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Angleterre : Partenariat adopté à la Chambre des Lords Revue de l’année - 2004, la course au mariage
L’avant-garde canadienne
par  Frédéric Gloor, le mercredi 22 décembre 2004, vu 378 fois
Tags : - Canada

Je suis arrivé à Montréal un soir de septembre après une journée dans le train au départ de New-York. La métropole québécoise m’est apparue comme un havre de quiétude habité par de sympathiques personnes. Après l’installation dans un petit hôtel de la rue Saint-Denis, me voilà parti à l’aventure dans la partie est de Sainte-Catherine dans ce qui s’appelle Le Village en référence à sa vie simple et ses constructions basses en dehors du centre des affaires où se trouvent les gratte-ciel. Vous l’aurez compris, Le Village est le centre de la vie gay montréalaise.

Le village gay de Montréal

A quelques heures de la mégapole américaine, Montréal est une ville où les New-yorkais s’autorisent un week-end, une ville où la vie gay semble faire partie intégrante des prospectus touristiques. Les festivals se suivent le long de l’année, à l’automne, la Black and Blue rassemble des dizaines de milliers de gays pour cinq jours et cinq nuits de festivités. En 2006, ce seront les Gay Games qui animeront la ville : ils seront alors rebaptisés les Out Games.

Dans Le Village, la station de métro arbore une décoration aux six couleurs du drapeau gay, tout comme le McDonald ou les autres fast food internationaux qui s’offrent des pages de publicité dans les magazines gay locaux. Les voyageurs et touristes un brin aisés peuvent se permettre de passer la nuit dans les « Gites » gay où seuls les hommes ou seules les femmes – c’est selon – sont admises, et où la « gay quality » est de rigueur. Librairies et shops en tout genre offrent une gamme de produits qu’il est souvent difficile de trouver dans d’autres villes. Une place du Souvenir en hommage aux victimes du VIH/Sida sera prochainement réaménagée juste derrière la station de métro. Les bars à danseurs nus sont certainement l’une des plus grandes attractions. Dès 15h de l’après-midi, ils se succèdent sur les pistes et font tomber les vêtements dans un spectacle en deux parties où la seconde consiste en un jeu de masturbation que leur état de fatigue ou leur hétérosexualité mal dissimulée ne leur permet pas longtemps de pratiquer de manière convaincante.

Le Village en crise

Mauvaise gestion de la concurrence et de son développement, tout le monde en parle : le Village est en perte de vitesse, ses bars ferment, les gays s’en vont au centre-ville où ils trouvent un véritable choix de magasins, boutiques, coiffeurs, cinémas. Une société de développement commercial s’est créée cette année en espérant parer à cette fuite de la clientèle. Le magazine La Voix du Village du mois d’octobre propose quatre perspectives de développement, alors que Fugues ou d’autres se contenteraient déjà d’un simple investissement dans une décoration florale ou une demande policière permettant une sécurité plus accrue. Renforcer les activités culturelles et les festivals qui ont lieu tout au long de l’année afin de faire du Village un quartier de fête ou élaborer un projet d’ensemble misant sur les aspects artistiques haut de gamme, afin de voir le quartier gay montréalais se transformer en un Soho à l’image de New-York sont deux des visions qui pourraient, selon le magazine, redynamiser le quartier. Jouer la carte multiculturelle et cosmopolite serait également une option enrichissante, tant pour les indigènes que pour les touristes. La dernière proposition présentée serait une refonte du quartier en un important pôle touristique gay. Il s’agirait d’étoffer les offres à l’étranger afin d’offrir des séjours gay combinant écotourisme, activités sportives (ski, équitation) et culturelles (festivals de films, théâtre, expositions).

En dehors des villes

Dans le reste de l’État, hormis Montréal et la ville de Québec, il est un fossé souvent très large et profond qui fait que la vie gay et lesbienne n’est jamais aussi facile que dans ces deux grandes villes. Des permanences téléphoniques et des petites associations offrent une écoute et un dynamisme comparables au travail de géant que font nos associations cantonales suisses.

