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Homosexualité :
La peine de mort existe encore
par  la rédaction, le lundi 14 juin 2010, vu 237 fois
Tags : - Politique - Homophobie

On oublie souvent que beaucoup (trop) d’Etats punissent encore l’homosexualité. Il existe aujourd’hui 80 pays dans lesquels elle est toujours illégale ; cinq d’entre eux la condamnent à la peine de mort. StreetGeneration est allé à la rencontre de deux associations pour comprendre les ressors de l’homophobie hors de nos frontières.

On oublie souvent que beaucoup (trop) d’Etats punissent encore l’homosexualité. Il existe aujourd’hui 80 pays dans lesquels elle est toujours illégale ; cinq d’entre eux la condamnent à la peine de mort. StreetGeneration est allé à la rencontre de deux associations pour comprendre les ressors de l’homophobie hors de nos frontières.

On compte 72 pays et 3 territoires (République turque de Chypre du Nord, Gaza et les Îles Cook) qui punissent d’emprisonnement les adultes consentants. Les autres pays (Iran, Mauritanie, Arabie Saoudite, Yémen, Soudan, 12 Etats du Nigeria et des régions de la Somalie) les punissent de la peine capitale. Les gouvernements tolèrent l’homophobie, l’encouragent et la nourrissent. En République Démocratique du Congo comme dans de nombreux pays du Sud, c’est d’ailleurs l’un des principaux arguments électoraux. Dans les pays où cette orientation sexuelle reste illégale, les personnes homosexuelles sont d’une part persécutées, et d’autre part non-protégées autant par les lois que par leurs gouvernements. Si elles peuvent être victimes d’agressions, elles ne peuvent aller se plaindre à la police, qui a le droit, parfois même le devoir, de les emprisonner. Et dans certains pays, la peine capitale est bien réelle. L’Iran a déjà exécuté par pendaison plus de 4.000 personnes, pour le seul crime de leur homosexualité. Au Nigéria, les homosexuels sont condamnés à la peine de mort par lapidation. Dans d’autres pays, en Indonésie par exemple, les relations entre deux personnes du même sexe sont condamnés à une torture pure et simple : la loi condamne à une peine de bastonnade pouvant aller jusqu’à 100 coups de bâtons.

Le continent africain est celui où l’homophobie est la plus forte et la plus violemment exprimée. Il y réside l’idée que l’homosexualité est une pratique « d’hommes blancs », imposée en terre africaine par les colons européens. Pourtant, toutes les études d’anthropologie montrent bien que l’homosexualité a toujours existé, partout, et dans toutes les communautés. L’Histoire, notamment à travers des écrits datant de la fin du XIXe siècle, prouve bien l’existence des pratiques homosexuelles dans l’Afrique noire précoloniale. A l’époque, en République Démocratique du Congo par exemple, dans le peuple des Azandés (vivant dans le nord-est de la RDC), les rois, les princes ainsi que les soldats avaient le droit de prendre des amants. Mais ces pratiques n’étaient pas spécifiques à la RDC. De nombreuses ethnies africaines attribuaient des classifications tribales aux homosexuels. Dans certaines tribus du Burkina Faso et de l’Afrique du Sud, on considérait les lesbiennes comme des astrologues et des guérisseuses. Au Gabon et au Cameroun, dans certaines communautés, on croyait profondément que l’homosexualité avait un effet médicinal.

  • Les réfugiés homosexuels.

