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Société
Les couples homosexuels, des parents ignorés par la loi « L’homophobie est encore banale »
L’Eglise fulmine contre les homosexuels valaisans
par  la rédaction, le dimanche 16 mai 2010, vu 245 fois

Le Chapitre de Sion met son veto au kiss-in de lundi organisé par les associations homosexuelles à l’occasion de la Journée contre l’homophobie.

Les homosexuels ne sont pas les bienvenus sur la place de la Cathédrale de Sion. Sont-ils par ailleurs les bienvenus en Valais ? La question se pose avec une insistante régularité alors que l’action « kiss-in », séance d’embrassade revendicative à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie, qui sera menée simultanément à Genève (place des Nations) et Lausanne (Saint-Laurent) lundi soir, suscite le veto du Chapitre de Sion.

La place est propriété des chanoines. Qui ne peuvent apparemment tolérer de pareilles ardeurs entre personnes du même sexe en leur jardin. La police municipale a communiqué l’interdiction aux associations organisatrices, l’Organisation suisse des lesbiennes (LOS) et Pink Cross.

N’y avait-il pas lieu plus recommandé que le parvis des églises pour mener une action de ce genre ? Les associations homosexuelles défendent leur choix par leur volonté de « dénoncer l’utilisation de plus en plus courante des religions pour justifier des positions homophobes » et promettent à la population que « la ville ne sera pas transformée en baisodrome ». Après une vaine tentative de dialogue, raconte la secrétaire général de LOS, Barbara Lanthemann, le lieu de rencontre a été déplacé de quelques mètres, sur la place de la Planta.

  • Critiques

Les ralliements militants se suivent et se ressemblent pour la communauté homosexuelle en Valais, puisque cette réaction de l’Eglise fait suite, à un an d’intervalle, aux propos indignés du président des jeunesses UDC, Grégory Logean, à l’occasion de cette même Journée mondiale contre l’homophobie. Il avait qualifié les relations homosexuelles de comportement « déviant » dans un communiqué.

Sa langue fourchue lui a valu quarante plaintes pénales. Mais Grégory Logean a été blanchi par le Tribunal cantonal et les plaignants ont maintenant porté la cause devant le Tribunal fédéral. « Cela montre que nous avons besoin d’une loi qui interdit la discrimination envers les homosexuels », en conclut Barbara Lanthemann.

Selon elle, en Valais, le politique et le religieux sont irrémédiablement liés contre la cause homosexuelle. « Des partis politiques et des chrétiens outrés ont réagi vivement à notre kiss-in. On parle souvent du lobby homosexuel. Je ne vous dis pas, alors, l’importance du lobby de droite… »

« Provocation ! », scandent en tout cas simultanément Grégroy Logean et le vicaire général également doyen du Chapitre, Bernard Broccard, pour témoigner leur opposition à la manifestation de lundi. Le premier, persuadé qu’il « y a d’autres lieux pour faire ça », n’envisage pas de contre-manifestation : « Les gens constateront d’eux-mêmes le caractère ridicule de la chose. »

Mais, très adepte des jeux de mots, il déclare le plus sérieusement du monde que les jeunesses UDC réfléchissent, « à plus long terme », à créer « des assises sur l’homofolie. On parle d’homophobie, mais nous sommes entrés dans une véritable logique d’homofolie ».

Quant au second, il invite l’opinion publique à ne pas tirer de conclusions hâtives suite au refus du Chapitre. « Les organisateurs avaient publié une invitation avant même d’avoir demandé l’autorisation », détaille-t-il. « Nous nous opposons à cette action isolée que nous percevons clairement comme une provocation. Les personnes, elles, sont respectées par l’Eglise. »

  • « Jeu diabolique »

On est loin des déclarations tonitruantes de l’évêque Norbert Brunner, en 2001 à la veille de la Gay Pride de Sion, qu’il avait qualifiée de « jeu diabolique » dans son discours du Carême. Loin aussi de l’interdiction de principe prononcée à l’époque par le Conseil communal (exécutif) qui voyait la parade d’un mauvais œil.

Or, en dépit des « quelques signes d’ouverture en faveur des homosexuels », selon Barbara Lanthemann, le plus catholique des cantons romands paraît toujours très prisonnier de ses inhibitions : « Sois belle et tais-toi : c’est un peu le sort qu’on réserve à l’homosexuel en Valais aujourd’hui, comme à la femme autrefois. On a le droit d’exister mais on ne doit rien revendiquer. »

Source : Le Temps.