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Quand la discrimination homophobe fait vaciller l’esprit (...) Les Gay vu par l’UDC : « caché, pute ou abuseur. »
Ils sont gays de père en fils
par  la rédaction, le mercredi 23 mars 2011, vu 472 fois

Stephan Bitterlin, le nouveau Mister Gay, a un papa, lui aussi, homosexuel.

Il avoue 41 printemps, sa calvitie est prononcée, et certains suspectent même chez lui des poignées d’amour. Mais ces détails n’ont pas empêché Stephan Bitterlin d’être sacré Mister Gay 2011. Et s’il a remporté la majorité des suffrages du jury et des spectateurs, le 12 mars dernier à Lucerne, l’infirmier zurichois, maître de ballet et moniteur de fitness, le doit à « son capital de sympathie », selon Oliver Eschler, l’organisateur du concours.

Mais une autre caractéristique l’a projeté sur le devant de la scène médiatique et a nettement joué en sa faveur : Ruedi, 70 ans, son papa, est, lui aussi, homo, de même que l’unique frère de Stephan, le benjamin, qui préfère rester discret. Père et fils nous ont accueillis dans le deux-pièces sans fioritures du quartier ouvrier de Schmiede-Wiedikon, à Zurich, que Mister Gay partage habituellement avec son compagnon, 27 ans, originaire d’un pays du sud.

« Dans notre famille, nous avons toujours pu parler ouvertement de tous les sujets », se souvient Stephan. Ruedi, un instituteur aujourd’hui à la retraite, acquiesce : « Mais pour moi, ce fut plus difficile. C’était une autre époque. J’ai fait mon coming out alors que j’étais déjà dans la quarantaine. » Ruedi découvre son homosexualité quand le petit ami de la fille d’un voisin lui tape dans l’œil. Mais il attendra que ses deux garçons soient hors du nid avant d’oser vivre sa nouvelle orientation. « Je devais avoir 18 ans quand mon père s’est outé, raconte Stephan. Je n’ai pas été choqué. »

  • Cours de ballet

Les deux fils de Ruedi suivent alors des cours de ballet au plus haut niveau. Stephan et son frère fréquentent avec succès l’école de danse Mudra, créée à Bruxelles par Maurice Béjart, et celle de John Neumeier à l’Opéra de Hambourg. « Par la suite, j’ai fait partie d’une compagnie de danse à Aix-la-Chapelle. Je travaillais beaucoup, je ne me posais pas trop de questions sur mes préférences sexuelles », avoue Mister Gay, qui dit n’avoir jamais eu de relations physiques avec une femme. « Je suis véritablement devenu homosexuel à l’âge de 21 ans », explique Stephan.

Tous les membres de la famille Bitterlin étaient passionnés de danse. Le père et la mère en amateurs, les deux fils bientôt en professionnels, avec un éventail qui allait du jazz au ballet. Après l’entraînement, la famille se réunissait. « Nous avons passé du bon temps tous ensemble », se souvient Stephan. « Une famille parfaitement normale, renchérit Ruedi. J’ai été marié pendant vingt ans. » Mais après le coming out du père, les parents divorcent. Stephan a alors 22 ans, la pire année de sa vie. « Ma mère est décédée des suites d’une maladie et je me suis blessé à un genou. Cela a mis fin à ma carrière de danseur. »

  • Un papa en puissance

Aujourd’hui, Mister Gay enseigne la danse classique et il s’est spécialisé dans une discipline proche du yoga, le pilates. Il est aussi infirmier à ses heures, dans une clinique orthopédique de Zurich. Son rôle d’ambassadeur de la cause homo en terre suisse, Stephan l’imagine sur plusieurs niveaux. « J’aimerais m’engager dans la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles. On parle toujours du sida, mais on oublie toutes les autres. » Il aimerait aussi convaincre les homophobes que sa différence ne fait pas de lui un ennemi à abattre. « J’ai vécu cette situation personnellement avec un collègue infirmier qui est venu frapper à ma porte, complètement saoul, pour me casser la figure. »

A la question de savoir s’il aimerait avoir lui aussi des enfants, Stephan répond oui sans hésiter. « Mais ce n’est pas d’actualité. Je dois penser à son environnement. Il sera indispensable qu’il bénéficie aussi d’une présence féminine. »

Source : Le Matin