Née il y a dix ans de l’objectif d’aider les couples homosexuels binationaux à obtenir les mêmes droits de séjour que les couples hétérosexuels, l’association Ardhis lutte aujourd’hui pour soutenir les réfugiés homosexuels, victimes de persécutions très fortes dans leur pays d’origine. En 2004, l’association a obtenu un texte administratif qui accorde à l’étranger pacsé avec un(e) français(e) un titre de séjour sous certaines conditions. L’action de l’association se résume en deux choses : l’accompagnement des réfugiés dans leurs démarches juridiques et la création d’un espace de solidarité. Les demandeurs d’asile sont la plupart du temps très isolés, d’autant plus lorsqu’ils sont étiquetés « réfugiés homosexuels ». Les demandeurs d’asile que rencontre l’Ardhis viennent de toute l’Afrique, du Moyen et du Proche-Orient, de l’Europe de l’Est, de l’Asie mineure, mais aussi de certains pays d’Amérique latine comme Cuba ou le Honduras. Le statut de réfugié est octroyé pour des motifs précis au titre de différents groupes sociaux. L’un de ces groupes, qui existe depuis environ 15 ans, définit les « persécutions liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre ». Les réfugiés homosexuels sont autant d’hommes comme de femmes, ayant vécus des arrestations, des gardes-à-vues, ou encore de la prison dans leur pays d’origine. Lors des gardes à vues, ces personnes subissent régulièrement des brimades de la part de la police, mais aussi de nombreux viols. Elles n’ont que rarement connaissance de leur pouvoir de demander l’asile au motif des craintes liées à leur homosexualité. En 2009, l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) a instruit environ 15.000 demandes d’asiles, avant d’en rejeter 85%. L’établissement estime les demandes d’asiles homosexuelles à 1% des demandes globales. Ces refus se fondent souvent sur le manque de conviction de l’agent de l’OFPRA par rapport à la réalité des persécutions homosexuelles, mais aussi sur le manque de précision de la part des réfugiés : Thomas Fouquet-Lapar, président de l’Ardhis, nous explique qu’« évoquer sa sexualité à un agent de l’OFPRA qu’on ne connait pas, quand déjà sa sexualité tout court on ne l’évoque jamais, parce que c’est particulièrement tabou dans un grand nombre de pays, c’est l’une des étapes les plus difficiles pour les réfugiés ». L’association Ardhis initie actuellement un échange constructif avec l’OFPRA, l’objectif étant de les sensibiliser à la spécificité des demandeurs d’asiles persécutés pour leur homosexualité.

  • Comment la communauté internationale peut-elle agir ?

Il existe également d’autres associations, plus petites, comme Solidarité Internationale LGBT. Celle-ci s’occupe principalement de vérifier et de répertorier toutes les informations liées aux persécutions des homosexuels, rarement diffusées dans les médias français. Il en existe d’autres, plus importantes, comme l’ILGA, (International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association), qui regroupe plus de 600 associations sur tous les continents et qui organise régulièrement des conférences internationales. En décembre 2008, l’ONU a initié une déclaration universelle de dépénalisation de l’homosexualité, qui a été signée par la moitié des pays du monde. Evidemment, l’autre moitié non négligeable n’a pas signé, mais les Nations Unis n’ont pas force de contrainte pour obliger les pays à signer cette déclaration. Des interventions diplomatiques permettent de libérer certains prisonniers, mais le manque de moyens et de financement des associations LGBT reste la raison principale du manque d’interventions.

  • Ce qu’il se passe sur place.

Dans la plupart des pays où l’homosexualité reste illégale, de nombreuses associations luttant contre le sida ont, en réalité, une face cachée de lutte pour les droits homosexuels. Il en existe au Togo, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal et dans bien d’autres pays. Le président de l’association Ardhis nous le confirme : « derrière leur action qui est réelle dans la lutte contre le sida, elles essayent de mener tant bien que mal une action sur la question des droits homosexuels ». Dans leur lutte contre le sida, ces organisations incluent délibérément le public homosexuel. Une revendication tolérée pour une seule raison : c’est une question essentielle car elle touche la santé publique, et cette raison force les populations à accepter qu’on en parle. Le président de l’Ardhis nous explique que « derrière ça, elles mènent des actions non-officielles, en essayant de créer un réseau de militance pour inciter les gens à refuser les situations d’arrestations et de condamnations des homosexuels ». Hormis le travail des associations internationales, c’est aussi et surtout dans les pays en question qu’il faut stimuler la naissance et l’initiative de la militance pour les droits homosexuels. L’homophobie est très présente dans les sociétés en transition, et la « mondialisation de l’information » ainsi que les transports plus accessibles internationalement permettent aux homosexuels persécutés de prendre conscience de la liberté présente dans certains pays. Ce qui les encourage à se lever pour leurs droits dans leurs pays répressif. D’où la force de ces associations qui commencent à créer des « réseaux de militances clandestins » pour les droits homosexuels.

On se rend donc bien compte, que trop souvent, dans la Gay Pride parisienne, on oublie que sur les places iranienne, on ne regarde pas des homosexuels défiler, mais des êtres humains torturés et pendus devant la foule pour le seul crime de leurs désirs sexuels…

Source : Julie Gres pour Street Generation


  • Interview du président de l’Ardhis, Thomas Fouquet-Lapar