règle certainement dans leurs cercles familiaux en compagnie de professionnel(le)s …

M.Luc Recordon, faisant partie de la nébuleuse de gauche, aurait au moins pu se « fendre » d’une jolie phrase, à l’instar de Joseph Zisyadis (POP), avec son "Assez de discriminations sexuelles, liberté pour vivre son amour !" Moui, comme disait grand-maman, les belles paroles, ça rend les fous joyeux.


Silence socialiste versus « à côté de la plaque » démocrate-chrétien

La rédaction aurait aussi aimé une petite phrase même à l’emporte-pièce de Mme Géraldine Savary (Parti Socialiste). Apparemment, la candidate de gauche bon teint n’a pas envie de se mouiller et préfère les thématiques plus consensuelles liées à l’environnement !

Passons au camp des « méchants » de droite, avec une réponse de M. Jacques Neirynck (PDC) quasi aussi explicite qu’un silence :

« Si la version des deux clientes est exacte, il n’y a qu’à considérer le restaurateur comme un dangereux maniaque. Comme je ne suis pas juriste, je suis incapable de dire si l’expulsion d’un restaurant peut donner lieu à une action pénale. A titre d’anecdote, je me suis fait expulser du restaurant de la Dent de Jaman parce que j’avais demandé une glace sans chantilly. Le personnel des restaurants n’est parfois pas très bien élevé. C’est un fait lié à la modestie de sa rémunération, le peu de considération manifestée par les clients, le recours abondant à de la main d’œuvre au noir. »

Merci pour l’anecdote, vous l’aurez compris, la non-chantilly et l’homophobie même combat ! Voilà une cause sur laquelle devrait se pencher notre partenaire VoGay, nous attendons une déclaration officielle du président Derendinger sur le libre choix de la chantilly. Quant à M. Jacques Neyrinck, belle performance dans le genre « je me profile dans le camouflage ».


L’homophobie compréhensive à la mode protestante coince-coince

Parmi les « méchants » de droite, on trouve encore Maximilien Bernhard (UDF) avec la réponse suivante :

« La réaction du restaurateur était certainement excessive, et aurait mérité qu’il présente des excuses aux personnes incriminées. En revanche, le fait pour les deux femmes de s’embrasser en public était un geste maladroit et aurait à mon sens du être évité. Bien que la LPart ait été acceptée en votation populaire, l’homosexualité en elle-même n’est, de toute évidence, pas acceptée par une majorité de la population. Depuis plusieurs années, l’UDF affirme que l’homosexualité concerne avant tout la sphère privée, et non pas la sphère publique. Ces évènements lui donnent (une fois de plus) raison. Si ces femmes ne s’étaient pas embrassées publiquement, elles auraient évité ce qu’elles ont vécu. Pour passablement de nos concitoyens, le simple fait pour deux partenaires de même sexe de s’embrasser en public est ressenti comme une provocation. Il me semble dès lors qu’il serait plus sage d’y renoncer purement et simplement. Une manière « d’éviter de tendre le bâton pour se faire taper ».

Au-delà du préchi-précha tout baigné de la compassion protestante la plus acide, notre politique a tout de même le cran d’assumer – sous couvert de la paix sociale – son homophobie. Cet homme ne sera jamais votre meilleur ami, à coup sûr. Sa justification du retour au placard n’est pas sans rappeler la logique qui prévalut en Suisse, dès l’aube de la seconde guerre mondiale, et ferma la frontière aux Juifs étrangers, pour que cette communauté ne soit pas trop nombreuse, visible et n’attise pas ainsi l’antisémitisme des extrémistes suisses. Toutes ces mesures ne visaient qu’à assurer une vie « paisible » aux Juifs de nationalité suisse !!!


Les candidats gay-friendly, le choix politique de la rédaction

Après quelques hésitations, Marianne Huguenin (POP) a donné suite à notre demande. Il est normal qu’une élue aussi sincère et exposée craigne le piège. Voici sa réponse :

« Dur atterrissage pour Emilie et sa copine…Une telle expérience confronte en effet à l’homophobie existante, au fait que rien n’est gagné, aux explications qu’il faut encore donner, aux luttes qu’il faut encore mener.

Si les choses ont avancé de manière décisive dans nos pays ces 20 dernières années, si le peuple suisse a dit oui au Partenariat, les préjugés, les résistances et l’homophobie crasse n’ont pas disparu.

Cela permet de dire merci à toutes celles et ceux qui se sont engagés, avec courage, pour que cela change. C’est grâce à leur action qu’Emilie et sa copine trouvent tout normal de se montrer de la tendresse en public.

Alors courage Emilie. Comme dans les luttes sociales ou celles contre le racisme, il nous faut tous ensemble continuer à avancer : dans la vie, dans les mouvements sociaux, et dans la politique, pour réagir contre l’homophobie. »

Avec moins de cœur mais plus d’arguments, Jean-Michel Dolivo nous a répondu de façon magistrale. Sa réponse engage sa co-listière Naima Topkiran. Nous avions contacté conjointement les deux candidats, il faut donc considérer cette réponse comme émanant, dans le fond, de Mlle Topkiran aussi.

