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Société
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J’ai voulu « guérir »
de mon homosexualité
avec l’aide de Dieu
par  la rédaction, le vendredi 4 décembre 2009, vu 2605 fois

Concilier sa foi et son homosexualité est difficile pour beaucoup d’adolescents. Certains tentent de se changer par la prière.
« La pire période de ma vie », estime Bertrand, aujourd’hui âgé de 24 ans.

Le temple de Romanel, Bertrand le connaît bien. Il y va avec plaisir le dimanche. Aujourd’hui, il dit même vivre sa foi de façon « cool ». Pas de chichi. Mais ça n’a pas toujours été le cas pour ce jeune homosexuel de 24 ans.

L’adolescence, la découverte de la sexualité et de l’homosexualité, la foi de ses parents, sa propre foi, tout ça n’a pas fait bon ménage. « Ça a été la pire période de ma vie », confie-t-il dans son petit appartement proche du temple, en tirant sur sa clope. Entre prières et tentatives de « guérison », son parcours ressemble à celui de tant d’autres jeunes, filles ou garçons, lesbiennes ou gays, tiraillés entre leur spiritualité et leur sexualité.

« Je me suis découvert vers 12 ans, mais n’ai-je pas toujours été homosexuel ? » se demande le jeune Romanellois. C’est au cours d’un camp chrétien en Suisse allemande qu’il vit un premier flirt avec un garçon de son âge. « Jusqu’à 21 ou 22 ans, j’ai lutté contre mon homosexualité. Comme quelqu’un qui a un cancer et qui cherche à en guérir. » Guérir ? Le mot est fort, mais c’est bien dans cet esprit-là que Bertrand a vécu son adolescence.

  • Post-it et prière

Mais comment peut-on essayer de guérir de l’homosexualité ? « Ça passait entre autres par la prière. Ou, par exemple, je notais des versets sur des post-it, pour m’aider, et je les collais à divers endroits. J’avais toujours une Bible sur moi. Je cherchais constamment l’aide de Dieu, pour qu’il me délivre. » Vers 16 ans, il quitte la foi de ses parents, issus du mouvement darbyste (proche des évangéliques et aussi appelé Assemblées de Frères) et se rapproche d’une autre Eglise évangélique. De sa propre initiative, et non pas poussé par ses parents, il suit un programme appelé Torrents d’Espoir.

Développé par l’Américain Andrew Comiskey, ce programme se présente sous la forme d’un manuel de travail s’adressant « à toute personne désirant entrer dans un chemin de guérison et de liberté en Jésus-Christ et qui éprouve des difficultés dans ses relations pouvant s’exprimer par, entre autres, des tendances homosexuelles ou lesbiennes ». Son auteur se base sur son propre exemple : son chemin vers une sexualité réconciliée en épousant une femme et en fondant une famille.

« D’après ce manuel, j’ai eu un manque d’amour de mes parents, principalement de mon père, se souvient Bertrand. Le programme indique que faire, que dire, que prier. J’ai fait ça durant quatre mois, en séances de groupe. » Les rencontres étaient parsemées de moments de louanges, de discussions et de prières, ou d’imposition des mains. « Je trouvais ça trop cadré. En gros, le but était de prier Dieu pour s’en sortir. Mais se sortir de quoi ? » se demande-t-il aujourd’hui.

  • « J’ai douté de ma foi »

D’autres jeunes passent par les mêmes interrogations. Et certains prient Dieu pour expulser le diable qui s’empare de leur corps. « En gros, c’était ça pour moi aussi, ajoute le jeune homme. Je n’y voyais pas le diable, mais le mal. Je cherchais une délivrance à mon profond mal-être. »

Sans aide familiale, le jeune homme ressort de tout cela « complètement cassé », avec un sentiment de culpabilité et de honte encore plus grand. « Je me suis dit que j’étais foutu, j’étais en colère contre Dieu, j’ai douté de ma foi. Celle-ci n’était pas compatible avec mon homosexualité. »

Cette culpabilité l’a d’ailleurs suivi durant des années. « Vers 16-18 ans, j’ai eu une relation avec un garçon. Systématiquement, j’avais beaucoup de plaisir quand j’étais avec lui. Mais un mal-être profond m’envahissait ensuite. » S’il n’a jamais pensé au suicide, il a eu envie plusieurs fois de « ne plus être là ».

C’est finalement seul que Bertrand trouvera ses réponses, en lisant la Bible. Lui-même aime dire de lui qu’il est né « entre deux pages de Bible ». « Jésus n’a jamais parlé de l’homosexualité. Si on prend son exemple, on ne peut pas rejeter les homosexuels. » Si certains passages de l’Ancien Testament peuvent paraître durs face à l’homosexualité, tout est une question d’interprétation, selon le jeune homme. « Pour moi, l’histoire de Sodome et Gomorrhe représente la punition, non pas de l’homosexualité, mais du viol homosexuel. Et prenez l’histoire de David et Jonathan dans la Bible : une amitié masculine très forte, presque de l’amour. »

De toute cette époque, il ne garde aucun regret, mais « beaucoup de blessures, de souffrances ». « J’en ai beaucoup voulu à Dieu. Mais Dieu m’a fait comme je suis. Et comme David le dit dans le Psaume 139 : « Je te loue Seigneur de ce que je suis une créature si merveilleuse. »

  • Décision acceptée par la famille

En 2007, Bertrand prend sa décision : il s’assumera en tant qu’homosexuel, une décision que sa famille a finalement acceptée. « Je me suis dit que j’allais vivre ce que j’avais au fond de moi. Je n’avais plus honte. » Il a par contre gardé sa foi intacte et se tourne désormais vers l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV).

« On n’essaie pas de m’y juger. Certes, ils ne veulent pas des unions homosexuelles, mais ils acceptent les pasteurs gays. » Aujourd’hui, dans le cadre de Vogay, l’association vaudoise des personnes concernées par l’homosexualité, dont il fait partie, il aimerait mettre sur pied des rencontres entre homosexuels chrétiens. « Et pourquoi pas même des cultes gay-friendly ? »

A l’heure actuelle, Bertrand fait une différence entre vivre son orientation sexuelle et la concilier avec sa foi. « Après une relation de plusieurs années qui vient de se terminer, vais-je être un homosexuel abstinent ? Vais-je me remettre en couple avec un garçon ? Vais-je fonder une famille ? Je ne sais pas encore. » Le jeune Romanellois cherche donc encore sa place. Mais il ne s’inquiète pas : « Le seul qui peut nous juger, c’est Dieu. »

reproduit avec l’aimable autorisation du journal 24 heures, de l’auteur Mathieu Signorell et de Bertrand

Photo © Chris Blaser