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Dix choses à savoir sur les trans’ et le VIH SANTÉ : Lesbiennes et IST
Ils testent des vaccins antisida
par  la rédaction, le jeudi 9 septembre 2010, vu 111 fois

Qui sont ces volontaires prêts à quelques sacrifices pour faire progresser la recherche clinique ?

Non, il ne connaît personne dans son entourage qui soit séropositif. Non, il ne compte pas sur les 2000 francs, versés par le Centre d’immunothérapie et de vaccinologie à titre de dédommagement, pour payer autre chose que ses multiples – et longs – trajets jusqu’au CHUV.

Alors quoi ? Pourquoi ce jeune gaillard du Nord vaudois, 25 ans, qu’on appellera Sylvain [1], s’est-il porté volontaire pour tester des vaccins antisida, et en assumer les quelques sacrifices, en réponse aux besoins du centre ( lire encadré ) ? Ce qui déclenche de l’étonnement chez les autres, semble tenir de l’évidence chez lui. « Je donne un peu de mon temps et de moi-même pour aider les autres », confie-t-il, avec la force tranquille des gens qui ne sont plus à convaincre.

  • Sida, le mot qui effraie

Les réactions ont été pourtant vives parmi ses proches : « Les gens me croient un peu fou de faire cette étude. Mes amis en rigolent », raconte cet enseignant spécialisé à l’armée, qui a eu le déclic en écoutant une émission de la RSR traitant du sujet. « Quant à mon père, il m’a dit très clairement qu’il n’aurait jamais osé faire cela. Il pense que c’est trop dangereux. »

« Dangereux », « risqué » : voilà précisément les préjugés contre lesquels Pierre-Alexandre Bart, médecin adjoint auprès du centre, aimerait ne plus avoir à lutter. Ne serait-ce que pour augmenter les chances de recruter des volontaires. « C’est un problème », concède-t-il. Après le minutieux processus de recrutement, qui inclut un bilan de santé physique et mentale complet, seul un nombre restreint de candidats est retenu. 49 sur 320 pour citer la dernière statistique en date. « A la fin 2009, la tâche s’est avérée encore plus difficile à cause du H1N1. Les gens étaient avant tout préoccupés par ce virus. »

A cela s’ajoute la réaction d’« extrême inquiétude », encore et toujours inhérente au mot sida : « Beaucoup d’étudiants en médecine venus assister à la séance d’informations n’ont finalement pas donné suite, à cause du refus de leur parenté », rapporte Pierre-Alexandre Bart. Moins de réticences ont été constatées en revanche avec les vaccins contre la malaria et la tuberculose…

  • « La douleur n’a jamais été handicapante »

Aline [2], 20 ans, étudiante de 2e année en médecine, n’a à aucun moment été rongée par le doute. « Je voulais voir à quoi ressemblait une étude de l’intérieur. On signe effectivement une dizaine de formulaires de consentement ! », témoigne cette fonceuse, animée aussi par une ferveur altruiste : « Bien sûr que ce n’est qu’une goutte dans l’océan de la recherche. Mais si tout le monde se disait cela, à la fin, il n’y aurait rien du tout. Alors, si je peux me rendre utile… » Et peu importe l’inconfort passager, constaté entre 55 et 80% des cas, causé par l’injection du vaccin : « La douleur n’a jamais été handicapante. Elle ne m’a jamais empêchée de sortir de chez moi », insiste la Lausannoise, tenue de consigner ses observations dans un carnet.

Sylvain, lui, a pâti une fois d’une réaction « assez sévère », avec mal de ventre et fièvre. Mais rien qui ne l’ait fait regretter son choix : « Nous bénéficions d’un très bon suivi médical. Le personnel est très à l’écoute de nos petits problèmes. Du coup, je suis devenu plus attentif aux signaux de mon corps, et à ma santé. Je réalise que je dois réduire ma consommation de tabac et pratiquer plus de sport. »

Ces désagréments-là, Sylvain et les 48 autres testeurs ont été dûment préparés à la probabilité de devoir les endurer. « Nous ne leur cachons rien », souligne Pierre-Alexandre Bart, qui n’a eu que deux abandons à déplorer, l’un pour des problèmes de santé survenus en cours d’étude, l’autre en raison d’une grossesse inopinée .


Du singe à l’homme

Un maillon. Voilà ce que constitue l’étude menée depuis octobre au Centre d’immunothérapie et de vaccinologie dans la chaîne de recherche contre le sida. Elle vise à vérifier si la combinaison de deux vaccins (le NYVAC-B, un dérivé de la variole, et le rAd5, un adénovirus) est apte à produire, comme ce fut le cas chez les singes, une réponse immunologique au VIH.

Ce qui représenterait un début de piste pour prévenir les infections. « Le but premier à long terme n’est pas de vacciner le citoyen vaudois, mais bien d’implanter ces stratégies de vaccination dans les pays où les besoins sont les plus importants, comme en Afrique et en Asie, explique Pierre-Alexandre Bart. Dans certains quartiers de Johannesburg, par exemple, un habitant sur deux est infecté par le VIH. » Développée en collaboration avec les milieux de recherche clinique concernés aux Etats-Unis, et soutenue entre autres par la Fondation Bill & Melinda Gates, l’étude n’aboutira, dans le meilleur des cas, pas avant quinze ans.


Les chiffres

  • 31 le nombre de candidats que le centre espère pouvoir encore recruter d’ici à la fin de l’année.
  • 18-45 la fourchette d’âge pour les admissions. Dans les faits, la majorité d’entre eux est âgée de 20 à 26 ans. Parmi eux, beaucoup d’étudiants en médecine et soins infirmiers.
  • 4 le nombre de vaccinations auxquelles le candidat est soumis. Les visites de contrôle incluses, il est convié 13 fois au centre en l’espace d’une année.
  • 2000 la somme en francs versée à l’issue du protocole, à titre de dédommagement. « C’est une exigence de la commission d’éthique : ne pas payer les volontaires pour éviter que des gens « se vendent » comme testeurs », indique Pierre-Alexandre Bart.
  • 4 le nombre d’étapes à franchir avant le recrutement définitif : une séance d’infos, une première prise de contact individuelle, une prise de sang (il faut être préalablement négatif au rAd5), enfin un « screening » incluant un check-up médical complet et une évaluation du comportement du candidat : « ILes volontaires ne doivent pas avoir un comportement à risque vis-à-vis du VIH (pratiques sexuelles, problèmes d’alcool et de drogues par exemple). »
  • 55-80 le pourcentage de volontaires ayant ressenti dans les trois jours suivant la piqûre, lors d’études préalables, de « légers symptômes », tels que fatigue, maux de tête, démangeaisons ou rougeurs.
  • 0 le risque d’être infecté par le VIH par les vaccins de l’étude.
  • 021 314 11 60 le numéro à composer pour se prêter à l’expérience. Anonymat strictement garanti.

Source : Estelle Trisconi pour 24Heures.

Photo : Philippe Maeder.

Notes

[1] Prénoms d’emprunt

[2] Prénoms d’emprunt



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