« Malgré l’entrée en vigueur cette année de la Loi sur le partenariat enregistré, les discriminations envers les lesbiennes, les gays, les bisexuels et les transsexuels (LGBT) sont bien réelles. Cette loi constitue avant tout en une acceptation formelle de certains droits pour les gays. Force est cependant de constater que tout acte d’affection entre deux hommes ou deux femmes est concrètement impossible dans les rues suisses. De surcroît, le stigmate "maladie/perversion" demeure une première source de discrimination au sein de la famille et de l’école, avec un suicide de jeunes sur quatre à cause de ces « problèmes » (sic). Je note que les associations LGBT voient leurs subsides pour la prévention du Sida et du suicide diminuer. L’idée courante de couples homos bons consommateurs, avec deux revenus et pas d’enfants, est également un leurre : une étude menée à Genève et à Lausanne en 2002 montre que le salaire médian des gays est inférieur de 1’000 francs à celui des hommes hétérosexuels. L’orientation sexuelle n’a pas à faire l’objet de discriminations persistantes. Je m’engage, avec Naima Topkiran, à soutenir activement toutes mesures visant l’accès plein et entier à la citoyenneté des LGBT. »


Les réponses et autres non-réponses apportées par les candidats vaudois nous donnent toute la mesure de la lutte qu’ils nous restent à mener ou reprendre. Nous ne parlons pas du travail régulier des intervenants de la prévention Sida et suicide. Nous pensons à un véritable lobbying politique gay. Il ne suffit pas de boîtes, de soirées, de lieux de drague certifiés safe ou non pour que la communauté gay soit épanouie. Alors que le ciel se couvre, nous n’avons même pas encore fini notre complète sortie du placard. La LPart, en dépit des progrès qu’elle a pu apporter, ne doit pas nous être un oreiller de paresse. Tous les membres de la communauté ne se reconnaissent pas dans l’idéal d’un mariage petit bourgeois. Mais nous, les membres de la communauté gay (sous-entendu LGBT), avons droit au respect et à l’acceptation de notre orientation sexuelle. Jusqu’au 21 octobre, pensez-y ! votez en connaissance de cause.



24 Heures du samedi 26 mai 2007

Un bisou entre femmes plutôt mal digéré par un restaurateur

INDIGNATION

Priées de quitter le restaurant lausannois dans lequel elles dînaient, à cause d’un échange de baisers, Emilie et Amanda disent avoir été « choquées par l’attitude homophobe du patron ». Ce dernier prétend au contraire être très ouvert, et parle « d’un comportement déplacé de la part des jeunes femmes

Les clients d’un établissement de la rue de Bourg ont assisté, jeudi passé, à une scène plutôt inhabituelle. Deux femmes qui venaient d’échanger un baiser ont été apostrophées par l’un des responsables du restaurant, visiblement agacé par leur comportement. « Cessez immédiatement ou alors allez faire ça chez vous ! » leur aurait-il lancé depuis l’autre bout de la salle. Choqué, le couple a quitté les lieux sous les regards gênés des autres clients.

Pas homophobe, mais …

« Notre attitude n’était pourtant pas provocatrice, explique Emilie Bovet, 26 ans. On ne s’est pas plus embrassé que n’importe quel autre couple. Vers la fin du repas, je me suis levée, mon amie a passé son bras autour de ma taille et je lui ai fait un bisou sur le front. » Un geste qui a provoqué la colère de Placido Arcoria, 57 ans, associé du patron de la pizzeria Il Corso. Il affirme avoir été surpris par une attitude qu’il qualifie de déplacée. « Elles se sont embrassées plusieurs fois, dit-il. Je n’ai rien contre les gays, mais là c’était trop. Ce genre de comportement n’a pas sa place dans un établissement public. »

Deux versions

Avant de partir, les deux femmes ont fait part de leur indignation au restaurateur en colère. « Je lui ai notamment demandé ce que faisaient des statues de Néron, qui était homosexuel, dans son établissement », déclare Amanda. La réponse ne s’est apparemment pas fait attendre. « Il s’est mis à crier en nous disant qu’il était plus cultivé que nous et qu’il espérait ne jamais nous revoir dans son restaurant. » Là encore, les versions des faits divergent. Placido Arcoria assure que les deux femmes se sont acharnées sur lui en lui reprochant un manque d’ouverture. Toujours est-il qu’Emilie avoue avoir beaucoup souffert de cet épisode. « On est habituées aux remarques un peu vaseuses de la part de certaines personnes, mais on n’avait jamais été confrontées à un comportement aussi haineux. Ça m’a fait penser à tous les gays qui vivent dans des endroits plus isolés et qui doivent subir ce genre d’attaques plus souvent. » Peut-on parler ici de discrimination ? C’est le sentiment que partagent Emilie et Amanda, qui ont d’abord voulu porter plainte avant d’abandonner. Difficile en effet de faire appel à la justice. Selon les différents avocats contactés, il n’existerait aucune jurisprudence en la matière. Une plainte pénale n’aurait donc pratiquement aucune chance d’aboutir.

JONATHAN MÜLLER