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L’Amérique centrale
dans le placard
par  Frédéric Gloor, le dimanche 10 octobre 2004, vu 410 fois
Tags : - Amérique centrale

Sorry, but it’s a gay bar” m’a-t-on dit au travers de la grille d’entrée d’un petit bar de San José, capitale du Costa Rica. Si la vie gay n’est pas visible du premier coup d’œil , elle existe. Du Costa Rica au sud du Mexique, mon voyage m’a permis d’avoir un petit aperçu de la façon dont vivent les gays et les lesbiennes dans cette région du monde.

L’étroite bande de terre reliant l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud est un découpage de huit pays sortant pour la plupart de guerres civiles et dont le passé offre aujourd’hui en héritage un mélange des cultures mayas, espagnoles et caraïbes où la vie gay est pratiquement invisible : L’Amérique centrale n’a pas encore fait son coming out

Le Costa Rica

Il est difficile pour la communauté gay de s’exprimer dans des pays qui sont traditionnellement catholiques et « machistes ». Au Costa Rica, il semble que les choses soient en train de changer. Le deuxième Festival pour la diversité sexuelle a eu lieu en juin dernier. Environ 4 000 gays et lesbiennes avec leurs familles et leurs amis se sont retrouvés sur la Place de la démocratie. Toutes les organisations étaient présentes. Des artistes de tous les arts ont animé la journée et la nuit.

Plusieurs bars, discothèques, des saunas et un café Internet : San José est la ville la plus gay de la région et fait figure exception dans l’Amérique centrale. Le Costa Rica, qui alimente une culture pacifique depuis des décennies, n’a pas souffert de la guerre ces dernières années. Une meilleure prospérité économique permet à sa capitale d’offrir la meilleure éducation de la région d’Amérique centrale. Le combat pour la visibilité date des années 80, pendant lesquels des mouvements se sont engagés pour gagner les droits des gays. San José n’est pas le paradis, mais la liberté de se réunir et d’être gay est déjà une grande chose. « Au fur et à mesure, on a gagné des petites batailles et le sujet n’est plus aussi tabou qu’auparavant », explique Rafa, propriétaire du plus beau cybercafé (gay) d’Amérique centrale. « Parmi les jeunes, le fait d’être gay n’a pas d’importance », ajoute-t-il. Rafa n’a jamais eu de problème dans son commerce, qui affiche fièrement les couleurs gay. C’est un espace tranquille et sans soucis où tout le monde se sent à l’aise.

Le Nicaragua

Au Nicaragua, le pays le plus pauvre d’Amérique juste après Haïti, la vie gay est inexistante à prime abord. Dans le langage courant, un homo est traité de « cochon » (en français dans le texte). À Managua, la capitale complètement détruite par un tremblement de terre en 1972 et reconstruite avec les moyens du bord, il existe, d’après certains guides, trois bars gay. Il faut toutefois relativiser : les lois interdisant l’homosexualité sont encore en vigueur, la vie gay dans ce pays est cachée et se vit de manière honteuse. On peut observer des hommes draguant la tête basse dans les couloirs des quelques supermarchés ou dans des aires bien précises de la ville. Je ne suis pas allé dans ces bars, l’insécurité constante des rues m’a incité à limiter mes sorties hors de la maison d’hôte où je passais la nuit en attendant le prochain bus.

Le Honduras

Au Honduras, encore récemment condamné par Amnesty International pour violation des Droits de l’homme, c’est une avancée toute relative qui a eu lieu ces dernières semaines : le gouvernement a accordé une reconnaissance légale à trois associations gay et lesbiennes du pays. C’est une étape de reconnaissance qui leur donne essentiellement le droit d’agir devant les tribunaux et les autorités gouvernementales. Le ministre de la justice, Fernando Suazo, a rappelé que la décision n’autorise pas la pratique du sexe et encore moins le mariage gay, mais qu’elle aidera à combattre les discriminations dans ce pays où les gays n’ont aucune protection légale. La mesure a été immédiatement condamnée par les Églises catholique et protestante : « Il est triste que le gouvernement donne sa bénédiction aux homosexuels », a déclaré lors d’une conférence de presse le porte-parole de l’Église catholique, Jésus Mora.

Le Guatemala

La vie gay de Guatemala City semble impressionnante si on consulte le site internet www.gayguatemala.com. J’avoue que la ville ne m’a pas spécialement intéressée au premier regard et que mon envie de calme m’a emmené dans les campagnes, à l’ombre des nombreux volcans et vers la fraîcheur des lacs. Le Guatemala est le pays de la région d’Amérique centrale où se trouve la plus forte densité de descendants mayas. Il y règne donc par définition un esprit de respect des minorités. La petite ville d’Antigua, bâtie sur un plateau entouré de hauts volcans, est une perle d’architecture. Imposantes bâtisses aux couleurs vives, aménagements en bois sculptés, rues en gros pavés, la ville est reconnue pour ses nombreuses écoles d’espagnol où s’arrêtent les touristes. Si l’insécurité y est grande (la région est réputée pour ses vols et ses attaques et la police possède une section spéciale pour escorter les touristes qui désirent visiter les abords de la ville après que de nombreuses attaques ont fait craindre la disparition du tourisme), la ville est agréable. El Patio est une petite terrasse intérieure à la décoration fine agrémentée de peintures magnifiques. C’est un café où l’on peut manger, lire et discuter. À première vue, l’endroit semblait avoir quelque chose en plus. Discutant avec le sympathique propriétaire, il est apparu qu’il s’agissait d’un bar où les gays et les lesbiennes de la région aiment à se retrouver le soir en toute tranquillité.

L’Amérique Centrale est un excellent exemple du lien qui lie la prospérité économique à l’acceptation des minorités. Dans les régions riches où l’on peut offrir un bonne éducation, l’homosexualité se vit bien. Dans les régions où le problème quotidien est de savoir s’il sera possible de manger (je n’exagère pas beaucoup), la sexualité et l’épanouissement personnel passent au second plan. Mis à part le Costa Rica, tous les autres pays possèdent encore à l’heure actuelle des lois sanctionnant les relations homosexuelles. Toutefois, la vie gay n’est pas anéantie : elle demeure dans un placard dont la porte n’est pas fermée.


Pour les voyageurs gay et lesbiens qui se rendent dans la région, je conseille la visite du Cafe Internet 1@10 au cœur de San José. L’accueil y est chaleureux, le cadre est paisible, la décoration magnifique, les connections sont rapides et peu chères. En prime, sur demande, vous recevrez les informations sur la vie gay régionale. http://www.1en10.com