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Société
L’Eglise fulmine contre les homosexuels valaisans La haine des homos, mobile probable d’un crime au Tessin
« L’homophobie est
encore banale »
par  la rédaction, le lundi 17 mai 2010, vu 316 fois
Tags : - Homophobie - Journée mondiale contre l’homophobie - 17 mai

DISCRIMINATION - Dans une Suisse tolérante, l’homophobie n’a pas disparu. Témoignage de Luca [1] à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie.

Luca ne s’en cache pas. Il est homosexuel. Si cet étudiant a décidé de témoigner, c’est surtout pour lutter contre l’homophobie latente. Ces regards faussement discrets, parfois inquisiteurs. Ces remarques et ces agressions, qui lui rappellent chaque jour qu’il est hors norme.

Alors cette Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie ne représente pas qu’une énième fête dont on oublierait le sens. En Suisse, avoir 19 ans et être gay ne se compare certes pas à l’horreur des pays qui en font encore aujourd’hui un crime. Ici, l’homophobie se montre plus subtile.

A l’école déjà, Luca l’a ressentie. « Si quelqu’un avait traité un camarade de négro, le professeur aurait immédiatement réagi. Mais utiliser le mot pédé, cela n’a jamais posé de problème. » Un vocabulaire loin d’être anodin selon lui. Défenseur du politiquement correct ? Luca s’en défend. « Ce n’est pas de la victimisation, mais cela montre que l’homophobie est encore une discrimination banale. »

  • Rester discret

Au quotidien, Luca se dit forcé de penser à son homosexualité. Révéler ou pas son penchant, se justifier, répondre aux interrogations. Si sa relation amoureuse, qu’il vit depuis un an, est assumée, elle n’est pas exhibée.

« Lorsqu’on se promène dans la rue, on reste discret. Surtout la nuit. On ne se tient pas la main. Ces gestes naturels de tous les amoureux, nous devons les refréner. » Il y a la peur de se faire passer à tabac, mais aussi le regard des autres. Selon Luca, le fossé générationnel en est une des causes. « Pour certaines personnes plus âgées, il est très difficile de comprendre qu’être gays ne nous rend pas différents. »

La question est plus délicate avec certaines personnes de communautés étrangères. Luca prend alors des pincettes pour en parler, par peur de stigmatiser et parce qu’il rejette toute forme de racisme. « Dans certains pays, l’homosexualité est punissable de la peine de mort. Il est donc évident qu’elles ne peuvent pas comprendre que l’on se montre ici. »

L’agression la plus violente qu’il a subie est paradoxalement celle d’un ancien camarade de classe. « Il a écrit sur son blog qu’il voulait me tuer et brûler ma famille. Je voulais porter plainte, mais ma mère a réussi à le ramener à la raison. » Une mère qui l’a toujours soutenu, même lorsqu’il a fallu quitter son mari, car il ne pouvait accepter l’homosexualité de son fils.

« J’avais 14 ans, mon père a appris que j’étais gay. Chez les autres, ça passe, mais quand ça touche sa famille, c’est plus compliqué. Il a culpabilisé. Quatre ans après, mes parents se sont remis ensemble. Mon père m’a dit qu’il avait accepté, mais qu’il ne fallait pas lui demander d’être content. »

  • Gay et croyant

De confession juive, Luca précise qu’être croyant et gay n’est pas incompatible. « De nombreux homophobes utilisent la religion pour justifier leur haine des homos. Or beaucoup de religieux sont tout à fait tolérants. »

Aujourd’hui, Luca prêche une tolérance mesurée. « On ne peut pas demander aux gens d’accepter l’homosexualité, mais au moins d’être indifférents. »


Embrassez-vous !

MANIFESTATION Dans le cadre de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, les associations vaudoises gays et lesbiennes appellent à condamner les actes de violence envers les homosexuels. Un Kiss-in, où tous les couples sont invités à s’embrasser, est organisé aujourd’hui à 18 h 30 au pied de l’église Saint-Laurent de Lausanne.

L’objectif est de banaliser l’homosexualité. En organisant une manifestation d’affection près d’une église, les organisateurs entendent bien ouvrir le dialogue avec l’ensemble des croyants. Cette journée mettra en évidence la manière dont certaines personnes utilisent les religions pour justifier leurs positions homophobes.

Plus de 80 pays dans le monde condamnent encore l’homosexualité


Source : pascale Burnier pour 24Heures

Photo : Patrick Martin

Notes

[1] le prénom a été changé