LGB 2T

En matière d’études queer et transgenre, la Canada est depuis des années un exemple pour la Suisse et l’Europe, tout comme l’éducation de manière générale (notez que si je vous dis que la réforme scolaire vaudoise (EVM) est inspirée du Canada, les enseignants poseront un regard critique sur cet exemple d’outre-Atlantique). Dans le politiquement hyper-correct, la dénomination habituelle LGBT a été rebaptisée LGBTT incluant désormais les travestis qui jusqu’à présent entrait dans la catégorie du premier T à savoir les « transsexuels ».

Pas d’incitation à la haine

Les faux pas ne sont pas admis, la station RadioX qui, pour regagner de l’audience, s’était lancée dans le style « trash » a perdu sa licence en juillet 2004 pour avoir émis des propos homophobes, calomnié et dénigré les femmes, les exclus de la société et les malades mentaux. Par ailleurs, Denise Bombardier, journaliste du service de radiotélévision public Radio Canada, a perdu son poste après un débat sur la question du mariage gay.

Le mariage est proche

Le Canada sera-t-il le troisième pays au monde à autoriser le mariage gay après les Pays-Bas et la Belgique ? Le gouvernement libéral de Paul Martin actuellement au pouvoir ira de l’avant dans les questions de mariage entre personnes de même sexe. Paul Martin a annoncé par l’intermédiaire de son ministre de la Justice qu’il se s’opposera pas aux propositions légales en cours qui visent à supprimer dans le code civil la notion de « un homme et une femme » pour la remplacer par « deux personnes ». Le gouvernement Martin a par ailleurs récemment nommé deux femmes à la Cour suprême : Rosalie Abella, 58 ans, a rédigé en 1998, alors qu’elle siégeait à la Cour d’appel de l’Ontario, un jugement accordant aux gays et lesbiennes le droit de toucher le fruit de la pension de leur conjoint décédé. Louise Charron, pour sa part, a rédigé un jugement invalidant une loi discriminatoire à l’endroit des couples de même sexe. La Cour Suprême a statué en date du 9 décembre 2004 que le gouvernement avait tout à fait le droit de légaliser le mariage entre les couples de même sexe, celui-ci étant tout à fait conforme à la Constitution canadienne (Charte des droits et des libertés) et aux « réalités de la vie moderne ». Fort de cet avis consultatif, le gouvernement canadien va pouvoir rapidement présenter un projet de loi au Parlement pour ouvrir le mariage aux couples de même sexe dans tout le Canada. 57% des Canadiens approuveraient aujourd’hui la mesure, selon un récent sondage.

Un Salon du mariage gay s’est tenu à Montréal l’été dernier. Le groupe alternatif queer des Panthères Roses a voulu y tenir un stand présentant le divorce. Ils ont été expulsés par les organisateurs. A noter enfin que le sujet est très à la mode, puisque le magazine gay La Voix du Village a publié en août dernier un dossier complet sur le sujet, dont un article sérieux promulguant des conseils pour réussir son mariage.

Les régions en avance sur le pays

Du côté des états et territoires, le Saskatchewan autorise depuis novembre 2004 les personnes de même sexe à s’unir par les liens du mariage. Avant lui, l’Ontario, la Colombie Britannique, le Québec, le Yukon, le Manitoba et la Nouvelle Écosse avaient reconnu ces unions sur leur territoire.

A titre d’illustration, le Québec autorise les « unions civiles » depuis 2002, dont la valeur est égale à celle du mariage civil.

Divorce en première mondiale

Alors que la question du mariage et de l’union entre personnes de même sexe est à l’ordre du jour dans de nombreux pays progressistes, le Canada démontre qu’il est à l’avant-garde en permettant le premier divorce entre lesbiennes. Le couple de femmes qui s’était uni en juin 2003 en Ontario sur la base de la loi de l’état vivait ensemble depuis dix ans. Cinq jours après le mariage, elles ont demandé le divorce. Aucune loi n’avait été prévue sur la question : il a fallu deux ans pour que le divorce soit prononcé.

Depuis la réélection de George W. Bush aux États-Unis, les demandes d’émigration au Canada par les États-uniens n’ont jamais été aussi élevées. Le pays du nord, réputé pour son ouverture, sa tolérance et son accueil, est une terre d’exil idéale. Le virage à droite que l’on observe un peu partout dans le monde au niveau politique ne semble pas avoir atteint le pays. On y compte déjà un grand nombre de Suisses et d’Européens venus s’y établir et ce n’est certainement pas fini.


Sources : magazines Fugues et La Voix du Village